Plan d'aide au secteur automobile : A Rennes, les syndicats de PSA restent inquiets

Le Président Emmanuel Macron vient d'annoncer 8 milliards d'euros d'aide au secteur automobile en difficulté face à la crise sanitaire. Les syndicats redoutent de belles promesses, et craignent surtout pour l'emploi.

L'une des premières Citroën 'C5 Air Cross' hybrides à passer sur les lignes PSA de La Janais, en novembre 2019
L'une des premières Citroën 'C5 Air Cross' hybrides à passer sur les lignes PSA de La Janais, en novembre 2019 © B. Van Wassenhove / France Télévisions

C'est bien, oui mais... S'ils accueillent de façon plutôt positive les mesures prises par l'Elysée pour relancer et soutenir l'industrie automobile mise à mal par la crise sanitaire, les syndicats du site Peugeot Citroën de La Janais, près de Rennes (PSA) émettent toutefois des réserves, sur les montants, sur l'avenir, et surtout sur la sauvegarde de l'emploi. 
 

Les primes


Nadine Cormier est secrétaire Force Ouvrière pour l'usine de la Janais. Des crises du secteur automobile, elle en a connues plusieurs. "C'est quand même un plan de relance historique" et d'enchaîner les chiffres, "7000 euros de prime écologique, plus 3000 de prime à la casse, 10 000 euros de prime pour changer de voiture, ça vaut le coup".

Pour peu qu'on souhaite rouler en tout électrique, en effet.

"Ah quel foin l'électrique... Pour l'heure, les batteries viennent d'Asie, et c'est 40% du prix d'une voiture" nous dit, un rien désabusé, Laurent Valy de la CFDT La Janais. "On ne construira des batteries en Europe qu'en 2023, alors, pour le moment, ces primes vont surtout aider la Chine et la Corée à nous vendre... encore plus de batteries".

2023 pour des batteries européennes? Une date au mieux, avec la montée en puissance du consortium franco-allemand chargé de les mettre au point. PSA était déjà dans le coup, mais pas Renault, qui s'est fait tordre le poignet par l'Elysée pour rejoindre l'aventure, prix de la bienveillance de l'Etat. 
 

Le grand destockage 


Laurent Valy enchaîne. "Les primes, oui bien sûr, ça va permettre de réamorcer la pompe, relancer le marché... mais 2000 euros de prime sur les hybrides c'est trop juste. Or c'est là qu'on est fort, qu'il y a de la valeur ajoutée française, l'hybride me parait avoir été un peu oublié".

Reste un effet sur lequel tout le monde s'accorde : les primes peuvent servir à relancer la machine. Nadine Cormier explique : "Il n'y a pas 4 mois, l'usine tournait à fond, H24, 4 équipes, 2700 Cdi, plus de 1000 intérimaires. Nos C5 et 5008 thermiques se vendaient très bien, elles se vendront à nouveau, il faut renouer avec ce succès".

Car aujourd'hui, 400 000 voitures invendues sont à destocker. Les primes vont permettre de renouveler le parc, vers l'électrique, l'hybride, l'essence, le diesel, et même les occasions. "7000 euros maximum de primes aux particuliers c'est bien, mais 5000 euros pour les sociétés c'est vraiment une bonne nouvelle : l'usine de la Janais écoule 50% de sa production vers des flottes d'entreprises", rappelle Nadine Cormier (FO)
 

L'emploi


Fabrice Lucas est secrétaire CGT de l'usine PSA de la Janais. Il ne veut pas être dupe. "Des milliards, ok, mais qui vont directement dans la poche des constructeurs automobiles, tout cela sans aucune garantie sur l'emploi, sinon les belles promesses du Président".
 

Renault, PSA, et les gros sous-traitants comme Michelin et Valéo empochent des bénéfices records depuis des années. 25 milliards en 10 ans pour Renault, 3 milliards pour PSA rien que l'année dernière. Et pendant ce temps-là, Renault veut fermer son usine de Flins, menace la Fonderie de Bretagne à Caudan, PSA veut fermer l'emboutissage de Saint-Ouen et et le reconditionnement-moteur à Hérimoncourt... - Fabrice Lucas (CGT)
 

Fabrice Lucas déplore un manque d'engagement concret de l'Etat sur l'emploi, des milliards donnés sans réelle contrepartie. "Bruno Lemaire, le Ministre de l'Economie, dit que que 'des discussions doivent aboutir pour accorder un prêt garanti à Renault' (cinq milliards, NDR), mais ailleurs il dit 'ne pas s'opposer à des restructurations'. Les collègues Renault à Caudan apprécieront".
 

Nous craignons maintenant des fermetures, sous "pretexte" de crise sanitaire. Le patronat de l'automobile a beaucoup d'argent, après toutes ces années de profit c'est à lui de mettre la main à la poche. Je le dis, et vous pouvez l'écrire, toutes ces aides de l'Etat devraient plutôt aller à l'hôpital, aux services publics...Fabrice Lucas (CGT)


Laurent Valy, à la CFDT voit deux autres lièvres à lever, plus structurels, les normes européennes et le ratio d'emploi. "Le ratio d'emploi sur un véhicule thermique, c'est une dizaine de personnes. Sur un hybride, c'est six ou sept... sur un véhicule tout électrique, c'est deux ou trois. On peut raisonnablement craindre pour l'emploi".

Quant aux normes européennes Co2 CAFE, elles imposent aux constructeurs un taux moyen d'émission de 95 grammes de Co2 pour l'ensemble de leurs gammes. "Chez PSA, on est plutôt autour d'une moyenne de 100g, nous dit Laurent Valy, ce dépassement se traduit par de lourdes pénalités".

Plus d'hybrides et d'électrique c'est moins de Co2, c'est entendu, mais PSA, comme Renault, ont beaucoup de thermiques à destocker. "Ce qu'on redoute, c'est que la direction décide de produire moins, voire beaucoup moins, pour éviter les pénalités". Moins de production, moins d'emploi, voire à nouveau du chômage partiel.
 
L'une des premières Citroën 'C5 Air Cross' hybrides à passer sur les lignes PSA de La Janais, en novembre 2019
L'une des premières Citroën 'C5 Air Cross' hybrides à passer sur les lignes PSA de La Janais, en novembre 2019 © B. Van Wassenhove / France Télévisions
 

L'avenir


A la Janais, désormais, la C5 Air Cross hybride pourrait avoir des airs de poule aux oeufs d'or, elle est du moins dans "l'air du temps". Elle n'est pas encore commercialisée, mais devrait l'être bientôt, "peut-être autour de 40 000 euros premier prix" estime Nadine Cormier. "2000 euros de prime 'hybride' sur une somme pareille ce n'est pas assez", rappelle Laurent Valy. "D'autant plus que l'offre est limitée à des revenus de 18 000 euros nets de part fiscale, c'est un peu juste", conclut Nadine Cormier..

Ah l'hybride c'est pas simple. Le cul entre deux chaises en somme. "On peut en produire 7 par jour, nous dit Nadine Cormier, le reste c'est 56% en diesel, 44% en essence. Il faut maintenant que l'hybride monte en puissance, et qu'on relance le débat sur l'attribution d'un nouveau véhicule à l'usine de Rennes."

Pour l'instant, la Janais produit les 5008 et C5 thermiques, et la C5 hybride. "Le 3008 électrique sera construit à Sochaux à partir de 2023, très bien. Par contre, notre 5008 est déjà en cours de délestage vers Sochaux également... On ne va pas vivre longtemps seulement avec le C5!"


Rennes est en attente d'un nouveau véhicule. C'était prévu pour 2022, or il faut deux à trois ans pour "projeter" l'arrivée d'un nouveau modèle. On attend toujours une annonce concrète, et rien ne vient. Nous sommes inquiets - Laurent Valy (CFDT)
 

"On ne voit pas de redémarrage pour l'instant" dit Laurent Valy. Nadine Cormier ajoute "on ne sait toujours pas quand on va remonter à deux équipes (deux huit), sans parler de quatre équipes, de travail le samedi, comme à la fin de l'année dernière." 

Laurent Valy conclut : "Les salariés ont fait ce qu'il faut pour que le site de Rennes atteigne les niveaux de performance attendue, nous avons signé des accords de compétitivité... Il est temps que ces efforts payent. Ils nous faut maintenant un nouveau véhicule à produire". 

 
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