Projet de loi d’orientation agricole, "on va enterrer l’agriculture paysanne"

L’examen du projet de loi d’orientation agricole débute ce 13 mais devant l’Assemblée nationale. La Confédération paysanne ne veut pas de ce texte qu’elle juge dangereux pour les agriculteurs et pour l’environnement.

Le corbillard avance doucement dans les rues de Rennes. A l’intérieur, un cercueil en carton sur lequel les agriculteurs de la Confédération paysanne ont écrit : "le gouvernement tue les paysans". Le message est clair.

A quelques heures de la présentation du projet de loi d’orientation agricole, ils entendent faire entendre leurs voix.

Une loi vide !

Marc Fesneau, le ministre de l’Agriculture annonce que le projet de loi vise à inscrire l’agriculture et l’alimentation comme "intérêt général majeur".

"Une loi d’orientation agricole, on en a une tous les dix ans, explique Sébastien Vétil, porte-parole de la Confédération paysanne d’Ille-et-Vilaine, mais dans ce texte, il n’y a rien".

Après les manifestations de ce début d’année 2024, tous en attendaient beaucoup. "Il n’y a rien sur les revenus, alors que c’était la principale revendication du monde paysan, décrit l’agriculteur. Pour nous, cette loi, elle est vide !"

"Sans revenus, on ne peut pas survivre poursuit-il, il y a 100 000 fermes qui ont disparu dans les dix dernières années". La Confédération paysanne propose de mettre en place des revenus planchers pour ne pas vendre en dessous des coûts de production. "Sans cela, cette loi, ce sera un plan social qui risque d’exterminer l’agriculture paysanne" , prévient-il.

Quid du renouvellement des générations ?

 

La moitié des agriculteurs aura atteint l’âge de la retraite d’ici 2030. Sur les barrages routiers, cet hiver, les éleveurs exigeaient des solutions pour redonner de l’attractivité au métier.

Le projet de loi propose la création de France Service Agriculture : un guichet unique qui réunira cédants d’exploitations et potentiels repreneurs et annonce que les écoliers du primaire bénéficieront d’un programme de découverte des métiers agricoles et qu’un "bachelor agro", un diplôme de niveau bac +3 sera créé dans l’enseignement agricole.

"Mais c’est oublier que le nerf de la guerre, c’est l’accès au foncier, rappelle Sébastien Vétil, et là non plus, il n’y a rien. Il y a de plus en plus de gens qui ont envie de s’installer mais cette loi va laisser le champ libre à l’agrandissement des exploitations."

"Le gouvernement utilise les vieilles recettes du passé qui, au nom de la compétitivité, favorisent l'agrandissement, l'endettement, la spécialisation des fermes, ceci au profit de quelques-uns et au détriment du plus grand nombre "écrit le syndicat.

Lire : Enquête sur les terres agricoles. Empires fonciers, intimidations, contournements : pour quelques hectares de plus

Une loi qui divise

 

Dans le cercueil, les agriculteurs ont déposé du cidre fermier, du fromage, du saucisson pour dénoncer la mise à mort de cette agriculture paysanne.

"Cette nouvelle loi est dangereuse, elle oppose agriculture et environnement", regrette Sébastien Vétil.

Le régime de sanctions pour atteinte à l’environnement devrait ainsi être allégé, pour éviter " des procédures qui peuvent être vécues comme infamantes pour les agriculteurs " et l’échelle des peines révisée, "pour ne pas être dans une logique punitive et inefficace " précisait le ministère de l’agriculture lors de la présentation de la loi.

Ainsi, les délais de recours contre certains projets comme les fermes-usines pourraient être réduits alors que les seuils des bâtiments d’élevage soumis à autorisation environnementale pourraient eux être relevés.

Au son de la Marche funèbre, les manifestants ont enterré leur agriculture.

Le texte sera débattu à l’Assemblée nationale le 13 mai prochain, puis au Sénat à la mi-juin.

(avec Marie Lebrun et Christophe Rousseau)