Rennes : huit personnes en grève de la faim au Centre de rétention administrative

Dans une lettre adressée aux médias, plusieurs ressortissants étrangers placés au Centre de rétention administrative de Rennes-Saint-Jacques dénoncent leurs conditions de vie et des propos racistes. Huit d'entre eux ont entamé lundi dernier une grève de la faim .

© K. Gaignoux - France Télévisions
Huit ressortissants étrangers placés au Centre de rétention administrative (CRA) de Rennes ont entamé une grève de la faim pour dénoncer un "manque de respect et d'hygiène" ainsi que "l'absence de perspectives d'éloignement", a-t-on appris ce mercredi auprès de la Cimade (association de soutien aux migrants et aux étrangers en situation irrégulière)

Une lettre collective adressée aux Medias

"Au Centre de rétention de Rennes, nous n'avons aucun droit. On s'acharne sur nous. Les policiers nous réveillent tous les matins, sans un bonjour. Ils claquent les portes et allument la lumière. Ils rentrent parfois dans nos chambres, la nuit, pour rien, pour nous priver de sommeil", racontent, dans une lettre envoyée à notre rédaction, ces ressortissants étrangers sous le coup d'une procédure d'éloignement.

Conditions d'hygiène dégradées et propos racistes 


Sur les douze personnes retenues, huit ont entamé une grève de la faim lundi, selon la Cimade qui les accompagne. Les grévistes dénoncent des conditions d'hygiène dégradées, avec la présence "de cafards et de rats", mais aussi l'insuffisance de l'accès à l'eau en période de canicule, car ils n'ont pas accès en continu au point d'eau fraîche pour remplir des bouteilles.
 

"Ce qui nous choque le plus c'est que nous ne soyons pas respectés. Qu'on nous insulte et qu'on nous pousse à bout. C'est aussi l'abandon que l'on ressent. Une personne a fait une tentative de suicide il y a quelques jours et elle n'a vu aucun médecin".

Des grévistes de la faim du Centre de rétention administrative de Rennes



L'un d'eux, interrogé par téléphone sous couvert d'anonymat, a fait également état de "remarques racistes de la part de certains policiers". "On nous dit des choses comme "Bougnoule, si t'es pas content tu n'as qu'à rester chez toi" ou encore "Vous êtes des chiens". Depuis le début de notre action, nous n'avons vu ni médecin, ni infirmière. Ce matin, un des nôtres, malade du coeur s'est évanoui. Il a été évacué par le Samu. Certains hommes en tenue sont malgré tout gentils et corrects avec nous", précise t-il.

Fermetures des frontières et des vols retours à cause du Covid-19 

Il déplore aussi l'absence de perspective d'éloignement, beaucoup de pays ayant fermé leurs frontières en raison de la crise du Covid-19. "Il n'y a pas de vols, on nous garde pour rien alors qu'on pourrait être assignés à résidence", dénonce-t-il.

Selon la préfecture d'Ille-et-Vilaine, "sept personnes refusent les plateaux-repas mais continuent de s'alimenter via des distributeurs de boissons. Nous ne sommes pas très inquiets sur leur état de santé." 
Il nous a été impossible de joindre directement le Centre de rétention administrative pour obtenir un commentaire.

  

 Le soutien de la Cimade

Selon la Cimade, ces personnes sont originaires du Maghreb, du Cameroun, du Soudan ou encore d'Albanie et de Géorgie. Certains ont purgé une peine de prison.
"Le plus ancien est là depuis le 30 juin mais cet enfermement sans perspectives d'éloignement n'a aucun sens et est illégal", a déclaré à l'AFP Alice Lukacs, membre de la Cimade.
 En décembre 2019, une personne retenue à Rennes est décédée après avoir fait une tentative de suicide. En janvier, un policier s'est donné la mort dans les locaux du CRA.

    
    
    
    
 
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