Saint-Malo: Des livres et des chaussettes livrés à cheval

Ils ne sont pas considérés comme des commerces essentiels pourtant cela ne les empêche pas de réfléchir et de trouver des idées originales pour travailler malgré tout. A Saint-Malo, c'est en voiture hippomobile qu'un libraire et un fabricant de chaussettes ont décidé de livrer leurs clients.
Une tonne, 1,85m au garot... "C'est un routier très expérimenté, un très bon ouvrier." C'est avec beaucoup d'affection que Solène Lavanan décrit les qualités de Vaquéro, son percheron de onze ans. D'habitude, ce cheval tracte avec elle une voiture hippomobile de neuf places sur la grande plage du sillon à Saint Malo, avec à son bord des passagers qui partagent un apéritif au soleil couchant.


Pas essentiel mais solidaire


Avec le confinement, fini les apéros sur la plage ! De toutes façons, Covid oblige, fini les apéros entre amis, tout court !  L'activité de l'entreprise de Solène Lavanan n'est pas essentielle, elle est donc interdite. "Mais les chevaux sont comme des sportifs, ils ont besoin de sortir. Pourquoi ne pas essayer d'être utiles et solidaires ? " s'interroge la jeune femme.

Installée dans le quartier de Rothéneuf, elle contacte alors un libraire qu'elle connaît bien, non loin de là, à Paramé, un autre quartier de Saint-Malo. Elle lui propose d'utiliser sa voiture hippomobile pour livrer ses clients. Brice Vauthier de la librairie L'étagère est immédiatement conquis. "On est décrété entreprises non essentielles mais est-ce qu'entre entreprises non essentielles, on peut avoir des idées ?".

Il pense alors à associer à cette initiative un de ses amis dont la boutique intra-muros est spécialisée dans les chaussettes haut de gamme. Emballé lui aussi. "L'idée d'une livraison "épique" nous a plu tout de suite, dès que c'est poilu, on aime bien." s'amuse Adrien Bischoff, créateur de la marque malouine Josette et tic
 


Une idée originale contre la morosité ambiante


Une idée qui séduit d'autant plus l'entrepreneur que le contexte économique est difficile. "Pour nous, avec cinq magasins fermés (Saint-Malo, Dinard, Rennes et Nantes), ça a été dur au printemps, et là c'est encore plus dur car novembre, c'est un mois clé. Neuf personnes sont au chômage partiel. Nous avons la chance d'avoir un site web avec des ventes en hausse mais cela ne suffit pas. La livraison à cheval ne va pas sauver les choses non plus mais c'est aussi une façon de faire parler de nous."

Cet ancien pompier, passé par la finance et reconverti en entrepreneur, conçoit alors un dessin amusant pour communiquer sur les réseaux sociaux. Voilà Vaquero avec des chaussettes et son attelage devant la librairie... et c'est vite un succès.
 


"Apporter un peu de gaieté"



A peine imaginée le 10 novembre, l'idée est partagée sur les réseaux sociaux le 12 novembre pour une première livraison le lendemain. Ces dernières 24 heures, les partages ont été très nombreux. "J'ai eu beaucoup de commentaires, jamais personne n'a autant parlé de ma librairie. Les gens avaient besoin d'une image un peu sympa, alors qu'en ce moment les nouvelles sont super sombres. C'est plus pour s'amuser, si ça peut montrer que les libraires ne sont pas uniquement dans la plainte !" constate Brice Vauthier.

Même écho pour Adrien Bischoff. "Ce qu'on attend de cette initiative: 1, de la visibilité, 2 du fun. Apporter un peu de gaieté dans ce mois de confinement, ce sera déjà bien."
 
 

Livraisons à 4 km/h, les mardis, jeudis et vendredis


Déjà quatre commandes pour ce 13 novembre après-midi, du côté de Saint-Servan et Courtoisville. Un bon début pour se roder.
"Il faudra qu'on s'organise pour faire des tournées cohérentes et minimiser les kilomètres pour les chevaux. On part un peu en terre inconnue" prévoit déjà la cavalière. 

 


L'idée risque aussi de conquérir d'autres commerçants. Solène reste prudente mais ne s'interdit rien. "Céline du dressing de Mélusine qui vend des vêtements d'occasion m'a déjà contacté pour nous rejoindre, mais on doit en discuter entre nous." Pour l'instant, ces livraisons sont gratuites. "Je ne fais pas cela pour l'argent, mais pour être solidaire." ajoute Solène Lavanan.

Une solidarité dont les Malouins pourront profiter les mardi, jeudi et vendredi. "A 4 km/h, ce ne sera pas une livraison express. Mais cela n'a pas vraiment d'importance" plaisante Brice Vauthier. 

















 
 
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