Santé : les Bretons plébiscitent l'hospitalisation à domicile. Un modèle humain et économique

De plus en plus de Français se font soigner chez eux, et les Bretons particulièrement : l'activité des établissements d'hospitalisation à domicile (EHAD) ont doublé en dix ans en Bretagne. La pédiatrie, les soins palliatifs et la rééducation s'invitent chez le patient, mais aussi désormais le traitement des cancers.

Plebiscitée pendant la crise sanitaire du Covid-19, l'hospitalisation à domicile continue à se développer en France. En 2023, 100 000 personnes supplémentaires ont été prises en charge chez eux par rapport à l'année précédente, rapporte la fédération nationale des établissements d'hospitalisation à domicile (FNEHAD).

"On dit souvent : l'hôpital le plus près de chez vous, ce sera toujours chez vous ! résume Éric Fossier, délégué de la FNEHAD pour la Bretagne, qui définit son métier de la manière suivante : on se rend à domicile, chez des patients qui nécessitent une surveillance constante et avec la même exigence que l'hôpital. Nous sommes d'astreinte, nous venons en soutien des libéraux pour leur apporter une expertise ou du matériel. Le tout en étant le moins envahissant possible pour le patient."

Le cas breton

La Bretagne en est pour quelque chose dans cette progression : le nombre de patients soignés et les journées d'hospitalisation à domicile (HAD) comptabilisées dans la région ont doublé en l'espace d'une décennie, soit un développement deux fois plus important que dans le reste de la France. En 2023, 11 000 patients ont bénéficié de soins chez eux en Bretagne.

"On est plus dynamiques que d'autres régions, car nous possédons treize établissements d'hospitalisation à domicile qui ont chacun une zone d'action bien définie, commune par commune, assure Éric Fossier. On se partage le travail en coopération, et les hôpitaux et Ehpad savent qui contacter s'ils estiment qu'un patient doit avoir recours à l'HAD."

Il ajoute que l'agence régionale de santé de Bretagne a apporté très tôt son soutien aux services d'HAD, notamment en les faisant connaître auprès des Ehpad et des établissements de court séjour. Elle leur a aussi conféré une enveloppe de 3 millions d'euros en dix ans, dont 600 000 euros pour la seule année 2023.

Se faire connaître

Les missions de l'HAD sont diverses. En Bretagne, 30% de l'activité consiste en des soins palliatifs auprès de personnes résidant en EHPAD.

"Nous réalisons des perfusions, des transfusions, de la nutrition artificielle, des pansements complexes, des soins pour de très jeunes enfants qui se sont brûlés par exemple, énumère Éric Fossier. Nous avons deux types de patients : ceux qui proviennent d'hôpitaux et dont nous écourtons le séjour, et ceux qui sont à la maison et en Ehpad" et qui peuvent ainsi éviter un passage aux urgences en cas de souci de santé. Le médecin estime que les soins coûtent deux fois moins chers en HAD qu'en hôpital "classique".

On est moins visibles, car on n'a pas de bâtiment ! (...) Après un passage en hôpital, les patients ont parfois peur de rentrer chez eux, ils ne sont pas forcément au courant qu'on existe. Pour une plaie chronique par exemple, il n'est pas nécessaire d'aller à l'hôpital, c'est plus économique et moins chronophage de faire appel à nos services.

Éric Fossier

Médecin à Lorient et secrétaire régional de la FNEHAD

Contrairement à d'autres régions, il reste à l'HAD de Bretagne à développer une offre de traitement des cancers et de chimiothérapie, qui reste un pré carré des hôpitaux. Les négociations sont néanmoins en cours, notamment auprès des oncologues qui pourraient être indemnisés pour guider leurs clients vers l'HAD.

"L'HAD est un vrai sujet aujourd'hui. On a une population vieillissante, des personnes atteintes de maladies chroniques et de cancers qui vivent plus longtemps avec leur maladie. Nous développons une peur de mourir en souffrance, ce qui mène aux débats actuels sur le projet de loi sur la fin de vie, considère Éric Fossier. Or il existe des soignants d'astreinte, capables de se déplacer en trois heures au domicile d'un patient. (...) Nous nous devons d'être davantage connus des patients."

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