Témoignage. "Mon chien, c'est mon indépendance", aveugle, Régine compte sur Soho pour aller faire ses courses

Publié le Écrit par Carole Collinet-Appéré

Régine a perdu la vue il y a quarante ans. Pour conserver son autonomie quand elle sort de chez elle, elle s'appuie sur Soho, un labrador formé pour être chien guide d'aveugle. Entre elle et l'animal, le lien de confiance est solide.

"Soho, viens ici, allez, loulou, viens". Dans ce parc, près de chez elle, où elle aime se promener, Régine laisse son labrador gambader et courir à son aise. L'animal est en pause, en quelque sorte. Car, le reste du temps, il est les yeux de cette retraitée, devenue aveugle en 1981. 

Pour ne pas perdre sa trace, elle a remplacé le harnais habituel par une petite clochette. "Cela me permet de savoir à quelle distance il se trouve" sourit-elle, avant de rappeler son chien car il est l'heure de rentrer à la maison. 

Une éducation de 2 ans

Soho est arrivé dans la vie de Régine il y a quelques mois. "C'est mon 6e chien guide" souligne celle qui, il y a quarante ans, a perdu la vue après un accident. Sans lui, elle ne pourrait pas aller et venir à sa guise. "C'est mon indépendance. C'est important de pouvoir décider seul de ce que l'on veut faire de sa journée, sans avoir à demander à quelqu'un. Grâce à lui, je suis comme tout le monde" confie Régine.

Le labrador et sa maîtresse ont fait connaissance petit à petit. Un premier week-end, puis un second, pour s'apprivoiser l'un et l'autre. Soho a appris les itinéraires de Régine, épaulé par un éducateur canin.

Il a été formé dans le centre des chiens guides d'aveugles de l'Ouest, à Pont-Scorff dans le Morbihan. "L'éducation complète se déroule pendant deux ans, explique le directeur du site, Anthony Diard. Avec déjà la mise en confiance du chiot par rapport à l'humain. Vient ensuite la phase de pré-éducation : obéissance, la marche en laisse, la socialisation, etc. Avant que le chien ne soit confié gratuitement, la dernière phase d'éducation dure un an avec un travail de déplacement au harnais, pour lui apprendre à éviter les obstacles, à traverser les rues, à monter les escaliers".

L'animal passe un examen "qui garantit que le chien va guider en totale sécurité, précise encore le responsable de l'école morbihannaise. Il y a quatre épreuves à l'issue desquelles il obtient son certificat d'aptitude au guidage". Selon lui, la symbiose entre le chien et son maître est "essentielle". Régine parle de travail d'équipe, de lien "très fort" avec son labrador, lequel, une fois à la maison, devient aussi un animal de compagnie pour toute la famille. "On l'emmène partout, dit-elle. Il adore les câlins".

"Notre doudou"

Dans la rue, Soho travaille avec rigueur. Et veille à la sécurité de Régine. Le harnais, rigide, permet à la retraitée de suivre les mouvements de l'animal. "S'il monte sur un trottoir ou en descend, s'il contourne un obstacle, je le ressens" indique-t-elle. 

Même si son doux regard en fait fondre plus d'un, le labrador en laisse ne doit pas être distrait de sa tâche. "Si, par exemple, il y a un énorme trou là où on veut passer, il se couche à mes pieds et je comprends qu'il faut faire demi-tour". Une poubelle en travers du chemin, une voiture mal garée, un passage piéton, rien n'échappe à Soho qui accompagne le quotidien de Régine. "Ce chien, c'est ma liberté en extérieur, souffle-t-elle. A la maison, c'est notre doudou qui nous apporte beaucoup de bonheur".

(Avec Séverine Breton)

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