Témoignages. "Avec un coup d'anesthésiant, tout allait mieux", drogue, jeux, sexe... ils se battent contre leurs addictions

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Extrait du documentaire « luttes intimes », d'Emmanuel Mathieu ©FTV
Publié le Mis à jour le Écrit par Michelle Ruan

Dépendance aux substances psychoactives, aux jeux d’argent, à la nourriture, parfois au sexe ou aux jeux vidéo… Lors de rendez-vous au centre d’accueil et de soin d’addictologie de Rennes, ou dans l’intimité de leur domicile, des patients se livrent au réalisateur Emmanuel Mathieu, dans un documentaire fort : "Luttes intimes", à découvrir sur France.tv.

Quand il s'agit de parler de consommation de drogues, d'alcool, d'addiction en général, les bouches se ferment. La parole semble impossible.

Ils s'appellent Kevin, Victoria, Arnault, David, Florence, Stéphanie ou encore Lorena et souffrent, dans leur corps et dans leur esprit, d'addictions.  Face caméra, ils ont dévoilé leur quotidien au réalisateur Emmanuel Mathieu.

Des comportements qui deviennent des maladies

L'addiction se définit comme une dépendance à une substance ou une activité dont elle ne peut plus se passer et à une perte de contrôle de sa consommation, en dépit de sa propre volonté.

Au centre d'addictologie de Rennes, les patients sont reçus, entre autres, pour se procurer un traitement de méthadone. C'est aussi un lieu pour libérer la parole. Ces personnes en proie aux addictions ont remplacé un traumatisme, une souffrance, par une emprise. Le travail consiste à trouver ce qui a pu déclencher l'incitation de cette emprise. 

Ma journée de drogue est prioritaire sur tout le reste. Je n’arrive pas à me focaliser sur des choses aussi simples que faire du ménage, passer du temps avec mon compagnon, mais seulement à trouver de l’argent pour acheter le produit et le consommer.

Victoria

Une patiente

Pour Victoria, la journée se résume ainsi : "Tant que je n’arrive pas à articuler ma journée drogue, je n’arrive pas à articuler ma journée affective, sentimentale, professionnelle, ni organisationnelle". 

J'ai 1 400 euros à la fin du mois. Mais ils sont dépensés dès le 3 ou le 4 et il ne me reste souvent que 30 euros pour finir le mois.

Victoria

Une patiente

Double peine

L'addiction subit encore les méfaits de la non-reconnaissance. À l'inverse d'un patient qui a une maladie reconnue par la médecine et par voie de conséquence, la compassion de son entourage, l'addict, lui, souffre, mais ne bénéficie pas de cette reconnaissance.

Souvent, le manque de volonté est pointé du doigt. Et cela renforcerait la culpabilité. Un discours moraliste subsiste et conduit à une aggravation, car la honte alimenterait les comportements pathologiques.

Les traumatismes

David habite dans la rue et vit dans les halls d'immeubles. Il raconte ce qui le ronge de l'intérieur. "Mes parents m'ont gâché mon enfance" dit-il. À douze ans, il doit s'occuper de son frère et de sa sœur, alors que ses parents sont au bar. Tout jeune adolescent, il arrête d'aller à l'école, substituant le rôle du père de famille. Il devient alcoolique à 14 ans. Ses parents le laissent boire. " Vous y croyez-vous  ? " interroge-t-il face caméra. À 19 ans, sa petite sœur, qu'il considérait alors comme sa fille, meurt. Elle avait à peine 15 ans et elle a fait une overdose de cachet. "C'était ma petite Laura. C'est comme si j'avais perdu ma fille".  Il remplace ensuite l'alcool par l'héroïne.

Je voudrais aujourd'hui porter plainte contre ma mère. Mais elle avait besoin de moi aussi. Ma maman, elle n'a même pas honte de me voir aujourd'hui dans la rue… même pas honte.

David

Patient de l'addiction

Dépendant de l'extrême

Pour sortir de son addiction, Arnault, lui, après avoir subi des comas éthyliques dès l'âge de 15 ans, a un jour pris la décision de se soigner. Lui qui n'avait plus aucune empathie pour le monde extérieur, retrouve de l'humanité et de l'amour en cure.

"En cure, j'étais tombé sur des personnes qui donnaient de l'amour. Comme des mamans. Ç'a fait tout bizarre " dit-il.  

J’ai décidé de jouer le jeu pour la première fois, je me suis affronté. Avant, je me fuyais. Je fuyais tous les trucs du passé. Ces traumatismes m'empoisonnaient et boom, avec un coup d’anesthésiant, tout allait mieux. Maintenant, c'est douloureux quand ça revient, mais je ne fuis plus.

Arnault

Ancien dépendant

Très jeune, il a perdu sa mère qui avait décidé d'interrompre sa vie. Aujourd'hui encore, "j'ai des flashs qui reviennent" dit-il. "Le plus dur, maintenant, c'est le mal-êtrePour moi, c'est plus douloureux encore que d'avoir arrêté l'addiction".

Sensible aux sensations de l'extrême, Arnault a besoin de défi, de situation intense pour se sentir vivre. Alors, il prend, deux ou trois fois par jour, des bains à zéro degré. "Comme pour purifier tout ça" déclare-t-il, "ça m'aide à m'aligner. Comme si je lavais toutes mes angoisses, mes névroses". 

Dans l'eau à zéro degré, mon corps est comme en état de mort… ça me booste à me sentir vivant. J'éprouve toujours le besoin de garder le côté extrême des trucs qui me font du bien.

Arnault

Comme lui, ils sont nombreux à avoir une personnalité qui a besoin d'être stimulée, comme pour réveiller un cerveau endormi par le traumatisme. Mais incapables de poser des mots sur leur mal-être intérieur. 

Familiaux, génétiques, comportementaux

Si l'addiction n'épargne aucune catégorie sociale, les facteurs de l'addiction sont multiples. Les addictions à l'alcool et au tabac sont les plus répandues. Mais l'individu et la société rencontrent toujours des difficultés à aborder le sujet en profondeur, malgré les campagnes de préventions. 

Une prise en charge des patients est offerte dans des centres de consultations-jeunes-consommateurs. Ils accueillent, renseignent et proposent de l'aide, des alternatives et du soutien. 

La parole donnée est un premier pas vers la guérison et le documentaire " Luttes intimes " du réalisateur Emmanuel Mathieu en témoigne. 

Ce documentaire sera diffusé le jeudi 4 avril, à 23:05, sur France 3 Bretagne et est disponible dès maintenant sur France.tv

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