TÉMOIGNAGES : "Les paludières ne se sont pas arrêtées à leur genre. Elles se sont battues pour faire bouger les choses"

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Véronique Lefeuvre a hérité de l'exploitation de ses parents. Mais s'installer à son compte en tant que femme n'a pas été simple. ©France Télévisions- .Mille et Une Films

Dans les années 50, le terme "paludière" désignait principalement les épouses de paludiers dans les marais salants du pays de Guérande. Elles étaient reléguées à un rôle secondaire et non reconnues officiellement, à l'image des épouses d'agriculteurs. Aujourd'hui, 15% des exploitations de sel à Guérande sont dirigées par des femmes. Le témoignage de trois paludières est au cœur du film documentaire "Paludiers au féminin" réalisé par Sophie Averty. Rencontre.

La réalisatrice Sophie Averty connaît bien le milieu des marais salants. Cette longue histoire a débuté il y a plus de 30 ans, lorsqu’elle réalise son premier court métrage documentaire sur un paludier conteur dans les marais salants de Guérande. Fascinée par la beauté des paysages et les valeurs qui s’y dégagent, elle se passionne pour l’histoire de ce lieu et de ces gens qui y travaillent.

En 2021, Sophie réalise un documentaire intitulé "Guérande, un peu de la beauté du monde". Ce film retrace l'histoire de la lutte qui a éclaté dans les années 70 pour protéger les marais salants face à un projet de construction de rocade autour de La Baule. En s’immergeant deux années dans ce milieu des marais salants, la réalisatrice rencontre beaucoup d’hommes et très peu de femmes.

Cette observation la questionne. Il existe une autre facette de l'histoire à explorer dans cet univers des marais salants de Guérande. Celle de la place des femmes paludières dont on a peu parlé. Elles ont pourtant beaucoup de choses à raconter. Sophie Averty décide de consacrer un film documentaire pour le magazine Littoral "Paludiers... au féminin" à retrouver dans son intégralité sur la plateforme France.tv

L’évolution de la place des femmes au marais

Les femmes paludières devaient souvent faire face à des stéréotypes de genre et à des préjugés dans un milieu traditionnellement dominé par les hommes. Longtemps reléguées au rôle de « femme de… », ou « conjointe d’exploitant » les paludières ont mis du temps à accéder au statut de "cheffe d'exploitation" et à être pleinement reconnues. De nombreuses femmes ont relevé le défi en se distinguant par leur engagement et leur persévérance.

Aujourd’hui, sur les 370 exploitations de sel dans le marais de Guérande, seulement 15% sont dirigées par des femmes, soit une trentaine de femmes à la tête d'une exploitation. Ce chiffre progresse lentement d'année en année.

Le métier de paludier, qui est l’une des rares professions agricoles qui utilise une technique sans mécanisation, a limité l'accès des femmes en raison de ses exigences physiques. Mais grâce à l'évolution technologique, notamment en introduisant des matériaux plus légers et flexibles (comme la fibre de carbone pour le manche du las, principal outil des paludiers), le travail peut enfin se féminiser. 

Les paludières de Guérande, sont des femmes qui ne se sont pas arrêtées à leur genre et qui se sont battues pour faire bouger les choses.

Sophie Averty

Trois femmes, trois générations, trois parcours

Pour raconter cette histoire, Sophie Averty est allée à la rencontre de trois femmes, trois parcours, trois générations pour une seule et même passion : le métier de paludière. 

Dominique, Véronique et Morgane éprouvent toutes les trois un attachement viscéral au marais, elles témoignent de l'évolution de leur place dans une profession encore majoritairement masculine.

« J'aime les récits de vie et je connais suffisamment Dominique, Véronique et Morgane pour mesurer leur capacité à transmettre en mots leur trajectoire, leur amour du marais et leur combat pour la reconnaissance des femmes dans le métier ».

Dominique Pérraud représente une génération pionnière. Dans les années 70, elle a commencé à travailler aux côtés de son mari dans les marais salants. Malgré le manque de reconnaissance sociale à l'époque, elle a su imposer sa présence, aidant de manière significative au succès de l'exploitation familiale.

Véronique Le Feuvre incarne la transition vers une plus grande autonomie des femmes dans le secteur des marais salants. Ayant hérité de l'exploitation de ses parents, elle a pris les rênes de l'entreprise familiale avec détermination.

Morgane Warrion représente la nouvelle génération de femmes paludières. Elle apporte un regard neuf sur l'exploitation des marais salants. Elle regrette qu’encore aujourd’hui, certains refusent de céder des œillets parce qu’ils n’ont pas confiance dans une femme.

Dans son film documentaire « Paludiers… au féminin » réalisé en coproduction avec la société de production .Mille et Une. Films, Sophie Averty démontre que malgré la sous-représentation des femmes dans ce secteur, les paludières témoignent d'une grande passion pour leur métier. Elles sont conscientes d’être les garantes de la survie d'un espace naturel précaire (2000 hectares de paysage classés zone protégée), car sensible aux aléas météorologiques et aux pollutions. Leurs parcours illustrent l'évolution remarquable de la place des femmes dans les marais salants de Guérande, ainsi que leur participation indispensable à la pérennité de cette activité traditionnelle.

Retrouvez le film documentaire "Paludiers...au féminin" sur la plateforme France.tv 

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