VIDÉO. Les pollutions au lisier dans les rivières sont-elles une fatalité ?

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Les fuites de lisier dans les rivières sont-elles une fatalité ? Le reportage de Myriam Thiébaut et Vincent Bars en Ille-et-Vilaine. Dans ce département, sur les 9000 exploitations agricoles, 4000, essentiellement des élevages de porcs et de bovins, sont classées avec un risque pour l'environnement (ICPE, installations classées pour la protection de l'environnement) ©M Thiébaut - V Bars FTV

En mars 2024, un éleveur de porcs a été condamné à 50.000 euros d'amendes pour la pollution, deux ans plus tôt, de la rivière de la Flèche, dans le Finistère. C'était la sixième pollution de cette rivière en cinq ans, presque toutes à cause de fuites de lisier. De l'aveu des services de l'État, certaines fosses qui permettent de stocker les déjections animales pendant l'hiver sont "hors d'âge".

La Bretagne concentre sur son territoire plus d'un cochon sur deux élevés en France et un important cheptel de vaches. Ce bétail produit une grande quantité de déjections, issue de porcs à 40% et de vaches à 58%, selon la direction régionale de l'environnement, de l'aménagement et du logement (DREAL).

La région connaît régulièrement des fuites de lisier qui peuvent atteindre les cours d'eau. Ces accidents peuvent favoriser le développement d'algues vertes dans les baies du littoral. Ils font aussi grimper le niveau de nitrates dans l'eau, obligeant parfois à suspendre temporairement le captage d'eau destinée à être traitée pour la rendre potable. 

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Prévenir les accidents

Pour éviter les fuites de lisier, les fosses qui stockent les déjections animales pendant l'hiver, lorsque les épandages dans les champs sont interdits, sont contrôlées : tous les trois ans pour les plus gros élevages, tous les sept ans pour les moyens et de façon très exceptionnelle pour les autres. 

Certaines installations sont devenues "hors d'âge" admet le directeur adjoint de la direction départementale de la protection des populations (DDPP), Virshna Héng, qui supervise ces contrôles. D'autres ont été construites avec des matériaux fragiles comme des parpaings. 

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Des inspecteurs à la ferme

Au sud de Rennes, rendez-vous est donné dans un élevage de 2.000 porcs, produisant, par an, jusqu'à 6.000 cochons. Un élevage "dans la moyenne" en Bretagne, qui s'élève à 1.800 places d'engraissement par exploitation (contre 1.000 par exploitation en moyenne en France), selon les chiffres de la direction régionale de l'Agriculture (DRAAF).

Prévenu de leur visite, l'éleveur reçoit les inspecteurs des installations classées mandatés par l'État. Ces derniers vérifient l'état des fosses à lisier et prélèvent l'eau de pluie à proximité.

Pas d'accès sous les bâtiments

Sous les bâtiments d'élevage, d'autres fosses permettent d'évacuer les déjections du bétail. Le sol de l'élevage, composé de caillebotis, laisse passer le lisier sous les pattes des cochons pour le retenir dans des cuves. Néanmoins, il n'est pas possible d'accéder à ces "pré-fosses" sans déplacer le bétail au préalable.

La DDPP compte seulement onze inspecteurs en Ille-et-Vilaine, chargés de diverses missions dont le contrôle des 4.000 plus gros élevages classés ICPE (installations classées pour la protection de l'environnement) du département.

Ces agents de l'État admettent ne pas pouvoir entreprendre un contrôle des pré-fosses, forcément long et fastidieux. C'est pourtant sous les bâtiments que perdurent souvent les cuves de rétention du lisier les plus vétustes. 

L'accident [de pollution], il arrivera plus sur une pré-fosse en parpaings que sur une fosse semi-enterrée, dont on peut voir la structure de l'extérieur

Marie-Rose Ferret

Inspectrice des installations classées à la DDPP d'Ille-et-Vilaine

Régulièrement, les inspecteurs concentrent leurs efforts sur une zone géographique particulièrement sujette aux pollutions. En 2019, ils ont contrôlé une soixantaine d'élevages dans le bassin-versant de la rivière des Echelles, au nord de Fougères. 

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60% des contrôles ont révélé des "anomalies", dont une bonne part concerne la préservation des eaux de ruissellements et des cours d'eau. En 2024, c'est au tour du bassin de la Seiche d'être ausculté : 120 exploitations sont visitées, 20% d'entre elles révèlent une suspicion de fuite de lisier. Des travaux sont demandés pour y remédier.