Coronavirus. Pas de printemps pour les crêpiers en Bretagne

Elles sont l’un des emblèmes de la Bretagne ! Notre région compte à elle seule plus de la moitié des crêperies de l’Hexagone mais aujourd’hui, comme tous les restaurants, elles sont fermées. Et l’avenir pour beaucoup de ces établissements reste incertain.
 

Les crêpiers ne peuvent plus travailler à cause du confinement
Les crêpiers ne peuvent plus travailler à cause du confinement © France Télévisions

A Saint-Malo, en ce mois d’avril d’habitude très touristique, pas âme qui vive dans les rues à l’exception de quelques passants isolés qui promènent leur chien. Tous les commerces ou presque sont fermés à commencer par les restaurants et les crêperies.

La cité corsaire en compte plus d’une centaine, de plus ou moins grande taille qui a l’heure du déjeuner attiraient jusqu’au 15 mars les amateurs de galettes. Mais cela, c’était avant le confinement.

Aujourd’hui, témoins d’une activité au point mort, les chaises sont soigneusement rangées, les billigs à l’arrêt et quelques rares bolées abandonnées sur les tables attendent encore les clients.
 

Inquiétude dans les lieux touristiques


Comme ces confrères, Xavier Villedieu a dû fermer ses deux crêperies, rachetées en 2016 et 2017. En temps normal, elles peuvent accueillir plus de 150 personnes midi et soir.

Avril est le troisième mois le plus important de l’année après juillet et août pour ces établissements dont l’activité est directement liée à la fréquentation touristique. Et les vacances de Pâques marquent habituellement le début de la saison.
Xavier Villedieu dans sa crêperie de Saint malo, fermée par la pandémie de coronavirus
Xavier Villedieu dans sa crêperie de Saint malo, fermée par la pandémie de coronavirus © I. Rettig - France Télévisions

"L’an passé, en avril, on a fait environ 7300 couverts pour un chiffre d’affaires de 160 000 euros", explique Xavier Villedieu, catastrophé par la crise actuelle. Lui qui espérait atteindre cette année les 1,6 millions d’euros de chiffres d’affaires estime qu’il pourrait perdre entre 20 et 30 % de ses recettes selon la durée de la fermeture.


Incertitude pour les aides


Emmanuel Macron, l’a confirmé. Le déconfinement débutera le 11 mai prochain mais pas question pour autant de rouvrir les restaurants ou les hôtels à cette date-là. "Au mieux, il va surement falloir rester fermer jusqu’au début de l’été" s’inquiète Xavier.  "Mais il ne faut pas qu’on perde les mois de juillet et août sinon nombre d’établissements vont mourir".
 
La crêperie "La Touline" fermée comme toutes les crêperies et restaurants de Saint-Malo
La crêperie "La Touline" fermée comme toutes les crêperies et restaurants de Saint-Malo © I. Rettig - France Télévisions

C’est le cas notamment des petites structures, plus fragiles. "En Bretagne, beaucoup de crêperies sont gérées par un couple" explique Gilles Stéphant, le président de la Fédération régionale des Crêperies qui regroupe 150 établissements. "On a peur que 20 à 30% d’entre elles soient obligées de fermer si la crise dure. Notamment en zone touristique ou les mois d’hiver ne rapportent rien et ou la saison commence véritablement en avril. C’est pour ces établissements là que ce sera le plus dur."

A Saint-Malo qui vit essentiellement du tourisme, tous les professionnels sont inquiets même les crêperies qui semblent avoir les reins les plus solides. « J’ai dû mettre mes 10 salariés en chômage partiel", explique Xavier Villedieu. "Et je ne sais pas si je vais pouvoir embaucher les saisonniers que j’emploie habituellement, une dizaine aussi. Là on ne peut, évidemment prendre personne puisqu’on ne sait pas quand nous recommençons et dans quelles conditions." 

Besoin de gros coups de pouce


L’Etat a promis des aides, report de charges, fonds de solidarité mais cela ne va pas encore assez loin pour les restaurateurs qui attendent des annulations pures et simples de charge et un effort de la part des assurances.

Le Président de la République s’est d’ailleurs engagé dans ce sens-là hier soir et a demandé un coup de pouce des assureurs. Un geste indispensable pour les crêperies.

"Nos charges fixes continuent à tomber alors qu’on ne perçoit aucune recette. Il faut payer nos salaires (ceux des chefs d’entreprises qui ne reçoivent aucune aide de l’Etat), l’eau, le gaz, l’électricité, les intérêts d’emprunts", explique Xavier pour qui cela ne représente pas moins de 40 000 euros par mois.
 
En attendant d’autres solutions, il a donc dû déposer un nouveau dossier d’emprunt auprès de sa banque afin de pouvoir régler ces fameuses charges fixes. "Mais il faut que l’épidémie soit reconnue comme une catastrophe naturelle pour que les assurances prennent en charge les pertes d’exploitation."

Pour lui, elles s’élèvent à plusieurs milliers d’euros. "Nous sommes couverts  en cas de maladie infectieuse mais seulement si le client a été malade dans le restaurant et qu’on nous ait fait fermer à cause de cela."
 
Un coup dur pour ce chef d’entreprise, déjà frappé de plein fouet par la crise de 2008 alors qu’il dirigeait un magasin de meubles à Caen et une situation particulièrement compliquée pour les crêpiers comme pour l’ensemble du secteur du tourisme et de l’hôtellerie-restauration.

En France, on compte environ 4500 crêperies dont plus de 2500 se trouvent en Bretagne.
 
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