Retour à l'école des élèves handicapés : "On m'a demandé de laver les roues du fauteuil de ma fille"

La rentrée post-confinement concerne aussi les élèves en situation de handicap, considérés comme prioritaires par le gouvernement. En réalité, le retour à l'école n'est pas toujours si simple. Illustrations en Ille-et-Vilaine avec Titouan et Clara*. 

Titouan, 11 ans, porte un masque en classe, sur les recommandations de son médecin rééducateur
Titouan, 11 ans, porte un masque en classe, sur les recommandations de son médecin rééducateur

"Il s'adapte, même si c'est un peu frustrant." Estelle est la mère de Titouan, âgé de 11 ans. Atteint d'un handicap moteur, en fauteuil roulant électrique, il va à l'école de Courtoisville, à Saint-Malo (Ille-et-Vilaine). Comme ses camarades, il a fait la rentrée après deux mois de confinement, une rentrée bienvenue pour lui mais aussi pour ses parents qui avaient besoin de reprendre le travail. "On a eu beaucoup d'échanges avec les enseignants et la direction pendant le confinement, pour préparer le retour." 


Un peu plus isolé que d'habitude


Habituellement, Titouan partage son temps. Le matin, il reste dans la classe ULIS (unités localisées pour l'inclusion) puis l'après-midi il rejoint celle des CM2. Pas de gros changements dans cette organisation depuis le 12 mai, sauf que les déplacements sont limités : "Titouan reste dans la classe ULIS toute la journée car les élèves sont peu nombreux à avoir repris le chemin de l'école. Il est pris en charge par l'institutrice spécialisée et son auxiliaire de vie scolaire (AVS, désormais appelés AESH) le matin. L'après-midi, c'est l'institutrice de CM2 qui lui donne du travail à faire mais physiquement, il reste en classe ULIS." "Il voit moins ses camarades du coup" explique Estelle. 

Pour les récréations, elles ont désormais lieu par petits groupes, pas forcément avec les copains de Titouan. "Ce n'est pas facile de les voir et de ne pas pouvoir leur parler. Comme pour tous les enfants, c'est aussi embêtant de ne pas aller et venir où l'on veut dans la cour, pour se défouler." 

Titouan passe au final beaucoup de temps avec Marine, son AVS et se retrouve un peu plus isolé que d'habitude. "A la cantine, il mange avec son AVS car personne à droite et à gauche, ni en face. La communication est plus limitée du coup."
Titouan porte un masque à l'école par précaution
Titouan porte un masque à l'école par précaution © DR

Alors que le port du masque n'est pas obligatoire à l'école primaire, Titouan en met un, sur les conseils de son médecin rééducateur. Il lui tient chaud. "C'est contraignant mais il le garde", souligne Estelle.

Titouan appréhende son nouveau quotidien, pas toujours évident. Estelle se souvient : "Lorsqu'il est revenu de l'école le 12 mai, Titouan était vraiment déçu et triste de cette journée passée. Il ne voulait plus y retourner. Il n'a pas retrouvé "l'école d'avant"Malgré tout, la direction de l'école, les institutrices et l'AESH mettent tout en œuvre pour que tout se passe au mieux. C'est une situation compliquée pour tout le monde et chacun fait comme il peut." 

Marine, l'AESH, connaît Titouan depuis sept ans. Pour elle aussi cette rentrée a été particulière. "On a eu une réunion avec tout le personnel. J'avais des appréhensions les premiers jours. On se demandait où on allait..." "Avec Titouan, on est en contact très proche : je porte une blouse de protection, un masque. Je mets des gants dans certaines situations. On se lave les mains régulièrement. Je lave les miennes et ensuite je l'aide à laver les siennes. On passe des coups de lingettes sur son ordinateur." 
 

"La directrice m'a demandé de laver les roues du fauteuil à chaque entrée dans l'école"


Sandrine est la maman de quatre enfants, dont Clara * une petite fille de 7 ans, handicapée moteur et se déplaçant en fauteuil manuel. Scolarisée en CP en Ille-et-Vilaine, un auxiliaire de vie scolaire l'accompagne, comme Titouan, pour les gestes du quotidien, toute la journée. Pour elle, après le confinement, pas de retour à l'école. "La direction m'a appelée au dernier moment et m'a demandé de laver mon véhicule à chaque fois que je dépose ma fille, de laver son fauteuil et ses roues, son ordinateur, son matériel etc..." Sandrine s'interroge : "Est-ce qu'on demande aux autres enfants de laver leurs semelles de chaussures ?" Elle remarque que la situation sanitaire accentue des relations déjà complexes avec la direction qui "cherche constamment la petite bête depuis deux ans." 

Du côté de l'auxiliaire de vie, elle n'a pas eu de contact avec lui pour une éventuelle reprise. Là aussi, elle aurait aimé en savoir plus notamment sur l'adaptation des gestes barrières. "Avec ma fille, pour l'aider il faut forcément la toucher, la porter." Faute de mieux, elle continue donc d'assurer elle-même l'enseignement auprès de ses enfants, avec l'aide de la maîtresse. La rentrée de septembre reste floue, Sandrine n'a aucune idée des conditions dans laquelle elle va se dérouler. Pour le moment, on lui a seulement parlé de "classe virtuelle".


Des consignes et du matériel de protection


Le rectorat n'est pas en mesure de préciser des chiffres, sur le retour à l'école des élèves en situation de handicap car "chaque cas est particulier." Cette reprise fait l'objet d'une organisation dédiée, depuis le 11 mai jusqu'au 2 juin. 

"Les élèves en situation de handicap font partie des élèves prioritaires pour reprendre leur scolarité en école ou établissment" précise-t-on. Le rectorat ajoute : "Les parents et responsables légaux d’élèves en situation de handicap sont informés des dispositions prises pour favoriser un retour à l’école ou en collège par l’intermédiaire des enseignants référents."

"Des moyens spécifiques de protection des personnels sont prévus compte tenu de la difficulté pour certains élèves en situation de handicap de respecter la distanciation physique. Pour l’aide humaine portant sur les gestes de la vie quotidienne une dotation spécifique en gants, gel désinfectant, visières ou lunettes de protection est mise en place."
 

Les chiffres sur la scolarité des élèves en situation de handicap en Bretagne 


Selon le rectorat et à la rentrée 2019, l’académie de Rennes comptait 17 454 élèves scolarisés dans les écoles et établissements publics et privés relevant du ministère de l’Éducation nationale : 8 998 dans le premier degré et 8 456 dans le second degré. Selon les situations, la scolarisation peut se dérouler sans aide spécifique (humaine ou matérielle) ou avec des aménagements lorsque les besoins de l'élève l'exigent.

L'académie de Rennes compte actuellement 11 476 AESH. Les élèves présentant des besoins plus importants sont scolarisés avec l’appui d’unités localisées pour l'inclusion scolaire (ULIS). Ces dispositifs sont encadrés par un enseignant spécialisé et bénéficient d’un accompagnant des élèves en situation de handicap-collectif. 188 ULIS-école, 129 ULIS-collège, 38 ULIS-lycée professionnel sont en place dans l’académie de Rennes.

Lors des annonces sur la phase 2 du déconfinement, Jean-Michel Blanquer a réaffirmé l'engagement du gouvernement sur la scolarité des élèves en situation de handicap. Il a annoncé que 100 % des ULIS seraient ouvertes la semaine prochaine. 



*Le prénom a été modifié
 

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