Route du Rhum. "Tanguy va galérer comme on peut galérer dans la rue". Avec Lazare, les SDF sur la ligne de départ

Après avoir fait naviguer 120 sans-abris hébergés par les colocs de l'association nantaise Lazare, c'est sur le village départ que Tanguy Le Turquais accueillait les "colocs" de l'association Lazare. Le skipper de 33 ans a fait de Tum Tum, croisée dans les rues de Vannes lorsqu'il était étudiant, et de Christian, la marraine et parrain de son bateau. Rencontre avant le départ, ce mercredi 9 novembre.

C'était son rêve de monter en tête de mât. Mais le vent, ce vendredi 4 novembre, à Saint-Malo, l'en empêchera. Ce n'est que partie remise pour Tum Tum, ancienne SDF et coloc de l'association Lazare.

Tanguy Le Turquais en a fait la marraine de son Imoca, qui porte les couleurs de l'association d'aide aux sans-abris. Le lendemain, c'est Christian - le binôme du skipper dans une course d'un autre genre, la Mad Jacques -  qui aura l'honneur de casser la bouteille de champagne lors du baptême du 60 pieds.

L'Imoca est sur la ligne de départ de cette 12e Route du Rhum ce mercredi 9 novembre. Il sera donné à 14h15. C'est à suivre sur France 3 Bretagne et en streaming dès 14h.

Cet accompagnement n'est pas vide de sens pour Tanguy Le Turquais, dont le partenariat avec l'association Lazare remonte à plusieurs années, et dont l'objectif est le Vendée Globe 2024-2025. Sa compagne, Clarisse Cremer, portait déjà le nom de l'association nantaise sur sa coque lors de son Vendée Globe, en 2020.


Un petit signe de la vie

Mais lorsqu'il croise Tum Tum à l'arrivée de ce périple en auto-stop entre Nantes et la Creuse, accompagné de Christian, le visage de Tum Tum lui dit quelque chose.

"En discutant, on se rend compte que quand je faisais la manche à Vannes, il me donnait de l'argent, quand il était étudiant" raconte Tum Tum, "et apparemment je l'avais marqué parce qu'il m'a reconnu".

Tanguy Le Turquais se rappelle en effet de ce petit bout de femme, "au squat de la Poste, à l'entrée de la gare". Pour le skipper au CV déjà bien garni - Solitaire du Figaro, Transat Jacques Vabres - ces retrouvailles avec Tum Tum "ont été comme un petit signe de la vie".

"J'étais dans le doute, endetté, tout au début de ce projet Vendée Globe, à la recherche de partenaires" poursuit le trentenaire, "je me suis dit que j'étais sur le bon chemin".

Colocations solidaires

L'association Lazare propose des colocations solidaires, entre d'anciens sans-abris, et de jeunes actifs. Il y a dix maisons en France, et bientôt onze.

Tum Tum a profité d'une des premières colocations, proposées à Nantes. Elle a partagé quelques années de sa vie avec un étudiant en médecine, un jeune avocat, un chargé de ressources humaines.

"On n'a pas le même look, mais on vit la même vie" dit-elle. Elle a aujourd'hui un logement bien à elle. Victime d'une maladie neuro-dégénérative, elle veut "profiter du moment présent", comme elle profite à fond de l'agitation autour du bateau.

On connaît la galère de la rue, tu connais la galère de la mer

Christian

Tum Tum et Christian parlent d'une même voix pour dire leur fierté de voir le nom de l'association qui les représente sur un bateau. "C'est un monde de riches les bateaux. On les regarde, mais on ne monte pas dessus" explique Tum Tum en se remémorant ses années de galère dans la rue.

Entre la voile et la précarité, entre cet univers de CSP + et les gens de la rue, il y a un monde. Au moins un océan. Des parallèles, pourtant, il y en a. Christian rappelle que Tanguy "emmène les colocs avec lui".

"Avec sa femme Clarisse [Clarisse Cremer, navigatrice professionnelle elle aussi, et marraine de l'association NDLR], ils ont un cœur en or. Ils sont très proches de nous. On ne voit pas la différence entre le grand skipper et nous" dit-il avec fierté.

Si "la coque est encore blanche" dit Tanguy le Turquais, toujours à la recherche d'un partenaire principal, le raccourci sur les précarités s'arrête là. "Moi c'est une précarité choisie, pour réaliser un rêve. Eux, c'est une précarité qui n'est pas voulue, une solitude qui n'est pas choisie" explique-t-il. "Je me méfie de ce parallèle-là".

Fierté embarquée

Idem pour la vie en solitaire à bord, même si Christian, aux côtés du navigateur professionnel, se plaît à dire que "Tanguy va partir seul, en mer, il va galérer comme un SDF peut galérer dans la rue".

Mais le compagnonnage de Lazare, aidé par le Jour du Seigneur et d'autres, va au-delà. "C'est hyper important. Ça nous représente" estime Tum Tum. "On a besoin d'un gars comme Tanguy pour montrer l'exemple" ajoute Christian, "pour dire aux personnes qui sont dans la rue qu'ils ne sont pas des inconnus."

C'est comme si les 120 sans-abris qui ont pu naviguer avec Tanguy depuis le début du partenariat étaient à bord ce mercredi 9 novembre au départ de la Route du Rhum. 

Il est donné à 14h15, et retransmis sur France 3 Bretagne

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