L'urbanisme à Saint-Malo, une question électorale

Construction avenue de Moka à Saint-Malo / © Krystel Veillard - France Télévisions
Construction avenue de Moka à Saint-Malo / © Krystel Veillard - France Télévisions

L'urbanisme à Saint-Malo, c'est la grande thématique de la campagne électorale. Pour faire revenir une population en baisse, la municipalité sortante a en effet mis en oeuvre un vaste programme de constructions il y a 6 ans. Mais aujourd'hui les habitants évoquent une bétonisation de la ville.

Par Krystell Veillard


Les clôtures ceinturent la zone, avec des permis de construire apposés dessus. Ces 25 hectares à quelques centaines de mètres de la mer à Rothéneuf, sont prévus pour accueillir 800 logements, de l'habitat individuel, groupé et du collectif également. Mais le chantier est stoppé depuis quelques mois en raison de la présence de zones humides à cet endroit.
 

Une association pour préserver la biodiversité


Une association, s'est en effet créée pour la préservation de l'environnement. "Les zones humides ont été détruites, pendant 60 ans on en a perdu plus de 70%, nous précise ainsi Thilo Hane, la présidente de l'association Rothéneuf Environnement, "or elles sont fondamentales. Ce sont elles qui vont absorber le trop plein d'eau, ce sont elles qui vont le restituer derrière. Elles permettent à la biodiversité de s'épanouir, de se nourrir aussi. Elles font partie de notre cadre de vie et on aimerait vraiment les préserver". "Mais depuis le début on demande aussi de construire, on souhaite l'arrivée de nouvelle personnes et partager notre cadre de vie exceptionnel à Saint-Malo, mais tout en préservant le patrimoine naturel", ajoute encore la résidente de Rothéneuf. L'association a engagé un recours en référé devant le tribunal administratif de Rennes et a obtenu gain de cause le 12 novembre dernier. Le projet n'est pourtant pas enterré. L'affaire devrait être prochainement examinée sur le fond. 
 
 

Un projet urbain stratégique, Saint-Malo 2030


Un chantier initié sous le mandat du maire précédent René Couanau, mais assez révélateur à Saint-Malo, où pour enrayer la baisse de la population, la municipalité a engagé il y a 6 ans, un vaste projet urbain stratégique à horizon 2030, en faisant appel au cabinet d'urbanisme de Christian Devillers D&A. "L'enjeu c'était d'essayer de retrouver environ 5000 logements abordables à destination des familles, confirme Magali Volkwein, urbaniste de l'agence D&A, "et pour cela il fallait trouver une manière de faire, c'est à dire des logements pas plus chers que ceux dans l'arrière pays, acceptables pour des familles, donc pas trop denses et surtout attractifs".

"Et, 
ajoute l'urbaniste, "nous ce qu'on a aimé dans cette étude c'est qu'on était un peu à la pointe de la réflexion en urbanisme en France, puisque la loi Alur venait de sortir, avec cette idée qu'il fallait arrêter de manger les terres agricoles et qu'il fallait imaginer un urbanisme de recyclage foncier. C'est à dire identifier des terrains mutables, par exemple un délaissé de voirie, un parking qui ne sert pas ou une activité qui a cessé de fonctionner. Et en les transformant, créer un nouveau quartier attractif."
 
Construction dans le quartier de Rocabey à Saint-Malo / © Krystel Veillard - France Télévisions
Construction dans le quartier de Rocabey à Saint-Malo / © Krystel Veillard - France Télévisions
 

Part croissante des résidences secondaires


Construire 500 logements par an, en reliant les quartiers, sans empiéter sur les terres agricoles, avec toute une trame de déplacements doux, c'était donc l'objectif de départ. Mais attirer de jeunes actifs dans la Cité corsaire est un des buts qui n'a pas réellement été atteint. Une des caractéristiques marquantes demeure la proportion croissante des résidences secondaires. "Les grues que l'ont voit, elles sont dans les beaux quartiers, près de la mer, insiste Agnès Malgorn, de l'association citoyenne malouine Osons ! "Et ces beaux quartiers là, vu les tarifs, ne sont pas accessibles aux familles locales, ce qui fait que la plupart d'entre elles sont obligées de s'expatrier et de partir." Ce que confirme Erwan le Rouillé, notaire dans la cité Corsaire : "Pour un jeune couple à salaire égal entre il y a 5 ans et maintenant, la hausse des prix fait que, soit on doit acheter plus petit, soit on doit malheureusement sortir vers les extérieurs pour garder un même volume habitable."
 

Population vieillissante


Effet côte d'Emeraude, effet balnéaire, mais aussi effet LGV et rapprochement avec Paris, autant d'atouts qui font que le marché immobilier à Saint-Malo est toujours sous-tension, avec une offre en logements toujours insuffisante par rapport à la demande, d'où mécaniquement une accélération de la hausse des prix. "L' acquéreur à Saint-Malo est plutôt une personne âgée, retraitée, explique ainsi le notaire, ou encore ce sont des cadres supérieurs en fin de carrière, qui acquièrent une résidence secondaire en vue d'une résidence principale. Et là, on ne va pas augmenter la population. Mais, ça fait partie des acquéreurs, on ne va pas leur interdire d'acheter et de préparer leur vieux jours. Le nombre de chantiers et de grues n'ont pas réussi à combler la demande des habitants", conclut encore Erwan le Rouillé. Il faut dire qu'à Saint-Malo, la population est vieillissante, plus de 40% des habitants ont plus de 60 ans. 
 
La Cité Corsaire / © Krystel Veillard - France Télévisions
La Cité Corsaire / © Krystel Veillard - France Télévisions
 

Manque de concertation


Les Malouins regrettent globalement de ne pas avoir été suffisamment associés à ces projets immobiliers, qui aujourd'hui suscitent la polémique. A l'image de l'ambitieux complexe touristique des Nielles, avec hôtels 4 et 5 étoiles, restaurant, thalasso, et centre de formation, en bordure immédiate de corniche, au dessus de la plage du Minihic, en lieu et place d'un ancien camping. Un projet controversé, du groupe Raulic (les Thermes marins) voté au conseil municipal il y a quelques semaines.
 


 

Les listes aux municipales de Saint-Malo

Élections municipales à Saint-Malo : sept candidats partent à l'assaut du château de la Cité Corsaire

- Christine Bourquard, liste "Saint-Malo cité verte et Solidaire" (Europe Ecologie-Les Verts)
- Philippe Miailhes, liste "Rassemblement pour Saint-Malo" (Rassemblement National)
- Jean Coudray, liste "Tous Malouins" (Divers droite)
- Anne Le Gagne, liste "Saint-Malo au coeur des possibles" (Divers centre)
- Stéphane Perrin, liste "Saint-Malo, c'est vous !" (Divers centre)
- Alain Guillard, liste "Saint-Malo autrement" (Divers gauche)
- Gilles Lurton, liste "Saint-Malo, notre lien" (Divers droite)

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