Traditions orales et savoir-faire bretons "Il faut collecter ce patrimoine immatériel qui constitue notre mémoire vivante"

Le fest-noz, le savoir-faire de la broderie ou la fabrication des galettes, les chants et les danses, font partie du patrimoine immatériel breton. Des associations se mobilisent pour que ces traditions ne disparaissent pas et restent vivantes,grâce au collectage.

En 1972, un groupe de jeunes sonneurs bretons crée l'association Dastum qui signifie "ramasser" en breton. Ils veulent collecter, sauvegarder et transmettre le patrimoine culturel immatériel ,notamment les traditions orales et musicales de la région. Quarante ans après, Dastum sera sous les feux de la rampe lorsqu'en 2012, le dossier d'inscription du Fest-Noz sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l'Unesco sera validé. Les Bretons danseront même devant la tribune de l'Unesco à Paris, pour fêter l'événement. La collecte et l'enregistrement des témoignages sur les pratiques bretonnes représentent aujourd'hui 150 000 documents sonores inédits soit 8 800 heures d'enregistrements recueillies par l'association et disponible à l'écoute sur la plateforme Dastumedia.

"Il y a un mouvement lié à la culture bretonne et au collectage qui remonte au XIXè siècle autour des arts et des traditions populaires, voire paysannes. Des textes et des paroles ont été recueillis auprès de Monsieur-et-Madame-tout-le-monde. C'est une archéologie du vivant, une collecte phénoménale" explique Gaëtan Crespel. Sur les 800 collecteurs repérés en France au 20eme siècle, 500 sont bretons.

On a incité les gens à aller voir leurs voisins, leurs familles et les anciens, pour les enregister en les faisant chanter ou conter, comme ils avaient appris.

Gaëtan Crespel

Directeur association "Dastum"

Qu'est-ce qu'on appelle le patrimoine immatériel ?

Julie Léonard, chargée de ce sujet au sein de l'Association Bretagne Culture Diversité explique."Il s'agit d'un patrimoine vivant donc encore pratiqué et vécu au quotidien, qui s'est transmis sur plusieurs générations."

La jeune femme aide à la constitution de dossiers et de collectes pour que les pratiques soient inscrites à un inventaire dédié au patrimoine immatériel vivant en Bretagne. Enregisteur vocal en main, elle sillonne la région pour capter les témoignages, les souvenirs, assister à des démonstrations, découvrir les outils et les savoir-faire liés aux activités qu'elle inventorie.

Les veillées de café, la récolte du goémon, le jeu de palet en bois, le gouren, les cercles celtiques, tout ces savoirs-faire sont rentrés à l'inventaire.

Julie Léonard

Association "Bretagne Culture Diversité" chargée du patrimoine culturel immatériel

Tous ces acteurs ne font que marcher dans les pas des anciens dans cette démarche de collectage. Le directeur de Dastum remonte l'histoire. "Au XIXè siècle, le vicomte Théodore Hersart de La Villemarqué collecte d'anciennes chansons traditionnelles bretonnes. Il en fait une publication : "Le Barzaz Breiz" (bardit en breton, désignant un  ensemble de poèmes et breiz pour Bretagne). L'écrivaine George Sand découvre l'ouvrage, parle de "summum de la littérature populaire". En découlera un immense succès, avec des traductions du recueil en plusieurs langues." C'est dans la période 1970-2000 que la démarche s'intensifie. Avec l'arrivée du magnétophone et des enregistreurs, les particuliers se lancent dans l'aventure. Ce ne sont plus seulement les paroles qu'on retranscrit mais les sons et les voix. Ainsi, on peut découvrir les manières de parler, de chanter, les interprétations variées d'une même musique.

Une transmission orale toujours en évolution

Grâce à ces collectes, on dispose de tout un pan de notre tradition orale. Ainsi pour la gwerz, en basse Bretagne, complainte en haute Bretagne. Elle rapportait des histoires locales de crimes ou de faits divers. Elle était écrite pour remplacer les journaux puisque beaucoup ne savaient pas lire. Des histoires dont on peut retrouver la trace dans les archives judiciaires. "En revanche, difficile de savoir quand et par qui a été écrite la complainte. Un ou plusieurs auteurs? C’est une œuvre dont la forme évolue au fil de la transmission de bouche à oreille...C'est par le témoignage des anciens que nous provient toute la richesse de ces traditions", précise le directeur de Dastum.

Plein de nuances aussi dans les collectages concernant les chansons à danser. Le kan ha diskan (le chant contre chant en breton). "On peut retrouver le même air de musique mais associé à des textes différents, sans compter les spécificités de la langue bretonne qui donnent encore une couleur différente au chant."explique Gaëtan Crespel." De même pour les récits des conteurs, transmis et réinterprétés au fil du temps". Si aujourd'hui, on va moins sur le terrain, un travail colossal d'archivage reste à réaliser à l'échelle de toute la Bretagne.

Des savoir-faire encore à valoriser

De son côté, Julie Léonard , de l'Association Bretagne Culture Diversité, continue son travail d'investigation.

En 2024, elle a été sollicitée par les derniers fabricants de craquelins, ces petits pains soufflés bretons. Car les craqueliniers ne sont plus que huit aujourd'hui du côté de la Vallée de la Rance. Ceux-ci souhaitent que leur savoir-faire soit reconnu comme patrimoine immatériel. Pour ce faire, Julie doit documenter la pratique, assister à la fabrication selon les traditions, étudier les ustensiles et outils qui sont utilisés. Elle visitera même un site où se trouve encore un ancien four à craquelins.

Les craquelins traditionnels sont fait à la main. Un bon craquelinier en produisait 6000 par jour.

Julie Léonard

Association Bretagne Culture Diversité

Bretagne Culture Diversité tout comme Dastum, fédèrent désormais de nombreuses associations toutes œuvrant collectivement pour faire vivre, recréer et transmettre ces traditions.

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