Langue bretonne. Emmanuel Macron défend l'enseignement en immersion

Voilà cinq jours que la polémique enfle autour de l'enseignement en immersion des langues régionales après que le Conseil constitutionnel a jugé cette méthode anticonstitutionnelle. Sur son compte Facebook, Emmanuel Macron sort de sa réserve et défend l'enseignement en immersion tel celui de Diwan.

Sur son compte Facebook, Emmanuel Macron sort de sa réserve et défend l'enseignement en immersion comme le pratique Diwan.
Sur son compte Facebook, Emmanuel Macron sort de sa réserve et défend l'enseignement en immersion comme le pratique Diwan. © Thomas Brégardis - MaxPPP

"J’ai demandé au gouvernement et au Parlement de trouver les moyens de garantir la transmission de cette diversité linguistique dans le respect des cadres pédagogiques largement reconnus depuis un demi-siècle", affirme Emmanuel Macron sur son compte Facebook.

En évoquant des "pédagogies reconnues depuis un demi-siècle", le Président désigne clairement les écoles immersives en langue régionale. Et de nommer Seaska, créée au Pays basque en 1969, et Diwan en Bretagne qui a vu le jour en 1977.

"Le droit doit libérer, jamais étouffer", précise le post Facebook du président de la République. En clair, l'article 2 de la Constitution, érigeant le français comme unique langue de la République, ne peut servir à faire barrage à d'autres langues. 

Une manière de répondre au vif débat qui agite son propre camp politique depuis que le Conseil constitutionnel a déclaré inconstitutionnel les apprentissages en immersion, tels ceux pratiqués à Diwan. Cette décision avait été rendue, vendredi 21 mai, au nom de cet article 2. Un article introduit dans la constitution pour contrer l'anglais, mais qui, pris au pied de la lettre peut venir s'opposer aux langues régionales.

"Depuis des décennies, un mouvement majeur de transmission par l’école immersive, au travers d’associations comme Diwan, Seaska, les Calendretas, Bressola, ABCM et d’autres, a fait vivre ces langues et a garanti leur avenir", salue aussi le Président.

Après une telle reconnaissance du travail de ces écoles associatives, il va falloir trouver une porte de sortie à cette crise. Une crise ouverte le vendredi 21 mai par la décision du Conseil constitutionnel censurant en partie la loi Molac en faveur des langues régionales.

Des divisions au sein de LREM depuis l'adoption de la loi Molac le 8 avril

Les tensions au sein de la majorité présidentielle durent depuis le 8 avril. Ce jour-là, la "loi Molac" renforçant les langues régionales avait été adoptée par le Parlement après un vote surprise de l'Assemblée, malgré l'opposition du gouvernement.

Ensuite, contre le choix du Premier ministre et des groupes majoritaires, la saisine du Conseil constitutionnel à titre individuel, par 61 députés de la majorité, a divisé les élus LREM.

Dans un entretien accordé à Ouest-France ce samedi 22 mai, le ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer y est allé aussi de son couplet. Il a rappelé son attachement au français comme langue principale au sein des écoles de la République et des écoles sous contrat avec l'Etat (c'est le cas de Diwan).

Quand deux proches du Président pèsent de tout leur poids en faveur des idiomes régionaux

Deux jours plus tard, le lundi 24 mai, le président du Modem et maire de Pau, François Bayrou, adoptait une position inverse. Il s'élevait contre la décision du Conseil constitutionnel et estimait que le président de la République devait s'emparer de cette question.

Dès la décision du Conseil constitutionnel connue, ce proche du président de la République n'avait pas hésiter à afficher sa colère sur son compte twitter.

Le mardi 25 mai, c'est Jean-Yves Le Drian, ministre des Affaires étrangères et ex-président de la région Bretagne, qui montait également au créneau. Il demandait au Premier ministre, Jean Castex, de prendre les initiatives nécessaires pour préserver l'enseignement immersif des langues régionales.

Les tensions au sein de LREM se sont poursuivies jusqu'au sein de l’hémicycle à l’Assemblée national ce mardi. Deux députés bretons de la majorité ont fait part de leur colère. Yannick Kerlogot, député LREM des Côtes d’Armor, a interpellé le gouvernement en ces termes.

Pouvez-vous nous confirmer que la vie des établissements concernés n’est nullement impactée ?

Yannick Kerlogot

Erwan Balanant, député MoDem du Finistère lui a emboîté le pas sur le sujet : "Comment menacer des établissements tels que le lycée Diwan de Carhaix classé en 2013 meilleur lycée de France par le Figaro ?"

Le Premier ministre, Jean Castex, les a rassurés : "Mon souci et celui du gouvernement est d’apaiser le débat (…) Les langues régionales sont une chance pour la République française."


Afin de calmer cette séquence politique houleuse pour la majorité, Jean Castex a annoncé qu'il allait confier une mission à deux députés "afin de tirer toutes les conséquences de la décision du Conseil constitutionnel".

Le Président siffle la fin de partie

La déclaration d’Emmanuel Macron ce mercrdi 26 mai vient donc siffler la fin de partie et calmer les esprits. A moins d’un mois du premier tour d’élections en région, il en allait de la survie du parti présidentiel qui peine à s’implanter dans les territoires.

Et puis avec la présidentielle de 2022 en ligne de mire, le futur candidat à la présidentielle qu’est Emmanuel Macron, se doit de choyer la Bretagne. 

C’est ici qu’il a réalisé ses meilleurs scores en 2017. Il avait recueilli 29.05% des suffrages exprimés au premier tour de l’élection présidentielle contre 24.01% de moyenne nationale.

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