Depuis plusieurs siècles, de nombreuses races animales existent en Bretagne. La plupart ont été un temps menacées mais ont pu être sauvées. Malgré les efforts fournis par certains éleveurs, toutes les espèces ne le sont pas encore. Pourtant, ces races indigènes présentent des caractéristiques bien particulières et constituent une richesse qu'il faut préserver. Dans ce Grand Format, nous vous proposons un tour d'horizon des races phares de notre région.

La Bretonne pie noir : un lait de qualité

Son nom un peu particulier n'a rien à voir avec la couleur de ses pies. L'adjectif "pie" signifie "à robe blanche avec des taches de couleur" - en l'occurrence, du noir.

Elle est la plus petite des races bovines françaises avec son 1,17 mètre au garrot pour les femelles, et 1,23 mètre pour les mâles. Elle mesure 30 à 40 cm de moins qu'une Montbéliarde. La Bretonne est également plus légère : ses individus pèsent entre 450 et 650 kg selon le sexe.

Cette race se démarque des autres par d'autres caractéristiques physiques : son cœur sur le front (une tache blanche), ses chaussettes et ses cornes en lyre.

 
La Bretonne Pie Noir a bien failli disparaître, mais les effectifs de cette race sont aujourd'hui en hausse / © Gaëlle Diabaté / CC
La Bretonne Pie Noir a bien failli disparaître, mais les effectifs de cette race sont aujourd'hui en hausse / © Gaëlle Diabaté / CC
 

Une race en danger


En 1900, la Bretagne compte 700 000 femelles. Quelque trois quarts de siècle plus tard, la région n'en compte plus que 500. On lui préfère alors la Prim'Holstein, venue des Pays-Bas. La raison : elle donne plus de lait. Alors que la Bretonne fournit 3 600 kg de lait par lactation, la vache néerlandaise en produit 9 330.

"Il fallait produire beaucoup pour nourrir et redévelopper le pays. Les politiques ont fait le choix de laisser de côté les vaches comme la Pie Noir, qui développaient aussi peu de lait", constate Cédric Briand, propriétaire d'un cheptel dans le Pays de Redon.

En 1975, un plan de sauvegarde est adopté. La Bretonne Pie Noir est la première race bovine à bénéficier d'un tel plan. Aujourd'hui, cet effort semble porter ses fruits : l'effectif de la race est aujourd'hui à la hausse, avec 3 100 femelles.
 

Un fromage au goût onctueux et crémeux


Cédric Briand, éleveur dans le Pays de Redon, ne s'y est pas trompé. Avec deux autres associés, il possède 45 Bretonnes Pie Noir. "Il y a quinze ans, on voulait des animaux adaptés à ce qu'on voulait faire : produire du lait, le transformer et le commercialiser en direct. La pie noir nous aide à montrer qu'avec la biodiversité domestique, on peut en vivre économiquement. "

Mais un autre de ses atouts : la qualité du fromage. "Il est plus riche en matières grasses et en protéines. Son fromage est donc plus onctueux et plus crémeux", insiste Cédric. Après trois mois passés en cave, Cédric goûte ses tommes et confirme : "On dirait du beurre affiné sur planche. Là, on a vraiment toute l'expression de la Bretonne. On sent les pâturages, la prairie."
 

La poule Noire de Janzé : la chasseuse d'insectes

C'est une poule plus petite que les autres : haute de 30 à 40 cm et pas plus lourde que 3 kg. Son plumage est fourni, noir avec des reflets verts.

Après avoir quasiment disparu dans les années 1980, la race a été reconstituée par l'Écomusée du Pays de Rennes. "Dans les années 1970, cette race a été supplantée par d'autres, à caractère plus industriel", assure Pascal Berthet, président de la Société Bretonne d'Aviculture et de Loisirs (SBAL). "Des gens de Janzé, région traditionnellement connue pour ses marchés aux volailles, se sont intéressés à cette poule", raconte Pascal Berthet.

Il poursuit : "Parmi eux, un vétérinaire qui, un jour, allant dans une ferme pour s'occuper du bétail, a vu ces noires de Janzé. Le hasard a fait que l'agriculteur lui a confié ses volailles. C'est à partir de là qu'il y a eu la renaissance de cette race."
 

Plus efficace qu'un insecticide biologique


Dans les années à venir, les effectifs de cette race pourraient croître de manière exponentielle. Un agriculteur d'Ille-et-Vilaine a trouvé une utilité à la Noire de Janzé. Christophe Bitauld est arboriculteur et, dans son verger, il possède 300 individus de cette race. 

Et s'il a placé ses poules dans ses vergers, ce n'est pas par hasard. Il compte bien se débarrasser de l'anthonome, un insecte qui pond dans les boutons floraux des pommiers et peut pourrir la récolte.

Les Noires de Janzé en sont friandes. "On n'a aucun ver", constate-t-il avec le sourire, ouvrant une pomme de son verger. "On a une forte interaction des poules sur les insectes nuisibles des vergers. C'est très clair", remarque Christophe. Selon ses calculs, la quantité d'anthonomes aurait baissé de 80 % grâce à l'action de ces poules.

"C'est bio, c'est joli et c'est sélectif. Un insecticide contre l'anthonome ne détruirait pas uniquement l'insecte. Nos poules, elles, ne vont s'attaquer qu'à lui", vante-t-il.

Christophe souhaite aller plus loin dans sa démarche écologique. "Un groupement de producteurs va se créer pour 2020 et va commercialiser la noire de Janzé, son œuf, les coqs, sous forme de poulets Noire de Janzé, mais élevés sous les pommiers", annonce-t-il.
 

Le porc blanc de l'Ouest : un cochon élevé en plein air

Le porc blanc de l'Ouest est né en 1958 avec la fusion du Normand et du Craonnais. Mais à partir des années 1960, on veut améliorer la fécondité des truies. Alors on introduit en France d’autres races de cochon, provenant d’Allemagne notamment, avec qui les porcs locaux sont croisés. L'effectif de ces derniers diminue donc drastiquement.

"Dans les années 1970, on était à 700 femelles. On est tombés jusqu'à 70 femelles. Depuis 2013, les effectifs augmentent", affirme Clémence Mornière de la Fédération des Races de Bretagne. De fait, aujourd'hui, on compte 138 truies. Le nombre d'individus n'est pas assez élevé pour la considérer comme sauvée. "Aujourd'hui on est encore en statut de race menacée d'abandon. Elle n'est pas sauvée du tout, mais en voie de développement."
 
© Baptiste Galmiche - France Télévisions
© Baptiste Galmiche - France Télévisions
 

Un cochon adapté au plein-air

Ce cochon présente des caractéristiques particulières : ses oreilles couvrent les yeux, sa robe est légèrement rosée et sa queue est droite. À Chanteloup, Victorien Guillaume possède quatre truies, un verrat, quinze cochons à l'engraissement et de nombreux porcelets.  "C'est un cochon qui est assez familier, docile, facile à élever. Surtout quand il y a des petits, les mères sont assez calmes. Alors que le cochon normal est un peu plus nerveux, surtout les truies."

Ces animaux se nourrissent de l'herbe des prairies. Pour compléter leur alimentation, Victorien leur donne un mélange céréalier bio d’orge, de pois, de colza et de maïs. Ces cochons sont élevés entre 10 et 12 mois, soit deux fois plus longtemps que les conventionnels.
 

Le mouton d'Ouessant : la tondeuse écologique

La race Ouessant présente les moutons les plus petits du monde, avec leurs 50 cm au garrot. Ils sont très légers, pesant entre 11 kg et 20 kg selon le sexe. Une de leurs caractéristiques principales : leur chanfrein et leur front forment une ligne continue.

Cette race est née sur l'île d'Ouessant, à 20 km des côtes finistériennes. En 1850, son effectif y était de 6 000. Mais aujourd'hui, la race est présente quasi exclusivement sur le continent.
 
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Tondeuses écologiques


Du fait de sa petite taille, l'Ouessant est peu productif en viande, mais son utilisation est ailleurs. De plus en plus de particuliers, mais aussi d'entreprises ou d'institutions, utilisent le mouton d'Ouessant comme tondeuse écologique. C'est le choix qui a été fait à la prison de Rennes. "L'économie peut aller de 15 à 20 % car on utilise peu de machines, pas de carburant. Les moutons se suffisent à eux-mêmes. Ils ont la ressource pour se nourrir", précise Éric Pichaud, du centre pénitentiaire de Rennes.

À Pommeret (Côtes-d'Armor), les imprimeries Gourio ont elles aussi franchi le pas. "On n'a pas la prétention de sauver le monde. En revanche, je pense que c'est une multiplicité de petites choses, de petites décisions qui vont contribuer à améliorer les choses", précise Jacques Daquin, directeur de l'entreprise.

Les moutons d'Ouessant s'adaptent particulièrement aux terrains en pente et accidentés.
 

L'Écomusée : à la découverte des races du grand Ouest

Pas question de parler de races animales bretonnes sans parler de l'Écomusée du Pays de Rennes. Ouvert en 1987, le musée avait pour projet initial la sauvegarde d'un patrimoine bâti, celui d'une ferme du Pays de Rennes.

"Là-dessus se sont greffées d'autres actions, en particulier l'action de conservatoire avec la mise en place d'un conservatoire de vergers de pommes à cidres, avec deux vergers. Par la suite avec la fameuse Coucou de Rennes qui a engendré la mise en place de ce conservatoire animalier", affirme Jean-Paul Cillard, zootechnicien à l'Écomusée du Pays de Rennes.

Aujourd'hui, une vingtaine de races venues du grand Ouest y sont sauvegardées, parmi lesquelles le canard de Challans, l'oie normande, l'âne du Cotentin, le cheval Postier du Léon. "Pour préserver ces races, il y a tout un travail de diffusion. On fait énormément de naissances ; les animaux sont vendus à des agriculteurs et à des collectivités. On crée des associations de races et on organise des rencontres et des manifestations autour de la sauvegarde des races", conclut Jean-Paul Cillard.