Maltraitance animale. Les deux plus gros élevages porcins du Finistère condamnés chacun à 60 000 euros d’amende

L’action de l’association L214 n’aura pas été vaine. Après une plainte déposée pour maltraitance animale, en 2019 contre deux des plus gros élevages porcins bretons, le tribunal correctionnel de Brest a rendu sa décision ce vendredi 1er mars 2024 et condamné les élevages à de lourdes amendes.

8.934, c’est le nombre d’infractions qu’avait constatées l’association L214 en novembre 2019. En plus de sa plainte, elle avait, comme à son habitude, diffusé des images filmées dans ces élevages.

Des porcelets morts écrasés

On y voit des truies enfermées dans leurs cages, des porcelets morts écrasés sous le poids de leur mère, des truies aux plaies nécrosées. Des manquements qui ont rapidement été confirmés par les enquêtes de la gendarmerie et les quatre contrôles inopinés effectués en 2019, 2020 et 2021 par la Direction départementale de la Protection des populations (DDPP).

De lourdes amendes

Les deux sociétés, la Sarl Kerdoncuff et la Scea de Trébeolin, toutes deux gérées par Dominique Kerdoncuff, 57 ans, viennent donc d’être condamnées.

"La Sarl Kerdoncuff est condamnée pour le délit de mauvais traitements commis sur les animaux ainsi que pour d’autres infractions, à 64 500 € d’amende (dont 20 000 € avec sursis). La Scea de Trébeolin est condamnée dans des proportions similaires (60 000 € d’amende dont 20 000 € avec sursis) pour les mêmes infractions" explique l’association dans son communiqué. "Le tribunal a également, fait rare, prononcé la peine complémentaire d’interdiction de détenir des animaux pendant le délai d’un an, soulignant ainsi l’importance des manquements et des graves non-conformités au préjudice des animaux. Les deux exploitations devront en outre verser 6 000 € d’indemnités à l’association L214" tient à souligner l'association de défense animale.

Avec cette décision, le tribunal a suivi les réquisitions du parquet lors de l'audience de début février 2024.

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Quatre années de procédure judiciaire

Les deux sites, affiliés au groupe Eureden (ex-Triskalia) sont situés au sud de Brest. Ils peuvent abriter plus de 18.000 animaux simultanément et emploient une vingtaine de salariés.

Brigitte Gothière, cofondatrice et directrice de L214 a tout de suite réagit : "Nous nous réjouissons de voir que le nombre des infractions commises, près de 9 000, leur gravité et surtout leur persistance, ont été prises au sérieux par le tribunal correctionnel de Brest. Nous constatons d’ailleurs que nos plaintes, qui ont aujourd’hui la réputation dans le monde judiciaire d’être le fruit d’enquêtes rigoureuses et bien documentées, aboutissent de plus en plus à faire condamner ceux qui ne respectent pas la réglementation applicable aux animaux".

"Pour autant, il a fallu tellement de temps pour que la situation bouge !" poursuit-elle, "En l’occurrence, plus de 4 ans se sont passés entre le dépôt de la plainte et la décision du tribunal. Pendant ce temps, la DDPP a effectué pas moins de 4 inspections sans que cela permette de régulariser la situation. Pourquoi ? Les deux élevages concernés détiennent 18.000 animaux élevés selon un modèle d’agriculture intensive qui ne respecte déjà pas leurs besoins éthologiques et leur provoque ainsi de grandes souffrances. Imaginez l’enfer qu’ils ont dû vivre ! Cette situation est inacceptable et pourtant, c’est un schéma qui se répète encore et encore."

L'une des deux sociétés (SARL Kerdoncuff) est également condamnée à 4.500 euros d'amende pour des contraventions liées à l'inexécution de mises en demeure. 

Ni le gérant Dominique Kerdoncuff, ni son avocat, n'ont souhaité réagir à l'issue du délibéré. Lors de l’audience de février, le gérant avait dénoncé un acharnement et un complot.