Éoliennes flottantes au sud de la Bretagne. L'opportunité du projet et son lieu d'implantation font débat

Après cinq mois de consultation, le débat public sur le projet d’éoliennes flottantes au sud de la Bretagne a livré ses conclusions. L'opportunité de réaliser ce projet au large de Groix et de Belle-Île (Morbihan) pose toujours autant question et les avis divergent sur son emplacement.

Illustration d'un champ d'éoliennes flottantes
Illustration d'un champ d'éoliennes flottantes

La Commission particulière du débat public "éoliennes flottantes au sud de la Bretagne" vient de présenter le compte-rendu de cinq mois de consultation publique du 20 juillet au 21 décembre 2020. Saisie par le ministère de la Transition écologique, la Commission nationale du Débat Public (CNDP) invitait les citoyens à s’exprimer sur l’opportunité du projet.

Plus de 110 000 plaquettes du projet avaient été distribués dans les boîtes aux lettres des communes du littoral morbihannais. Le site internet du débat public a connu plus de 30 000 visites et 9 000 participations.
 

Les deux parcs d’éoliennes flottantes devront se situer dans une zone située au sud de Groix et à l’Ouest de Belle-Île-en-Mer (zone en violet).
Les deux parcs d’éoliennes flottantes devront se situer dans une zone située au sud de Groix et à l’Ouest de Belle-Île-en-Mer (zone en violet). © CNDP (Commission nationale du débat public)


A l'issue de ce débat public, si l'utilité d'une transition écologique n'est pas remise en cause, la question est posée de savoir si un tel projet répond bien à la problématique. D'où les principales interrogations des citoyens qui portent sur l'opportunité de ce projet.

Sur les 483 personnes à s'exprimer en ligne sur la question de l'opportunité de ce projet, 46% y sont défavorables contre 40% de favorables. 14% se positionnent comme "neutre".

De plus, de par la diversité des intérêts en présence (pêcheurs, élus, professionnels du tourisme, du transport ou encore plaisanciers ou résidents) n’a pas permis d’aboutir à un consensus sur la localisation de la zone demandée par le ministère.


De quel projet précis s'agit-il ?


Le projet a pour ambition de créer deux parcs d’éoliennes flottantes au sud de Groix et à l’ouest de Belle-Île-en-Mer (Morbihan). Le premier champ d'éolien serait d’une puissance de 250 MW (mégawatts), le second de 500 MW, soit au total une soixantaine d'éoliennes d’une hauteur de plus de 200 m. Le projet prévoit aussi que les deux parcs aient un raccordement commun à terre pour le transport d'électricité.

Le projet est porté par le ministère de la Transition écologique avec RTE (Réseau de transport d’électricité) et la région Bretagne. Au contraire des champs éoliens offshore où les éoliennes sont posées au fond de la mer, comme dans le projet en baie de Saint-Brieuc, dans les deux parcs envisagés ici, les éoliennes seront amarrées loin des côtes sur de gros flotteurs, eux-mêmes ancrés au sol et ceci en raison de la profondeur de 40 m dans la zone retenue. Ce serait ainsi le premier parc commercial français de ce type. La superficie de la zone d'implantation identifiée suite au débat public devrait faire environ 600 km², au sein d'une zone plus large de 1130 km², préétablie dès 2018.

L’État devrait dévoiler cette année le lauréat de l’appel d’offres pour le premier parc éolien. Pour le second, ce sera en 2024. Les premiers travaux d’installation pourraient voir le jour en 2024. Quant aux éoliennes, elles pourraient être opérationnelles vers 2028.
 

Teaser sur le débat public des "éoliennes flottantes au sud de la Bretagne" - nov 2020


La programmation pluriannuelle de l’énergie prévoit qu’en 2030, 40% de l’électricité provienne de sources renouvelables, en particulier par le développement de l’éolien en mer. C'est dans ce cadre que le littoral de la Bretagne du sud a été identifié comme une zone particulièrement favorable pour développer l'éolien flottant. Cette technologie bénéficie de vents plus forts et plus réguliers qu'à terre.

 

Un projet controversé


Une des conclusions du débat public s'attache surtout à son opportunité. "Si la majorité des élus qui se sont exprimés ont soutenu le projet, à l’exception notable du président du Conseil départemental du Morbihan, le public lui a réservé un accueil partagé" précise la commission dans son compte-rendu. Ceux qui soutiennent le projet insistent sur la nécessité de diversifier le bouquet énergétique du pays, de réduire les émissions de gaz à effet de serre, et de fermer les centrales nucléaires. Parmi ceux qui y sont opposés, il y a ceux (non réfractaires à l'éolien) qui refusent le projet tel que présenté, en raison de sa localisation qui le rend visible depuis les côtes ; et d'autres qui "contestent la pertinence de l’électricité éolienne, chère, non pilotable et qui ne contribuerait pas à réduire les émissions de gaz à effet de serre".

 

Pas de consensus pour la localisation


L'autre grande question qui ressort de ce débat public concerne la localisation des deux parcs éoliens et du raccordement commun à terre. Elle aussi ne fait pas consensus. Selon qu'ils soient pêcheurs, simples citoyens morbihannais du littoral, élus ou professionnels du tourisme, les choix de zones pour l'emplacement des parcs diffèrent. Même les pêcheurs bretons et ligériens sollicités ne sont pas d’accord sur la zone d’implantation, les premiers privilégiant une zone particulière non recensée dans la zone initiale proposée et "les seconds ciblant un secteur où leurs bateaux ne vont pas pêcher" précise Laurent Pavard, le président de la commission.
 

Les multiples propositions de zones d'implantations des parcs d'éoliennes flottantes proposées par ceux qui ont participé au débat public
Les multiples propositions de zones d'implantations des parcs d'éoliennes flottantes proposées par ceux qui ont participé au débat public © CNDP


De son côté, le public, lui, a proposé une autre zone, encore plus éloignée, "aussi loin que possible afin d’éviter au maximum la pollution visuelle". La commission a constaté l’impossibilité d’aboutir à une zone consensuelle de projet d’une taille suffisante pour l’accueil des deux parcs éoliens.

 

Des études environnementales insuffisantes

 

Le débat public a permis également de mettre en évidence le fait que certaines données environnementales du dossier sont anciennes et fragmentaires. "On est sur une zone qui est pré-discutée depuis plusieurs années, et pourtant, on a toujours aussi peu de données. Ce qui fait que la question environnementale est jugée par le public comme ne lui permettant pas de choisir parce qu'il n'a pas suffisamment d'information. Or, notre rôle en terme de débat public, c'est justement de porter la question environnementale. Donc ça nous pose question. Il y a un énorme manque en France sur ce point qu'il faut arriver à corriger" explique la présidente de la CNDP (Commission nationale du débat public), Chantal Jouanno. Lors du débat, les associations environnementales ont insisté sur la nécessité de mener des études environnementales complémentaires.

D'autres questions ont été soulevées lors du débat, comme le prix du Mégawhattheure, celui de la fiscalité ou encore le statut juridique de ces éoliennes en mer. Certains se demandent même si le projet de ces deux parcs n'est pas le début d'un "saucissonnage" d'un projet beaucoup plus important, pas encore dévoilé, et que ce "débat public n'est pas une supercherie et que tout est joué d'avance". 

Toutes ces questions soulevées ont poussé la commission à formuler neuf recommandations pour les maîtres d'ouvrage de ce projet que sont l'Etat et RTE.
 

Les 9 recommandations de la commission auprès des maîtres d'ouvrage du projet de parcs d'éoliennes flottantes en sud Bretagne
Les 9 recommandations de la commission auprès des maîtres d'ouvrage du projet de parcs d'éoliennes flottantes en sud Bretagne © CNDP

 

Trois mois pour se prononcer


Les maîtres d'ouvrage ont maintenant trois mois pour dire quels enseignements ils tirent du débat public, et surtout quelles réponses ils apportent aux différentes recommandations faites par la commission. Comme le précise Chantal Jouanno, ils peuvent aussi se positionner sur la non-réalisation du projet. Mais dans ce cas-là, "il faut qu'ils expliquent pourquoi ils le font. C'est un acte de transparence à l'égard du public. S'ils décident de poursuivre le projet, nous nommerons un ou des garants chargés d'apporter la transparence, les éléments d'information, voire recréer des éléments de participation avec le public. Jusqu'au moment où l'enquête publique démarrera".

 

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