Hécatombe de chauve-souris sur le parc éolien de Lanouée, les associations interpellent les services de l'Etat

En l'espace de trois mois, quarante-huit cadavres de chauves-souris ont été retrouvés, autour du parc éolien de la forêt de Lanouée dans le Morbihan. Deux associations réclament à l'Etat et à l'opérateur des mesures pour mieux protéger les mammifères et les oiseaux.

À quelques jours d’un comité de suivi du parc éolien des Moulins du Lohan mis en service en février 2023, les associations Bretagne Vivante et le Groupe mammalogique breton interpellent l'Etat et l'opérateur concernant l'impact du parc sur la biodiversité et notamment les chauves-souris. 

Un rapport de suivi d'impact du parc sur la biodiversité qu'ils ont réussi à se procurer met en évidence la mortalité importante du côté des chauves-souris. "48 cadavres de chauves-souris ont été retrouvés entre le 12 juin 2023 et le 25 septembre 2023". Un chiffre selon eux minoré par la présence de charognads et d'une végétation forestière dense.

Selon eux, "il est donc clairement établi que ce parc a tué plusieurs centaines de chauves-souris." Ce qui en fait aujourd'hui le deuxième site régional le plus important en termes de mortalité des chauves-souris. 

Les 48 chiroptères sont morts de barotraumatisme. "C'est un changement de variation de pression très rapide que les organes internes des chauves-souris ne supportent pas", explique Thomas Le Campion, expert chauves-souris au GBM. "D'extérieur, elles semblent indemnes sauf qu'à l'intérieur, c'est de la bouillie. Ce changement de pression entraîne la mort de ces petites chauves-souris qui ne pèsent pas plus de 5 grammes pour certaines.

17 éoliennes en action depuis février 2023

Au terme d’un an et demi de travaux, le parc de 17 éoliennes, a été officiellement inauguré le jeudi 13 avril après un long feuilleton judiciaire à l'issue duquel le Conseil d’Etat avait rejeté le recours déposé par des associations de défense de l’environnement et des riverains, donnant ainsi le feu vert à la construction d’un parc éolien en forêt de Lanoué (Morbihan) malgré la présence d'espèces protégées. Le projet est porté depuis 2012 et est exploité par la société Boralex

Opposées depuis le départ à ce projet, les associations Groupe Mammalogique Breton et Bretagne vivante indiquent dans un communiqué de presse qu'ils "n'ont cessé d'alerter l'exploitant et les services de l'Etat sur l'incompatibilité de l'implantation de ce parc avec la préservation de la biodiversité." 

Les deux associations considèrent que l’actuel bridage des éoliennes, avec l’arrêt partiel des pales la nuit, et l’augmentation de leur garde au sol à 60 mètres ne sont pas des mesures suffisantes de réduction des risques.

Aujourd'hui, afin de protéger au mieux les espèces et la biodiversité, ils demandent "l'arrêt nocturne immédiat de toutes les éoliennes du parc de la forêt de Lanouée sans condition météorologique" et dans un deuxième temps que "l'Etat s'engage à l'arrêt du développement des parcs éoliens en forêt."

L'exploitant renforce le bridage nocturne 

De son côté, l'exploitant du site, Boralex, indique dans un communiqué prendre "la situation sérieusement et après constatations du suivi, et dans un premier temps, renforcé le bridage nocturne par un allongement de sa durée à l'entièreté de la nuit, contre une durée de 6h initialement". 

Un comité de suivi prévu lundi à Vannes 

Les deux associations restent persuadées que "la réponse aux enjeux énergétiques de la Bretagne passe par une véritable planification concertée sur le territoire des parcs éoliens en évitant les zones sensibles pour la biodiversité," notamment les espaces forestiers. 

L'association Bretagne Vivante a décidé de répondre présent ce lundi 23 octobre au comité de suivi du parc qui se tiendra à la Direction départementale des territoires et de la mer du Morbihan pour soumettre ses demandes auprès des services de l'Etat.

L'exploitant indique de son côté qu'une équipe environnementale sera également présente dans le cadre de ce comité de gestion écologique annuel pour "partager les résultats des suivis et évaluer un plan d'action pour la fin de période d'activité 2023 et en vue de la période d'activité au printemps 2024". 

Boralex tient à préciser que "l'association Bretagne Vivante et le GMB ont été informés de ces suivis, par nos soins, en amont du comité de gestion écologique auquel elles sont invitées à se joindre de longue date".