Captures accidentelles de dauphins : les pêcheurs font des propositions, "il faut qu'il y ait encore à la fois des dauphins et des pêcheurs"

L'Union française des pêcheurs artisans a présenté au cabinet du ministre de la Mer son plan d'action "Cétacés". Après le difficile mois de fermeture du golfe de Gascogne entre le 22 janvier et le 20 février 2024, les pêcheurs ont décidé de faire des propositions pour limiter le nombre de captures de dauphins tout en continuant à travailler.

Pendant une heure, ce 8 avril 2024, les pêcheurs de l’UFPA (Union française des pêcheurs artisans composée de 150 pêcheurs de tout le littoral) se sont entretenus avec le cabinet du secrétaire d’État à la Mer, Hervé Berville, pour faire des propositions concrètes sur la question des captures accidentelles de cétacés. Ils ont présenté un plan en 39 pages, issu de leurs interrogations avec des solutions.

"La pêche artisanale ne doit pas être considérée, sans autre forme de procès, comme la seule et unique cause des problématiques" écrivent-ils en introduction.

"On ne veut pas rester sans rien faire, explique David Le Quintrec, pêcheur Lorientais. On a été cloués à quai pendant un mois. Ce n’est pas possible. Alors on a essayé de rencontrer des scientifiques, des associations de défense de l’environnement, appelé partout autour de la planète pour avoir des solutions." 

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10.000 dauphins tués chaque année 

 Les pêcheurs ne contestent pas le fait que le nombre d’échouages de cétacés soit en hausse, mais ils s’interrogent sur les chiffres. "On met tout sur le dos de la pêche, relève David Le Quintrec, mais quand on était à terre, il y avait quand même des échouages. Parfois, on pêche des dauphins morts, on nous dit qu’ils ont péri dans nos filets parce qu’ils ont des traces sur le dos, mais parfois, ils étaient morts bien avant. Il faut des études scientifiques et que l’on échange avec les chercheurs" poursuit-il.

"Nous pensons que nous sommes loin du compte pour affirmer que 80% des échouages ont pour cause des captures accidentelles par la pêche artisanale" plaide l’UFPA dans son plan.

"Les populations de dauphins évoluent, se déplacent" constatent les pêcheurs. En mer, il y a 10 ans, on voyait des dauphins une fois ou deux par semaine, maintenant on en voit tous les jours et partout."

Effaroucher les cétacés

Les pêcheurs ont questionné leurs homologues du monde entier pour imaginer de nouvelles techniques pour éloigner les dauphins de leurs filets.

"Les chalutiers pélagiques sont désormais équipés de Pingers qui émettent des impulsions sonores désagréables pour les dauphins. Ça a diminué les captures accidentelles de 70%, affirme David Le Quintrec, il faut maintenant équiper les autres bateaux."

"Les répulsifs sous la coque seraient eux aussi efficaces mais pour l’instant, nous n’avons pas de données" regrette le marin.

La profession se dit prête à essayer de nouveaux outils, comme l’utilisation de tresses flottantes sur des trémails et filets droits qui, grâce à une meilleure écholocalisation de ce dispositif par les dauphins, éviterait les captures accidentelles.

L’utilisation de fils réflecteurs semble donner des résultats probants. Des essais en laboratoire au sein d’Ifremer pourraient bientôt être initiés.

 

Des leds du Pérou

Les pêcheurs français ont questionné les Péruviens qui mènent une expérimentation avec l’Université anglaise d’Exeter. Ils ont disposé des lampes à led le long de leurs filets. Cet éclairage réduirait de plus de 90% les captures de cétacés.

Évidemment, tous ces essais vont avoir un coût. "Mais la fermeture du golfe de Gascogne en a eu un aussi, rappelle David Le Quintrec. Il vaut mieux investir pour trouver des solutions que verser des indemnités aux pêcheurs, aux mareyeurs et à toute la filière parce qu’elle ne peut pas travailler."

"Peut-être qu’en additionnant toutes ces techniques, on parviendra à une solution, espère-t-il. Il faut que l’on essaye. Ce qui est important, c’est que, demain, il y ait encore des dauphins. Et encore des pêcheurs."