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Des poissons lapins (toxiques) pêchés au large de la Bretagne: faut-il s'en inquiéter ?

Le Lagocephalus Lagocephalus ("tête de lapin") secrète une toxine dangereuse. Mieux vaut éviter de le manger ! / © Salvatore Inzerillo / Wikipedia
Le Lagocephalus Lagocephalus ("tête de lapin") secrète une toxine dangereuse. Mieux vaut éviter de le manger ! / © Salvatore Inzerillo / Wikipedia

En cette fin d'été, de nombreux pêcheurs bretons rapportent avoir trouvé des poissons lapins (Lagocephalus lagocephalus) au bout de leur ligne. Ces poissons toxiques sont des cousins du Fugu, poisson mortel apprécié des Japonais. Faut-il s'alarmer de leur présence au large de nos côtes ?

Par Hélène Pédech

Lorsqu'il se sent en danger, ce poisson gonfle une poche ventrale pour se rendre effrayant. Cette particularité lui vaut d'être parfois communément appelé "poisson ballon" ou encore "poisson à tête de lapin".
 

Une quarantaine de poissons lapins au milieu des sardines


Depuis début août, les témoignages de pêcheurs ayant trouvé un Lagocephalus Lagocephalus (nom scientifique) au bout leur ligne se multiplient en Bretagne. Vendredi 30 août à Étel (Morbihan), six jours plus tôt en baie d'Audierne (Finistère), encore plus tôt, c'est sur une plage de Belle-Ile-en-Mer (Morbihan) qu'un pêcheur raconte avoir découvert un poisson inhabituel rejeté sur le rivage. Il l'a d'ailleurs filmé avant de le remettre à l'eau.
 

Dernièrement, c'est un pêcheur professionnel qui a trouvé une quarantaine de ces Lagocephalus Lagocephalus dans un lot de sardines. "Il nous a contactés pour savoir si c'était dangereux, à commencer pour les fileyeuses qui les manipulent", rapporte Dominique Barthélémy, conservateur adjoint en charge du milieu vivant à Océanopolis Brest (Finistère). "Nous mêmes avons récupéré plusieurs spécimens qui nous ont été rapportés de ces pêches accidentelles".

 

Dans toutes les mers du globe



"Il s'agit en réalité d'une espèce circum-globale c'est à dire que l'on retrouve dans toutes les mers du globe. Le Lagocephalus Lagocephalus est certes plus fréquent dans les zones tropicales et sub-tropicales, explique Dominique Barthélémy, mais il évolue aussi dans des mers plus tempérées dont l'océan Atlantique. Il a même été observé au large de nos côtes au siècle dernier", note encore le conservateur.

Cette présence est confirmée par l'I.N.P.N. (Inventaire National du Patrimoine Naturel).
 
Carte de répartition actuelle de Lagocephalus Lagocephalus en France métropolitaine / © Inventaire National du Patrimoine Naturel, Pierre Noël, oct.2017
Carte de répartition actuelle de Lagocephalus Lagocephalus en France métropolitaine / © Inventaire National du Patrimoine Naturel, Pierre Noël, oct.2017

Il est parfois confondu avec le Lagocephalus Sceleratus, une espèce qui est, elle, tropicale, originaire de Mer rouge, qui s'est infiltrée en Méditerranée par le Canal de Suez et qui représente aujourd'hui une réelle menace pour l'écosystème, au point que le département de la Pêche et le ministère de l'Agriculture chypriotes ont mis en place avec l'Union européenne un programme récompensant les captures de Lagocephalus Sceleratus.


Conséquence du réchauffement climatique ?



Selon Dominique Bartelemy, trouver les Lagocephalus Lagocephalus au large de nos côtes bretonnes en quantité inhabituelle actuellement ne permet pas d'affirmer que c'est un signe du réchauffement climatique. "Sont-ils arrivés en cette fin d'été à la faveur de courants plus chauds ou bien s'agit-il d'une tendance lourde ? Pour y répondre, il faudrait une observation scientifique sur dix ans. Ce ne sont pas des captures accidentelles qui vont permettre de mesurer un stock de poissons."

 

Potentiellement mortel



Mises à part leurs origines géographiques, les deux types de Lagocephalus évoquées présentent des caractéristiques très proches. "Comme le Fugu, dont la chair est très prisée des Japonais, le Lagocephalus secrète de la tétrodotoxine, présente dans les organes internes du poisson", explique Dominique Barthélémy. Potentiellement mortel, ce poison a déjà provoqué des intoxications graves. D'après le conservateur d'Océanopolis, le poisson reste néanmoins sans danger tant qu'on ne le mange pas.

 

Présentés à Océanopolis



D'ici quelques jours, le centre Océanopolis présentera au public, dans le pavillon tropical, les spécimens de Lagocephalus Lagocephalus qui lui ont été confiés. Arrivés mal en point, les poissons se refont pour l'heure une santé.
 

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