Saint-Nolff : la famille de Cloé respire, le champ voisin ne sera plus traité aux pesticides

Atteinte d'une leucémie, Cloé, 11 ans, doit éviter tout contact avec la poussière et les agents chimiques. Redoutant les effets des pesticides épandus dans le champ voisin, ses parents ont obtenu que l'agriculteur vende sa parcelle pour en racheter une autre plus loin.
La maman de Cloé pointe du doigt l'utilisation de pesticides dans un champ voisin de sa maison à Saint-Nolff. Un accord a désormais été trouvé et il n'aura plus d'épandage
La maman de Cloé pointe du doigt l'utilisation de pesticides dans un champ voisin de sa maison à Saint-Nolff. Un accord a désormais été trouvé et il n'aura plus d'épandage © S. Izad - France Télévisions

Cloé, qui habite à Saint-Nolff (Morbihan), était juste "un peu essoufflée" quand le diagnostic d'une leucémie lymphoblastique est tombé, en octobre 2019. "Deux jours après, une place l'attendait au CHU de Rennes", raconte sa mère, Isabelle Marchand. Commencent six semaines de traitement intensif avec cortisone et chimiothérapie, privant la fillette de ses défenses immunitaires. Fin 2019, Cloé est autorisée à se soigner alternativement à l'hôpital et à la maison. Ce traitement durera quinze mois. 

"A son retour, il a fallu tout nettoyer car il ne fallait pas qu'elle soit en contact avec la poussière ni avec des agents chimiques. On ne pouvait plus passer l'aspirateur dans la même pièce (quand Cloé s'y trouvait, NDLR) mais il fallait le passer plusieurs fois par jour" quand même, poursuit Isabelle. Cloé s'est même vu attribuer un placard spécial pour sa vaisselle, qui ne doit pas être en contact avec celle de la famille. 

Quant à la nourriture, "c'était un maximum de plats sous vide, et les légumes plongés dans le vinaigre avant d'être consommés", énumère son père, Stéphane Dubreil. "Même plus le droit de lécher les plats", abonde Cloé. 

Les épandages de pesticides, quelles conséquences pour Cloé ?

Face à cette vie "dans un cocon", la famille s'interroge sur l'impact possible des épandages de pesticides dans un champ de blé situé à un jet de pierre de leur maison. "L'agriculteur venait jusqu'au ras du talus. Il ne voulait pas perdre 20 cm de culture. Nous, on n'avait pas le droit de passer l'aspirateur à côté de notre fille mais lui pouvait sortir ses rampes et pulvériser des produits qui piquent les yeux ?", s'indigne Isabelle. 

"Cloé a une leucémie à fort taux de récidive dont la maladie cousine est reconnue maladie professionnelle agricole liée à l'utilisation des pesticides", explique Stéphane Dubreil.

Soutenue par le Collectif de soutien aux victimes des pesticides, la famille entame une négociation avec l'agriculteur et la mairie, sous l'égide du premier adjoint Daniel Bertho, agriculteur bio. Dès la première réunion, en mars 2020, l'agriculteur accepte de ne pas épandre de pesticides sur une bande de 70 m de large jouxtant le lotissement de Cloé. En retour, la mairie s'engage à dédommager les pertes financières.

"On a remercié chaleureusement l'agriculteur", se souvient Michel Besnard, membre du collectif. Mais l'été suivant, l'exploitant se lance dans la culture de pommes de terre, l'un des légumes qui nécessite le plus de traitements. Une pétition est lancée.  

Des négociations qui aboutissent avec un échange parcellaire

De nouvelles négociations démarrent et c'est finalement la solution d'un "échange parcellaire", officialisée le 26 mai, qui l'emporte. Epaulé par la mairie, l'agriculteur revend ses 8,7 ha et parvient à racheter des terres face à une quinzaine de candidats, alors qu'il n'était "pas prioritaire". Son ancienne parcelle devrait revenir bientôt à un agriculteur bio. 

"Les chambres d'agriculture organisent souvent des changements d'attribution de terres, par exemple pour rapprocher des agriculteurs de leur exploitation, mais pas pour des questions sanitaires", commente M. Bertho, conscient que cette solution "n'est pas transposable partout". 

Interrogé par l'AFP, l'agriculteur n'a pas souhaité s'exprimer, assurant avoir eu "tellement de pression" qu'il a "bien été obligé de trouver une solution". De son côté, la famille de Cloé revit. "On peut respirer dans notre jardin sans avoir peur", confie Isabelle. 

Le collectif de soutien et l'association écologiste "Saint-Nolff 21" évoquent une "victoire emblématique" dont ils aimeraient qu'elle "fasse boule de neige". "Il y a un aspect émotionnel car c'est une petite fille, mais c'est pareil pour une personne de 70 ans. La santé doit passer avant tout le reste", plaide Michel Besnard, qui souhaite l'interdiction de ces produits.

Les parents de Cloé le savent : les pesticides sont partout. L'analyse des poussières de leur maison en période de non-traitement a révélé la présence d'une dizaine de ces produits.
    
 

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