Justice. Le dealer avait frappé un handicapé qui voulait l'empêcher d'entrer dans son hall

Un jeune homme de Vannes (Morbihan) est accusé d'avoir frappé en mai 2023 un habitant handicapé du quartier Kercado. Ce dernier voulait le faire partir de son hall d'immeuble. La cour d'appel de Rennes a rejugé les faits ce mercredi 30 août 2023.

La cour d'appel de Rennes a rejugé ce mercredi 30 août 2023 un jeune de Vannes (Morbihan), accusé d'avoir frappé en mai 2023 un habitant handicapé du quartier Kercado, connu pour son trafic de drogue, qui voulait le faire partir de son hall d'immeuble.

Le jeune Vannetais de 19 ans, avait initialement été condamné en comparution immédiate par le tribunal correctionnel de Vannes le 26 mai 2023 à deux ans et deux mois de prison ferme. Cette peine, dont il a fait appel, incluait la révocation d'un "reliquat" d'une précédente peine de prison avec sursis probatoire à hauteur de quatorze mois.

"Je ne veux pas de dealers chez moi"

Pour rappel, deux jours avant son procès en première instance, les policiers avaient pris en charge un habitant du quartier Kercado qui leur avait certifié "avoir subi des violences dans son hall d'immeuble, la veille, par des jeunes du quartier" : il leur avait dit qu'il ne souhaitait pas avoir "de dealers chez lui".

Un adolescent de 15 ans avait par la suite "reconnu les faits" de violences, indiquant avoir asséné "deux directs, droite et gauche" à cet homme qui est reconnu handicapé depuis qu'il a fait un accident vasculaire cérébral (AVC). Le plaignant s'était alors vu prescrire cinq jours d'interruption totale de travail.

La victime poussée violemment dans les boîtes aux lettres

L'examen de la vidéosurveillance avait effectivement permis d'identifier "la présence de plusieurs individus, dont la victime sous le porche d'entrée", a-t-il été relaté au procès en appel ce mercredi 30 août 2023. Les policiers avaient alors "formellement reconnu un jeune défavorablement connu" de leurs services, en train de "pousser violemment la victime dans les boîtes aux lettres" avant que son comparse ne lui assène "un violent coup de poing".

Le plaignant avait, lui aussi, "reconnu" les deux jeunes hommes sur les planches photographiques qui lui avaient été soumises les policiers vannetais.

Insultes racistes

Mais, selon le prévenu, la victime se serait d'abord livrée à des insultes racistes à son égard, en invitant cette "espèce d'Arabe à retourner d'où tu viens" car "ici on n'accepte pas les trafiquants". Le plaignant leur aurait ensuite indiqué que "ça sentait souvent la drogue" dans le hall d'entrée et se serait positionné de telle sorte à "l'empêcher d'entrer à l'intérieur".

Le jeune de 19 ans a par ailleurs "contesté s'être trouvé sur place en lien avec un trafic de stupéfiants", mais il a déjà été condamné cinq fois depuis 2020, dont plusieurs fois pour des affaires de drogue.

"Les faits sont graves, je les regrette."

"Je sais que les faits sont graves, je les regrette, mais cela fait trois mois que je suis en prison et je trouve que c'est très cher payé", a fait valoir celui qui a suivi "une formation de six mois en restauration", puis a travaillé "à l'usine" comme intérimaire.

Reste que le jeune prévenu avait normalement interdiction de se présenter dans le Morbihan. Mais "je n'ai pas de famille en dehors, si je sors de Vannes, je suis perdu, comme un SDF", s'est-il défendu.

D'un point de vue de la consommation de drogue, il avait "arrêté le cannabis depuis un mois" lors de sa comparution immédiate. Le jeune n'était pas poursuivi pour trafic de stupéfiants, dans l'affaire jugée ce mercredi.

Mais, du point de vue de l'avocat général, la peine infligée en première instance n'est pas suffisante : le magistrat a en conséquence demandé aux juges de porter la peine de prison ferme à deux ans et huit mois, révocation comprise. "Peut-être qu'aller prendre l'air en dehors du Morbihan permettrait une rupture", pense aussi le représentant du parquet général.

"Connu comme le loup blanc" à Vannes

L'avocat du prévenu a pour sa part rappelé qu'à Vannes, son client est "connu comme le loup blanc" : il s'est d'ailleurs demandé si on n'avait pas "plus ou moins cherché à se rattraper de la clémence de la justice des mineurs" à son égard.

Selon Maître Aristote Toussaint, il n'existe par ailleurs pas de circonstance aggravante de réunion : dans sa plainte, la victime "répète "Mon agresseur" à tort et à travers", ce qui sous-entend qu'il y aurait eu "deux scènes distinctes de violences".

De plus, "on a fait l'exploitation de son téléphone, on a été chez lui, mais il n'y avait rien", a rappelé l'avocat nantais. "On a donc essayé de contextualiser ce dossier de violences simples en dossier de trafic de stupéfiants, uniquement parce que le plaignant dit que 'ça sent le cannabis' ".

Il a donc supplié les juges de "ne pas révoquer" le sursis en balance, pour "faire en sorte" que son client "continue les soins" et "bosse". La cour, qui a mis son jugement en délibéré, rendra sa décision dans un peu moins d'un mois.

QC avec PressPepper

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