Moréac : après la mort de son frère, elle témoigne sur le suicide dans le milieu agricole

© France 3 Bretagne
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Jean-Pierre Le Guelvout, un agriculteur de Moréac, s'est suicidé le 15 décembre 2016. Sa soeur a décidé de témoigner pour évoquer ce sujet, véritable fléau dans le monde agricole. 

Par Lucas Hobé

Le soir du 15 décembre 2016, c'est André Le Guelvout, qui a découvert le corps sans vie de son frère agriculteur Jean-Pierre.

"Le soir en début de nuit, il a vu que son fusil avait disparu. Il a suivi instinctivement les chiens et il m'a appelée tout de suite pour me dire que Jean-Pierre s'était tué. Il nous a laissé un petit mot qui disait "le désespoir est supérieur à l'espoir. Je n'en peux plus de souffrir. Les vaches m'ont tué"" raconte Marie, la soeur de Jean-Pierre. 
Moréac : après la mort de son frère, elle témoigne sur le suicide dans le milieu agricole
Jean-Pierre Le Guelvout, un agriculteur de Moréac, s'est suicidé le 15 décembre 2016. Sa soeur a décidé de témoigner pour évoquer ce sujet, véritable fléau dans le monde agricole. Intervenante : Marie, Soeur de Jean-Pierre
La suppression des quotas laitiers le 1er avril 2015 a lourdement impacté André et Jean-Pierre Le Guelvout qui avaient repris la ferme de leurs parents. 

"La politique a voulu qu'ils aient de grosses structures, tout en sachant qu'ils ne peuvent pas financièrement engager un salarié. Je trouve ça immonde. Comment peut-on entraîner une course à l'investissement dans d'énormes structures tout en sachant que c'est ingérable ? Il faut savoir qu'en règle générale, une tonne coûte 350 euros à produire. Jean-Pierre et André étaient rémunérés 250 euros. Ils ont épuisé toute la trésorerie. Tout ça, ça a miné Jean-Pierre. Il y avait une histoire d'héritage familial. L'argent de maman, de tonton et tata qui sont décédés et qui n'avaient pas d'enfants. Tout ça a été dilapidé. Il n'a pas supporté" détaille Marie. 

Un suicide d'agriculteurs tous les deux jours

Le manque d'informations est également dénoncé par la soeur de Jean-Pierre Le Guelvout : "j'ai découvert que depuis début janvier ils avaient le droit à des aides. Ils avaient le droit de réétaler les prêts avec des prises en charge par BPI. Pourquoi on ne les informe pas ? Je trouve que ce n'est pas normal". 
Le suicide est un sujet tabou dans le monde agricole. Mais est un véritable fléau. En France, un agriculteur se suicide tous les 2 jours. C’est la profession la plus touchée...

Un court-métrage

En 2016, les Jeunes Agriculteurs de Wassy et Saint-Dizier (Haute-Marne) ont réalisé un court-métrage pour parler du suicide des agriculteurs. 
Court métrage 'J'ai un rêve"

Le nombre important d'agriculteurs qui mettent fin à leurs jours peut en partie s'expliquer par les 12 à 15 heures de travail sept jours sur sept. Les journées commencent avant l'aube avec la traite, puis le nourrissage des animaux, les soins, l'entretien des terres, du matériel, des bâtiments, puis la traite du soir. 

Le travail quotidien avec une amplitude horaire très importante ne laisse guère de temps pour sortir, voir du monde, se changer les esprits et penser à autre chose que la ferme. La situation est d'autant plus compliquée et désespérante quand la crise est présente et qu'il est impossible pour les agriculteurs de payer les factures. 

Depuis quelques années, un numéro d'écoute a été mis en place pour le mal-être en milieu agricole. Agri écoutes -> Tél :  09 69 39 29 19

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