Pollution de l'air : le plaisir de la cheminée va-t-il faire long feu ?

Publié le Mis à jour le
Écrit par G. le Morvan avec S. Breton

Les épisodes de pollution atmosphérique se multiplient. La faute aux activités humaines. Transports, industrie, agriculture... Mais le chauffage aussi fait des dégâts. Chauffage au bois notamment. Si l'on veut conserver le plaisir de la cheminée, il va peut-être falloir réapprendre à faire du feu.

Le feu de cheminée réchauffe à la fois le corps et le moral, mais va-t-on devoir un jour s'en priver ?

En Bretagne comme ailleurs, la pollution de l'air connait des épisodes récurrents.  Responsables ? Les activités humaines. Les transports, l'agriculture, l'industrie, mais aussi le chauffage, au bois notamment. 

En cette fin janvier, les préfectures ont successivement alerté sur des dépassements de seuils. 

En France, la pollution de l'air est d'abord un véritable enjeu de santé publique.

La pollution aux particules fines, générée par les activités humaines, causerait en France 48000 décès par an etles dommages sanitaires de cette pollution auraientun coût annuel de 20 à 30 milliards d’euros.

ADEME

A chaque épisode de pollution, les personnes vulnérables doivent prendre des précautions, mais il existe aussi des recommandations pour que chacun limite aussi la pollution : adopter une conduite souple sur la route, covoiturer, et éviter aussi d’allumer les feux d’agrément. 

Dans les Alpes, pollution oblige, la préfecture de Haute-Savoie a même récemment placé la Vallée de l'Arve en vigilance rouge et interdit d’utiliser des chauffages individuels au bois, cheminées et poêles. 

Se chauffer au bois est plus économique, mais il ne faut pas le faire n'importe comment

En France, 7 millions de foyers français se chauffent au bois. En milieu rural, ou périurbain, c'est quasi 50%. En ville, c'est une personne sur 10. 

Le chauffage au bois est plus économique, note l'ADEME, l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie. Cela coûte moins cher que se chauffer au gaz ou à l’électricité. "Un foyer qui se chauffe au bois dépense entre 48 et 78 €/MWh pour s’équiper, utiliser et entretenir un poêle, insert, ou chaudière à bûches et entre 73 et 103 €/MWh pour un système à granulés. À titre de comparaison, le coût pour un chauffage au gaz ou électrique se situe entre 84 et 154 €/MWh".

Et puis se chauffer au bois a d'autres avantages. Cela permet aussi d’utiliser une énergie renouvelable, de limiter le recours aux énergies fossiles et donc de lutter contre le changement climatique.

Cependant, ajoute l'ADEME, "réalisée dans de mauvaises conditions, la combustion du bois émet des polluants qui contribuent à dégrader la qualité de l’air extérieure et viennent s’ajouter aux autres sources de pollution atmosphérique générées par les transports, l’agriculture et les industries."

Le feu de cheminée, champion des émissions 

Alain Laplanche, président de l'association Air Breizh, chargée de surveillance de la qualité de l’air, et agréée par le Ministère de l’Environnement donne quelques exemples

"Les chauffages au bois qui émettent le moins sont les centrales biomasse qui ont des puissances thermique importantes, plus de 20 MGW. En revanche, une petite centrale thermique va émettre 4 fois +, une chaudière à granulés 5 fois +, un poele à granulé 12 fois+, un poêle à bois 24 fois +. Une cheminée ouverte 100 à 150 fois plus."    

Comment allumer son feu pour polluer le moins possible ?

En fait dans une cheminée ouverte, la combustion du bois est incomplète.

"Le rendement y est en moyenne de 15 %, précise l'ADEME. Quand vous mettez une bûche, 85 % de l’énergie part dans les fumées. Et cela génère des émissions importantes de polluants qui contribuent à dégrader l’air extérieur."

Dans sa cheminée ou son vieux poele, on peut aussi prendre des précautions : brûler du bois bien sec et de qualité, et allumer son feu par le haut. Pas toujours simple, mais les fumées sont alors brûlées par les flammes qui les surplombent.

"Pour limiter la pollution de l’air, mieux vaut évidemment s'équiper différemment. Remplacer sa vieille chaudière par un appareil à très haute performance énergétique, ou son ancien poêle à bois ou un insert de plus de 15 ans par un appareil performant labellisé «Flamme Verte7», souligne l'Ademe.

"Pour un même confort de chauffe, il générera jusqu'à 30 fois moins de particules fines qu’une cheminée ouverte et jusqu'à 13 fois moins qu'un foyer fermé non performant d'avant 2002. Il existe des aides."

Et surtout ne pas brûler de déchets verts dans le jardin ! 

A proscrire aussi, le feu dans le jardin pour se débarrasser de déchets verts.  

Même s'il est interdit de brûler des branchages, des feuilles mortes, des tontes de pelouses depuis 1978, avec en cas de non-respect une contravention potentielle de 450 €, la pratique reste courante quand la déchetterie paraît trop loin, ou qu'il faut faire la queue aux heures de pointe.

Brûler des végétaux, surtout s’ils sont humides, rappelle encore l'ADEME, "dégage des substances polluantes toxiques pour l’homme et l’environnement, telles que des particules, des oxydes d’azote, des hydrocarbures aromatiques polycycliques, du monoxyde de carbone, des composés organiques volatils".  Rien que çà.

Et Air Breizh a fait ses calculs :

Le brûlage de 50 kg de végétaux émet autant de particules que 14 000 km parcourus pour une voiture essence récente, 12 mois de chauffage d’une maison équipée d’une chaudière fuel performante, 3 semaines de chauffage d’une maison équipée chaudière bois performante

Air Breizh

Et 14 000 km, ca fait quand même un tout petit peu plus qu'un aller-retour à la déchetterie.