Le projet d'usine de masques à Ploufragan (22) ne fait pas l'unanimité

L'homme d'affaires libano-suisse Abdallah Chatila est venu dans les Côtes d'Armor pour faire avancer au plus vite son projet d'usine de fabrication de masques. Une visite qui laisse dubitative ceux qui préfèreraient voir émerger une autre option, basée sur l'esprit coopératif et l'intérêt général.

L'homme d'affaires libano-suisse Abdallah Chatila en visite sur le terrain le 11 mai 2020
L'homme d'affaires libano-suisse Abdallah Chatila en visite sur le terrain le 11 mai 2020 © Fabrice Leroy - France Télévisions
Rien à voir avec son clinquant blouson mais la visite d'Abdallah Chatila dans les Côtes d'Armor n'est pas passée inaperçue.

Au premier jour du déconfinement, l'homme d'affaires libano-suisse est venu à Ploufragan visiter le site sur lequel il envisage d'implanter une usine de productions de masques. Il s'agit d'une partie de l'ancienne usine Chaffoteaux et Maury, fermée en 2009.
 
Devant les élus locaux rassemblés par le député des Côtes d'Armor Marc Le Fur, l'homme d'affaires a expliqué qu'il fallait "aller vite" dans ce dossier.
Il est donc prêt à mettre sur la table entre 15 et 20 millions d'euros, avec à la clef l'embauche de 100 à 200 salariés, pour un objectif de production de 200 à 250 millions de masques.

D'ici la fin du mois de mai, il espère avoir finalisé l'achat de 25.000 mètres carrés de bâtiments et signé les premiers contrats d'embauche. "Nous avons déjà eu beaucoup de contacts avec les anciens salariés d'Honeywell", précise-t-il. "Il n'y aura donc aucun problème pour trouver de la main d'oeuvre". 
Le début de la production est fixé au dernier trimestre de cette année, au plus tard pour début 2021.


Intérêt privé contre intérêt général


Dans un communiqué, l’intersyndicale Cgt, FSU et Solidaires des Côtes d’Armor a aussitôt réagi, en espérant que cette "rencontre avec les élus de la région, organisée par le député Marc Le Fur, n’a pas tourné en séance d’hypnose collective, permettant à Monsieur Chatilla de convaincre les élu.es que son intérêt particulier valait mieux que l’intérêt général. La couverture financière de Monsieur Chatilla, et son talent à jongler sur les marchés financiers, sont des arguments qu’il a toujours su utiliser quand il rencontre des décideurs et des élu.es, puisqu’il sait que ce sont ces derniers au final qui décideront. Ils ont donc à choisir entre privilégier une Société Anonyme à capitaux privés à but lucratif ou une Société Coopérative à Intérêt Collectif, sans but lucratif".


L'alternative coopérative


Un autre projet est en effet en cours d'étude.

Il s'agit de la création d'une Société Coopérative d'Intérêt Collectif pour laquelle la Région Bretagne a commandé un rapport à Guy Hascoët, ancien secrétaire d'Etat à l'économie sociale et solidaire (de 2000 à 2002). "J'ai rendu mon travail jeudi dernier, ça suit son cours et ça tient la route", nous a-t-il confié.

Quant à la visite d'Abdallah Chatila, il rappelle que "nous ne sommes pas du tout dans la même nature de projet, ni dans la même trajectoire. Quand il s'agit de recréer une filière française de production, ça ne peut pas se faire avec un apport de capitaux extérieurs. Nous, ce que nous voulons, c'est fédérer une quinzaine de grands acteurs de l'économie régionale. Avec le projet de Monsieur Chatila, on repart sur le grand marché mondial".

Une réponse de la Région devrait venir dans les prochains jours, suite au dossier remis par Guy Hascoët. "On a tenu le délai, on est prêts, avec un projet solide", insiste-t-il. "Mais il est évident que si Monsieur Chatila achète le site de Chaffoteaux et Maury, la coopérative devra aller sur un autre site. D'autres pistes sont à l'étude dans l'agglomération briochine".


Une pétition en ligne


Pour l'Intersyndicale, "il n’appartient pas aux marchés financiers, représentés ici par Mr Chatilla, de défendre l’intérêt général et d’assurer la protection sanitaire des populations. Ces marchés financiers sont les principaux responsables de la situation catastrophique de pénurie dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui et du délabrement de nos services publics de santé. La SCIC est au contraire, l’une des réponses majeures à la question que nous pose la pandémie que nous traversons. Plutôt que de relancer la machine infernale du capitalisme financier, les élu.es doivent, avec les organisations syndicales et les anciens salarié-es de l’usine Honeywell, faire clairement le choix d’un autre mode de production et de développement. Nous ne voulons pas que le monde d’après soit le même, voire pire, que le monde d’avant".

Une pétition a d'ailleurs été lancée sur le site change.org sous la bannière de "Sauvons des vies, fabriquons des masques".

 
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