PSA La Janais : une reprise au ralenti

Totalement à l'arrêt depuis le début du confinement, la reprise de l'activité à la Janais est soumise à un rebond des ventes de voitures, qui se sont écroulées. Le redémarrage sera lent avec seulement un quart des effectifs. Les intérimaires sont les plus impactés.

 La ligne de montage
La ligne de montage © Krystel Veillard - France 3 Bretagne

Avant le confinement dans l'usine PSA de La Janais près de Rennes, à Chartres de Bretagne (Ille-et-Vilaine), les quatre équipes de production présentes sur le site sortaient 557 véhicules par 24 heures.

Ces voitures sont des S.U.V., C5 air Cross et des 5008 II, des véhicules de haut confort et de grandes tailles.
Depuis le début du confinement l'usine est à l'arrêt, aucun véhicule ne sort de la chaîne de montage et l'ensemble du personnel est au chômage partiel.

 

Adapter l'usine aux nouvelles contraintes sanitaires



Pourtant, ces derniers temps l'usine n'est pas complètement vide. A l'intérieur, une partie du personnel prépare la reprise de l'activité économique.
Pour cela il faut adapter les locaux et l’outil de production aux nouveaux protocoles sanitaires, très exigeants, imposés pour faire face à la pandémie liée au Covid 19.

Plusieurs exemples illustrent cette nécessaire adaptation : avant la fermeture de l’usine les opérateurs pouvaient travailler à plusieurs à l'intérieur d'un même habitacle de voiture.
Désormais Ils devront s’adapter et travailler différemment. Ce qui implique une réorganisation de la chaîne de montage pour permettre aux travailleurs d'évoluer à une distance réglementaire en toute sécurité.


Des volontaires pour démarrer


Selon le scénario prévu par la direction, une seule équipe, sur les quatre, composée de personnels en contrat à durée indéterminée essentiellement, avec un maximum de volontaires, redémarra la chaine de production dès qu’ils auront le feu vert du comité exécutif de PSA.

Pour cela, chaque opérateur sera équipé de deux masques par jour et aux choix de lunettes ou de visières de protection.

"Mais rien de décidé encore pour ce site qui produit les Peugeot 5008 et Citroën C5 Aircross, les deux plus gros modèles de Peugeot-Citroën. Cette semaine, nous commençons par le redémarrage des 208 et des petits utilitaires. Et, à partir de lundi prochain, des modèles un peu plus gros" explique Yann Vincent, directeur industriel du constructeur automobile

Au sein de l'usine, les cafétérias, sanitaires et vestiaires ont également été réaménagés pour éviter un maximum de contacts entre les salariés.
 

Réapprendre les gestes


La reprise s'effectuera après un minimum de deux mois d'arrêt, ce qui implique de reformer le personnel aux gestes techniques et aux gestes barrières.

En effet après un arrêt long du travail, le salarié doit obligatoirement repasser par une phase de réapprentissage des gestes techniques pour leur permettre de retrouver une certaine dextérité et éviter les accidents sur la chaîne de montage.

A cela s’ajoute une formation des personnels aux gestes barrières exigeants imposées par la crise sanitaire que le pays traverse.


Deux inconnus demeurent :



Un audit a été réalisé en ce sens par la direction qui se dit confiante pour la reprise. Mais elle se fera pas à pas car une réorganisation complète de la chaîne est nécessaire et personne ne sait encore à quel rythme les usines de production de pièces pourront fournir le site de la Janais.

Autre inconnue qui touche le monde de l'automobile : après le choc de l'arrêt des usines ce sont les ventes de voitures neuves qui se sont écroulées. Surtout quand on sait qu'une partie des voitures fabriquées le sont en lien direct avec les commandes des clients.
 

Quel avenir pour les salariés ?


PSA la Janais est le plus grand employeur privé de l’agglomération rennaise : soit 1 900 personnes en CDI et de 900 à 1 000 intérimaires en fonction de l'activité.

Si aujourd’hui les salariés en CDI touchent le chômage partiel, soit environ leur salaire moins 15 pour cent, les intérimaires se retrouvent eux au chômage avec un régime indemnitaire nettement inférieur à leur salaire.

En grande majorité employé sur la chaine de montage, les intérimaires ont une vision très floue de leur avenir, d'autant que la reprise de l’activité sera dans un premier temps partielle avec une seule équipe sur les quatre que compte l’usine.

Certains d'entre eux, que nous avons interviewé mais qui ont préféré rester anonymes, sont très inquiets quant à leur avenir et déplorent leur baisse de salaire. 


Témoignages d'intérimaires 


Pour Farsting (nom d'emprunt), 45 ans, marié avec 1 enfant à charge, passer de 1 450 euros par mois à 800 euros c’est difficile. Surtout quand on n’a pas de perspective derrière.

« J’ai voulu contracter un prêt à la consommation de 2 000 euros ces derniers jours, mais je ne me fais fait pas d’illusion, mon banquier devait me rappeler, j’attends toujours… Au supermarché je regarde les promos, toujours les promos ce n’est pas facile. Heureusement on n’avait rien réservé pour les vacances, de toutes les façons on ne partira pas cette année."
 

Je pense pas que les voitures vont être la priorité des gens après le déconfinement


Et si vous lui parlez de l’avenir : "Je ne pense pas pouvoir retravailler à PSA… jai un ami chef d’entreprise à Paris qui devait renouveler sa flotte de voiture, il ne le fera pas, ce n’est plus sa priorité. Et je pense pas que les voitures vont être la priorité des gens après le déconfinement. (...) Le travail et mes collègues me manquent beaucoup, j’aime pas trop être à la maison c’est dur. Je cherche du boulot auprès de l’agence d’intérim mais il ne me propose rien pour le moment… J’espère peut être dans le nettoyage industriel. Heureusement je suis à la campagne, je peux sortir un peu, mais vivement que je me lève pour aller au travail. »


Pour Yohan (nom d'emprunt également), 33 ans, qui vit avec sa compagne et leurs deux enfants en appartement, son salaire est passé de 1 500 euros par mois à un peu moins de 1 000 euros.

« Je me pose beaucoup de questions ces derniers temps ! Avec le chômage je touchais le mois dernier un peu moins de mille euros, mais je risque de me retrouver au RSA dans peu de temps. Je devais rester jusqu’a l’été prochain à PSA… là je ne sais plus et ne pas travailler ce n’est pas mon truc. (...) Je sors de moins en moins au supermarché pour ne pas dépenser, je fais attention à ne pas être dans le rouge. On achète le juste nécessaire et on fait quelques provisions parce que les charges fixes ne changent pas. Le travail ne m’a jamais autant manqué.

Pour le boulot je me porte volontaire ailleurs, je ne sais pas si à PSA il vont me rappeler… alors je cherche ailleurs car rester à la maison c’est vraiment pas ce que j’aime…ça me manque…j’espère que les gens vont recommencer à acheter des voitures… j’y crois après… mais ce ne sera sans doute pas l’urgence. »
 

Un protocole sanitaire sans faille 


Pour Mickaël Gallais, délégué CGT à l’usine PSA de La Janais, le plus important pour cette reprise c’est avant tout la santé des salariés. Il exige un protocole sanitaire sans faille pour l’ensemble des salariés. Il regrette que PSA, qui fait des bénéfices énormes, ne maintiennent pas les salairesen totalité. Il aurait également aimé un soutien plus fort envers les intérimaires.

Reste à savoir si les S.U.V. fabriqués à la Janais auront toujours la côte après le confinement. Car la reprise de l'activité sur le site dépend des futures ventes des C5 aircross et 5008 II par les concessionnaires à partir du 11 Mai. 


 
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