Recherches minières dans l’Ouest, un nouvel eldorado contesté ?

Les exploitations minières soulèvent la contestation / © France 3
Les exploitations minières soulèvent la contestation / © France 3

Or, cuivre, zinc, germanium, antimoine, les sous-sols bretons et ligériens regorgeraient de métaux rares et stratégiques pour les nouvelles technologies. Mais si les futures explorations minières suscitent beaucoup de convoitises, elles soulèvent aussi la contestation des populations concernées.

Par Nathalie Rossignol

C’est en octobre 2012, que le ministre du redressement productif Arnaud Montebourg plaidait pour un renouveau minier de la France. Un an plus tard, c’est l’entreprise australienne Variscan qui décroche le premier permis exclusif de recherches minières depuis 30 ans, dans le Maine et Loire. Depuis, plusieurs autres sésames de ce type ont été délivrés dans l’Ouest. Au total, six ont été accordés à Variscan en Bretagne et en Pays de la Loire, un feu vert a aussi été donné à l’entreprise SGZ France. Reste trois autres projets en attente d’autorisation.

S’il est un permis qui n’a pas suscité de contestation ni d’hostilité, c’est bien celui de Saint-Pierre Montlimart dans le massif des Mauges. Variscan a d’ailleurs démarré les forages dans le bourg début 2017. Les analyses du sol ont ainsi révélé un potentiel prometteur sur ce site où les romains déjà extrayait de l’or et où durant la première partie du XXème siècle dix tonnes d’or et une tonne d’argent sont sorties de ces galeries. Au plus fort de l’activité de la mine qui avait ouvert en 1905, 750 ouvriers traquaient l’or. Un passé prospère, révolu depuis 1952 mais que les élus locaux aimeraient bien voir renaître…Ce fut jadis la deuxième mine de France.

Même nostalgie en Vendée du côté de Vendrennes où de 1908 à 1926, on extrayait de l’antimoine, un minerai toxique utilisé comme retardateur de feu. Le filon pourrait être reexploité puisqu’un permis a été accordé à la société SGZ. Pour le maire de Rochetrejoux, ce serait l’opportunité de recréer des emplois. 


Aucune nostalgie, ni enthousiasme en revanche du côté de la Sarthe à Tennie. Dès l’obtention du permis d’exploration il y a cinq ans, la population s’est mobilisée avec essentiellement un objectif en tête, ne pas reproduire les erreurs du passé. Ici la dernière mine d’or abandonnée par Total (ancien Elf Aquitaine) en 1992 est de sinistre mémoire… Sur le site classé comme dangereux, sont stockés sous une bâche 250 000 m3 de terre cyanurée. "La poubelle de Rouez" c’est ainsi que les habitants des environs ont pris l’habitude de désigner le site, c’est peu flatteur mais vu le niveau de pollution, "c’est justifié" affirme Laurent Desprez, administrateur de Sarthe Nature Environnement.


Même résistance en Bretagne. Depuis les premiers permis accordés à Mérléac en novembre 2014, puis en sept 2015 à Sulfiac et Loc Envel, la contestation n’a cessé de croitre, de s’organiser…Trois associations se battent pour faire renoncer au projet : Douar Didoull, Attention Mines et Vigil Oust.


De manifestation en chaîne humaine, la population locale a exprimé à plusieurs reprises son opposition à ses projets de recherches, craignant un désastre environnemental avec notamment des risques pour les ressources en eau ou tout simplement pour l’image de la région. La fronde a même gagné les rangs des élus. Dénonçant le manque de transparence de Variscan, le département des Cotes d’Armor mais également la région Bretagne ont pris officiellement des positions pour l’abandon de ces projets d’exploration et l’abrogation pure et simple des permis. Une réunion interministérielle avait été promise aux élus reçus par un des conseillers du Président de la République. Mais à ce jour, aucun rendez-vous n’a été pris et la situation est totalement bloquée. Selon Marc Le Fur, conseiller régional LR, le fait que le ministre de l’économie qui a signé les permis de recherche soit aujourd’hui président de la République ne facilite pas l’affaire… Pour le directeur général de Variscan Mines Ltd, ce manque de clarté de l’État pèse sur leurs projets, difficile alors sans lisibilité de poursuivre les investissements en France et notamment en Bretagne.

Aujourd’hui, le dossier est entre les mains des ministres de l’économie et de l’écologie. Celui des Affaires étrangères a peut-être son mot à dire. Bref, avant qu’une mine ne rouvre dans l’Ouest, il risque de se passer encore de nombreuses années.

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