Centre culturel islamique tagué à Rennes. Emoi et incompréhension des représentants musulmans

Stupéfaction ce dimanche 11 avril au centre culturel islamique Avicenne dans le quartier Villejean à Rennes. Les murs ont été tagués d'insultes islamophobes. Le ministre de l'intérieur Gérald Darmanin doit se rendre sur place en fin d'après-midi.

Le centre Avicenne vandalisé
Le centre Avicenne vandalisé © Benoît Le Vaillant

"Mahomet prophète pédophile", "Allah faux dieu", "L'immigration tue!", "France éternelle", "Non à l'islamisation", "Vive le roy", voici les principales inscriptions retrouvées sur les murs du centre culturel Avicenne, dans le quartier de Villejean à Rennes. C'est le gardien du site qui les a découverts à 5 h 45 ce dimanche. Aussitôt prévenu, Mohamed Zaïdouni, qui préside le conseil régional du culte musulman (CRCM) de Bretagne, a contacté la préfecture et la police, qui est venue constater les dégradations.  

Ce dimanche matin, beaucoup de fidèles sont aussi venus pour voir les dégâts. Sous le choc, abasourdis, ils prennent des photos. Parmi eux, Abdurrahman Akturk, le vice-président du conseil régional du culte musulman de Bretagne (CRCM). Il parle de "racisme ordinaire" et ne comprend pas les raisons de ces tags islamophobes insultant entre autres leur prophète. "Insulter un prophète, écrire des mots comme ça, c’est la dernière chose qu’un musulman voudrait voir sur les murs de sa mosquée", déclare-t-il. 
Les temps de prière ont quand même pu être respectés.

Pour Mohamed Zaïdouni, président du centre culturel musulman de Bretagne, complètement stupéfait, il s'agit là "d'un acte ignoble, odieux, lâche".

C’est toute une communauté qui vient d’être blessée et stigmatisée alors que nous vivons en bonne harmonie dans le respect des valeurs universelles de la République.(…) Notre ennemi c’est la haine, c’est l’ignorance, c'est l'instrumentalisation.

Mohamed Zaïdouni, président du centre culturel musulman de Bretagne


Mohamed Zaïdouni doit s'entretenir avec le président du centre culturel Avicenne pour voir s'il dépose plainte ou non. Il a aussi lancé un appel aux autorités pour protéger les lieux de culte. 


Une enquête de police de la Sureté départementale est en cours pour retrouver le ou les auteurs de ces tags. Elle est ouverte sous la qualification de "dégradations à raison de l’appartenance à une religion". Le ou les auteurs encourrent une peine de 4 ans d’emprisonnement et 30 000 € d’amendes. dans un communiqué, le procureur de la république de rennes, Philippe Astruc, précise que "ces faits, qui portent une atteinte symbolique grave, viennent troubler l’exercice paisible du culte et des activités culturelles de ce centre. Le parquet de Rennes, comme il l’avait fait pour la tentative de destruction par incendie de la cathédrale de Rennes en juin 2020, portera une attention toute particulière à l’enquête tendant à identifier et sanctionner le ou les auteurs de ces faits."

 

De nombreuses réactions pour dénoncer ces attaques


Le préfet d'Ille-et-Vilaine a fait savoir via Twitter qu'il condamnait fermement ces inscriptions. 

De même, Nathalie Appéré, maire de Rennes, parle d’inscriptions "anti-musulmans et injurieuses" sur Twitter. "Ces actes n’ont pas leur place en France, ils n’ont pas leur place à Rennes. Tout mon soutien aux Rennais, et particulièrement aux fidèles choqués par ces actes indignes" ajoute-t-elle.

 

L'archevèque de Rennes, Monseigneur Pierre d'Ornellas, a communiquer son soutien à la communauté musulmane : "Comme je comprends la tristesse des fidèles musulmans ! Je l’ai éprouvée quand la cathédrale de Rennes a été taguée avec la même insulte. Tout lieu de culte mérite le respect ! (....)  Face aux tags insultants, je ne peux que crier à leurs auteurs : Arrêtez ! Jamais les insultes n’apaiseront notre société. (...) Paix à mes amis, les fidèles de religion musulmane. Avec tous les vrais croyants en Dieu, faisons avancer la fraternité dans nos différences religieuses et dans le respect de la liberté religieuse."


Des références chrétiennes 

Pourquoi ce vandalisme gratuit maintenant? Ces actes islamophobes ne semblent faire écho à aucune actualité particulière, si ce n'est peut-être qu'ils interviennent à deux jours du début du Ramadan, ce 13 avril. Les multiples inscriptions, plus d'une dizaine, ont été retrouvées sur les murs mais aussi sur les vitres du centre culturel. Des tags qui pour certains font appel à des références chrétiennes comme la présence de plusieurs croix ou encore celle du chrisme ou des inscriptions comme "732 Charles Martel sauve nous" [en référence à la bataille de Poitiers en 732, NDLR] ou encore "les croisades reprendront", ou bien "catholicisme religion d'État".


Le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin à Rennes ce dimanche après-midi

Il y a aussi un tag en lien avec l'actualité : "EELV = traîtres", sans doute une allusion à la polémique qui oppose le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, à la mairie écologiste de Strasbourg, qui a voté une subvention de 2,5 millions d'euros pour la construction d'une mosquée

En tous cas, le ministre de l'Intérieur a fait savoir par un tweet qu'il se rendrait sur place ce dimanche en fin d'après-midi. 

A noter que dans la nuit du 8 au 9 avril, une mosquée a déjà été endommagée à Nantes, via un incendie volontaire de poubelles.

 

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