Reprise des liaisons maritimes transmanche en eaux troubles pour la Brittany Ferries, entre le Covid-19 et le Brexit

Une capacité réduite de la flotte, un nombre de passagers restreint à bord des bateaux, du chômage partiel prolongé pour le personnel, le cap est difficile à passer pour la compagnie maritime et sa visibilité reste réduite, pour l’été et l’automne.
 

A Roscoff, l’Armorique s'apprête à reprendre la mer, direction Plymouth, le 29 juin
A Roscoff, l’Armorique s'apprête à reprendre la mer, direction Plymouth, le 29 juin © Chloé Tempéreau
C’est le feu vert pour la compagnie maritime roscovite, avec la fin de quatorzaine imposée aux voyageurs pour le Royaume-Uni, depuis ce lundi 29 juin.
La compagnie propose, habituellement, des traversées vers le Royaume Uni, l'Irlande et l’Espagne.
 

Des passagers impatients


L’Armorique a été le premier navire de la flotte à reprendre la mer avec des passagers à son bord, ce lundi à quinze heures. Avec seulement 161 passagers à son bord, au lieu des 1500 possibles.

"Je rentre à la maison pour voir mon petit-fils, que je n'ai pas vu depuis trois mois. Il est né le 30 mars. J'ai hâte de le voir", confiait un passager britannique, peu avant l’embarquement.


Des conditions de reprise restreintes


Cette reprise s’accompagne, toutefois, de nombreux freins.  
 
La capacité des bateaux sera réduite jusqu’à 60%, jusqu’à la mi-juillet. Huit navires sur douze vont naviguer, en raison d’un manque de visibilité de la demande sur la période estivale. Et les estimations du nombre de passagers sont déjà en forte baisse : 240 000 au lieu des 780 000 passagers recensés en juillet et août, l’an dernier, soit environ un tiers en moins.

Ce qui devrait s’améliorer en septembre et octobre prochain, avec seulement 10 à 15% de passagers en moins et la reprise de la totalité de la flotte, avec les douze bateaux qui reprendraient la mer.

Les mesures sanitaires, destinées à empêcher la propagation du Covid-19, restent contraignantes.
 

Les passagers auront l’obligation de voyager en cabine


Ils devront respecter tout un protocole : distanciation physique, accès contraints, zones réduites, gel à l'entrée des ascenseurs, deux personnes au maximum dans l'ascenseur, etc…
 
 
Distanciation physique dans les parties communes – mesures Covid
Distanciation physique dans les parties communes – mesures Covid © Chloé Tempéreau


Les embarquements et débarquements seront échelonnés, pour éviter les files d’attente dans les escaliers et les couloirs. La carte du restaurant sera réduite dans son offre et le recyclage non autorisé. Quant à l’air, il sera renouvelé à 100%, grâce à la climatisation. La désinfection des surfaces sera de mise.

Les personnels navigants ont dû retrousser leurs manches pour mettre en place, de manière rigoureuse, tout ce protocole d’hygiène et de sécurité.

"Nous sommes très heureux de reprendre le travail. Techniquement parlant, ça demandait beaucoup, puisque le bateau a été repris dans l’état où on l’a laissé avant le confinement. Donc, il y a un travail énorme, depuis jeudi dernier de la part de tout l’équipage" reconnaît Arnaud Roux, le Commandant de l’Armorique.

La reprise est lente aussi pour les salariés, mis à rude épreuve. Une flotte réduite implique moins de personnel en mer et à terre. Près des deux tiers des salariés de la Brittany Ferries ont bénéficié du chômage partiel pendant le confinement, soit 1350 navigants et 400 personnels sédentaires.
La mesure gouvernementale est prolongée jusqu’en septembre prochain pour relancer le tourisme.

Habituellement, la compagnie emploie 2400 à 3100 salariés, selon les saisons.
 

Des perspectives floues

 

"L'année est foutue !" 

Jean-Marc Roué, Président de la Britanny Ferries

Les conséquences du Covid sont lourdes pour la compagnie.

La fin des rapatriements des anglais et des espagnols a conduit à un arrêt de l’activité, le 20 mars dernier. Même si, pendant le confinement, cinq navires ont continué à transporter des véhicules industriel, "cela pour assurer sa mission de service public", affirme la compagnie.

Elle estime la perte du chiffre d’affaires entre 200 et 250 millions d’euros en 2020, alors qu’il était de 469 millions d’euros en 2019. 2,5 millions de passagers ont été comptabilisés l’an dernier.

La société a dû mettre fin au contrat signé avec le chantier allemand FSG pour la construction de ce qui devait être son premier navire propulsé au gaz naturel liquéfié. Elle a emprunté 117 millions d'euros de prêt garanti par l'état, à rembourser dans les 5 ans.

Le président de la compagnie veut, désormais, se concentrer sur 2021. Il en appelle au gouvernement pour instaurer des exonérations et des remboursements de charge pour les personnels et demande plus de visibilité.

"On a besoin de réponses, pour savoir si on est en capacité de maintenir la capacité que l’on offre au marché, le nombre de traversées, de bateaux et à l’issue de ces réponses, on sera en capacité de dire si nous sommes en mesure de préserver l’emploi" plaide-t-il.

Naviguer à vue est très inconfortable pour le patron de la Britanny Ferries. Il lui faudra continuer à louvoyer, dans ce contexte incertain, entre Covid-19 et Brexit.
 
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