Roscoff : dans la pétole, la voilerie fait des masques

 Depuis quelques semaines, face à la pénurie de masques, tout le monde s’y met : amateurs, professionnels, entreprises... Pour la voilerie « Voiles Océan » de Roscoff, c’est une diversification salutaire en ces temps de calme plat.

Un atelier de masques a pris place dans la voilerie
Un atelier de masques a pris place dans la voilerie © Muriel le Morvan - FTV

A Roscoff comme dans les autres ports de plaisance, les bateaux sont au ponton depuis le début du confinement. Alors que son activité a considérablement ralenti, la voilerie Voiles Océan a entamé une diversification en commençant la fabrication de masques pour les collectivités locales.
 

Effectif doublé


« Au début, explique le gérant Stéphane Gresset, on pensait que ce serait très  ponctuel, une quinzaine de jours, pour fournir la mairie de Roscoff. On a les outils, ça nous paraissait normal de répondre à l’urgence. Et puis on a eu d’autres demandes, donc on a embauché ».

Aux sept permanents se sont jointes huit personnes en CDD qui travaillent en 2X8, une équipe le matin jusqu’à 13h30 puis une autre l’après midi. C'est le seul moyen d’espacer les couturières et couturiers pour répondre aux instructions de distanciation physique.

Dès la semaine prochaine, une dizaine d’autres personnes va rejoindre l’équipe car 40 000 masques sont à livrer d’ici la fin juin. Et la PME veut innover : un autre atelier va être installé au rez-de-chaussée pour fabriquer des séparateurs permettant de mettre en pratique la distanciation dans des lieux accueillant du public.


« Pour ne pas tourner en rond »


Parmi les personnes embauchées, deux étudiantes, Charlotte Yven et Suzanne Le Jan.
La première est en école d’ingénieurs des matériaux à Rennes et voileuse de haut-niveau. En examen à distance d’un bord, en manque de compétition de l’autre, Charlotte est venue faire des masques après une semaine comme caissière dans un supermarché, et une autre à planter des échalotes. Pas le genre à tourner en rond à la maison... « Je n’avais jamais fait de couture mais c’est venu vite, au bout de quelques jours », explique la jeune fille.
 
Charlotte, étudiante en école d’ingénieurs, embauchée pour faire des masques
Charlotte, étudiante en école d’ingénieurs, embauchée pour faire des masques © Muriel Le Morvan - FTV



Suzanne, elle, étudie la mode à Lille. « Les masques, c’est vrai que ce n’est pas très créatif car il y a des normes strictes à respecter, mais c’est utile. Et cela me sera utile d’avoir eu cette expérience. »
 
L’ambiance est bon enfant, l’équipe jeune et dynamique. À Voiles Océan, chacun tente de positiver cette parenthèse malgré les regrets et les frustrations personnelles. Charlotte devait être ce mois-ci en compétition, à tirer des bords en Méditerranée. Elle se console en respirant les embruns de la Mer Celtique, devant la voilerie à la pause. « On n’est pas les plus à plaindre ici à Roscoff, même si on a hâte de retourner sur l’eau... »


Produire et acheter local


Parmi les élus venus récupérer leurs commandes, le maire de Saint-Martin-des-Champs, près de Morlaix. La commune en a acheté un par habitant, à distribuer avant le déconfinement.

Alors que certaines villes font appel au bénévolat, François Hamon explique que son équipe municipale « a choisi délibérément de les faire produire par une entreprise locale et de rémunérer équitablement ce travail ». A trois euros le masque lavable et réutilisable,  il estime que ce prix est concurrentiel et que cela participe au redémarrage de l’économie locale du Pays de Morlaix. Un choix partagé par de nombreux autres élus locaux si l’on en croit les commandes qui affluent à Voiles Océan.

La voilerie roscovite fait partie du réseau « All purpose » que l’on peut traduire par « tous objectifs » ou « prêt à tout ». Un nom plutôt bien adapté à cette diversification aussi salutaire que temporaire. C’est du moins ce qu’ils espèrent.


 



 
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