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Soirée de soutien aux anciens salariés de Triskalia, dimanche 6 décembre

© Serge Le Quéau
© Serge Le Quéau

Dimanche 6 décembre à 18h aura lieu une soirée de soutien aux anciens salariés de Nutréa-Triskalia, victimes de graves intoxications aux produits phytosanitaires sur leur lieu de travail. La projection du film « La mort est dans le pré » sera suivie d’un débat avec les spectateurs.

Par Catherine Deunf

En 2011 et en 2013, quatre salariés intoxiqués par des pesticides utilisés dans leur entreprise, Nutréa-Triskalia à Plouisy dans les Côtes d’Armor, sont déclarés inaptes au travail et licenciés. Un cinquième, Gwénaël Le Goffic, se suicide sur son lieu de travail. Depuis les procédures judiciaires se succèdent. Un collectif s’est formé et soutient Edith Le Goffic, la veuve de Gwenaël Le Goffic et les quatre anciens salariés de l’industrie agro-alimentaire, Laurent Guillou, Stéphane Rouxel, Claude Le Guyader et Pascal Brigant. Le but : se tenir aux côtés de ces cinq personnes, faire parler de l’affaire afin que le combat ne se résume pas à celui de David contre Goliath, comme l’explique Laurent Guillou :

C’est important de se sentir soutenu. Le comité connaît mieux notre dossier que la MSA (mutualité sociale agricole) maintenant. »


La génèse

Tout commence en 2008 : afin d’économiser l’électricité, la coopérative agricole Triskalia décide de couper la ventilation de ses silos à grains la nuit. Le résultat ne se fait pas attendre : pourriture et insectes se développent dans ces céréales destinées à l’élevage. Mais il est impensable pour les dirigeants de la coopérative de perdre les 20 000 tonnes avariées, ils demandent donc à un jeune salarié d’asperger les graines de Nuvean Total, un insecticide interdit en France depuis 2007.
Laurent Guillou et Stéphane Rouxel en inhalent lorsqu’ils chargent cette matière première pour la transporter vers l’usine de transformation un peu plus loin. Des premiers symptômes apparaissent : vomissements, brûlures dans la gorge, crachats de sang… En 2010, un nouvel arrêt de la ventilation provoque exactement les mêmes effets. Cette fois, la pourriture et les insectes sont traités par un mélange de pesticides autorisés mais largement surdosés.
D’autres salariés, Pascal Brigant, chargé de la gestion des camions et Claude Le Guyader, chauffeur, développent alors les mêmes symptômes. Ce mal, dont souffrent ces 4 personnes est bien connu aux Etats-Unis depuis les années 50. Il s’agit de  MCS, Multiple Chimical Sensitivity ou hypersensibilité chimique multiple en français.

J’ai des maux de tête, des brûlures, des compressions dans la colonne vertébrale. Je sens comme des coups de poignard dans le dos. Je dors très mal, je me lève la nuit à cause de la douleur. Donc, je suis très fatigué », soupire Laurent Guillou.








Quatre licenciements et un suicide

Pour lui et ses trois collègues, les conséquences seront identiques : déclarés inaptes, ils seront licenciés. Mais cette affaire aura une suite encore plus tragique en mars 2014 avec le suicide de Gwenaël Le Goffic, un chauffeur livreur. Il sera retrouvé mort dans son camion sur son lieu de travail. A côté de lui, il a pris soin de laisser l’étiquette d’un sac d’aliments médicamenteux pour porcs. C’est ce même produit qui trois mois plus tôt lui a brûlé le visage et les yeux, alors qu’il en déchargeait des sacs. Depuis il souffrait de troubles oculaires et craignait de ne plus pouvoir conduire.

Les suites judiciaires

Actuellement, trois procédures judiciaires sont en cours : auprès des prud’hommes, du tribunal des affaires de sécurité sociale (TASS) et du tribunal de grande instance (TGI) de Saint-Brieuc.

Les prud’hommes :
Le conseil des prud’hommes a été saisi dans le but de faire condamner l’employeur pour « licenciement sans cause réelle et sérieuse ». Pour l’instant, cette action est au point mort dans l’attente des résultats des autres actions en justice entamées par les anciens salariés.

Le volet pénal au TGI
En mai 2010, Laurent Guillou et Stéphane Rouxel ont déposé plainte contre X pour empoisonnement. Une première fois classée par le tribunal de Guingamp, elle est réouverte par celui de Saint-Brieuc en juillet 2015. Cette procédure est, depuis, en attente de la nomination d’un juge d’instruction.

Le TASS (tribunal des affaires de sécurité sociale)
Le TASS a reconnu en septembre 2014 la faute inexcusable de l’employeur pour Laurent Guillou et Stéphane Rouxel et a demandé une nouvelle expertise pour fixer le préjudice physique et moral. Le résultat de cette expertise, qui pourrait leur permettre de toucher une rente, n’est toujours pas connu.
Cette administration a également fixé leur taux d’IPP (Incapacité permanente partielle) à 25 %, induisant leur indemnisation par la MSA. Un taux jugé insuffisant par Laurent Guillou au regard des problèmes de santé qu'il endure et de sa quasi-incapacité à reprendre un emploi. 
Les deux autres camarades d’infortune, Claude Le Guyader et Pascal Brigant, attendent eux une reconnaissance de maladie professionnelle. 
Quant au suicide de Gwenaël Le Goffic, il a été reconnu comme accident du travail en septembre 2015. La MSA n’a pas fait appel.

Ces jours-ci, une autre affaire émerge sur le site de Triskalia à Glomel  (22) : Raymond Pouliquen, atteint d’une leucémie, diagnostiquée « en rapport avec l’exposition aux phytosanitaires dans son travail », se bat pour faire reconnaître son cancer en maladie professionnelle.


Soirée de soutien au ciné-TNB, à Rennes,  le dimanche 6 décembre à 18h.
Projection du film « la mort est dans le pré » d'Eric Guéret. Puis échange avec la salle et témoignage des ex-salariés de Triskalia.
Prix d’entrée : 4€ pour la location de salle. Une collecte de solidarité avec les ex-salariés sera effectuée.

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