Suicides d’agriculteurs : le gouvernement propose différentes mesures pour lutter contre leur mal-être

Publié le Mis à jour le
Écrit par Juliette Vincent-Seignet avec AFP
"Il importe de lever les tabous sur la question du mal-être et d'en parler au sein de la société", affirme le ministre Julien Denormandie.
"Il importe de lever les tabous sur la question du mal-être et d'en parler au sein de la société", affirme le ministre Julien Denormandie. © PHOTOPQR/OUEST FRANCE/MAXPPP

Ce mardi 23 novembre, une feuille de route va être détaillée pour enrayer les suicides d’agriculteurs. Plusieurs mesures sont proposées comme l’augmentation du financement du remplacement des professionnels épuisés.

Le constat est statistiquement établi : les agriculteurs se suicident plus que le reste de la population. Le gouvernement a donc décidé d’augmenter les efforts pour lutter contre ce mal-être et prévoit un plan d’action.


Mieux repérer le mal-être des agriculteurs

Pour mieux repérer ce mal-être, il faut agir sur le terrain et localement. Le gouvernement entend créer “des comités de pilotage dans chaque département”, dès l’année prochaine, afin de mieux coordonner la prévention localement. Ces comités réuniront "un très large panel d'acteurs" (représentants de l’Etat, du monde agricole, professionnels de santé, banques).

L'exécutif entend aussi structurer et former des réseaux de "sentinelles", des volontaires gravitant autour des agriculteurs "à même de détecter les situations de détresse”.

Il prévoit aussi de renforcer financièrement des dispositifs permettant de soulager les agriculteurs, notamment l'"aide au répit" (qui finance le remplacement jusqu'à 10 jours des exploitants en situation d'épuisement professionnel) et le crédit d'impôt remplacement.

Au total, l'enveloppe dédiée au mal-être agricole passera de 30 à 42 millions d'euros par an.

Des mesures jugées inefficaces par la profession

Pour Jacques Jeffredo, agriculteur à Sainte-Anne-d’Auray (56), “c'est un cautère sur une jambe de bois”. Pour celui qui a fait du suicide dans le monde agricole son cheval de bataille, personne ne voit venir ces drames. “A chaque fois que l’on me fait part d’un suicide, la famille me dit ‘je n’ai rien vu venir’”. Alors, “comment voulez-vous qu’une sentinelle puisse détecter des situations de détresse alors que la famille ne voit pas ?”, s’interroge-t-il. “Je ne dis pas que c’est rien, mais c’est peanuts”.

Selon cet agriculteur, le mal-être agriculteur est multi factoriel et provient également d’un manque de reconnaissance de cette profession. Les agriculteurs sont de moins en moins nombreux. Selon une étude de l’Insee (2016), en France, en près de 40 ans, la part des agriculteurs exploitants dans l'emploi a fortement diminué, passant de 7,1 % en 1982 à 1,5 % en 2019.

Quand on regarde ces nouvelles mesures et ce budget qui augmente, Jacques Jeffredo regrette qu'il y ait "plus de gens payés pour s’occuper des agriculteurs que d’agriculteurs”.

"Il importe de lever les tabous sur la question du mal-être”

Cette feuille de route présentant toutes les mesures sera détaillée ce mardi au ministère de l’Agriculture, par les ministres de la Santé, Olivier Véran, et de l'Agriculture, Julien Denormandie, ainsi que par le secrétaire d'État chargé des Retraites et de la Santé au travail, Laurent Pietraszewski.

Parmi les "parties prenantes" présentes figureront "des bénévoles engagés au quotidien auprès des agriculteurs" et le réalisateur Édouard Bergeon. Son film "Au nom de la terre", sur la dépression d'un éleveur pris dans la spirale du surendettement, avait rencontré un vif succès en salles fin 2019 et mis ce sujet sur le devant de la scène.

"Il importe de lever les tabous sur la question du mal-être et d'en parler au sein de la société", affirme le ministre Julien Denormandie dans une interview au journal La Croix publiée lundi soir.

"On a construit une réponse sur la base des retours de terrain. (...) C'est le fruit d'une très large concertation", a indiqué son cabinet à la presse.

Un plan réfléchi depuis plus d’un 1 an

Le gouvernement avait annoncé il y a près d'un an qu'il présenterait un “plan d'action opérationnel", à la suite de la remise d'un rapport du député de la majorité Olivier Damaisin appelant à améliorer l'accompagnement des exploitants en détresse. Un second rapport a également été publié en mars 2021 par les sénateurs Henri Cabanel (groupe RDSE) et Françoise Férat (Union centriste), qui estimaient que les politiques publiques n'étaient pas à la hauteur pour prévenir les suicides dans le monde agricole.

Selon les données les plus récentes de la sécurité sociale agricole (MSA), 529 suicides ont été dénombrés en 2016 parmi les 1,6 million d'assurés du régime agricole âgés d'au moins 15 ans (ayant-droits des exploitants et salariés agricoles inclus).

Chez les assurés de la MSA âgés de 15 à 64 ans, le risque de suicide était alors supérieur de 43,2% aux assurés de l'ensemble des régimes de sécurité sociale. Au-delà de 65 ans, le risque de suicide était deux fois plus élevé par rapport à la population de cette tranche d’âge.

En partenariat avec France 3 France Bleu et Make.org

Participez à la consultation citoyenne sur la présidentielle 2022

Faites-vous entendre ! France 3 Régions s'associe à la consultation Ma France 2022, initiée par France Bleu sur la plateforme Make.org. Le but ? Vous permettre de peser dans le débat démocratique en mettant vos idées les plus plébiscitées au centre de la campagne présidentielle.