Transat Jacques Vabre : une histoire fort de café

Le navigateur Paul Vatine et son coéquipier Roland Jourdain sur le multicoque Région Haute-Normandie lors du départ de la deuxième édition de la Transat Jacques Vabre au large de Le Havre - 14/10/2019 / © AFP - M. Mochet
Le navigateur Paul Vatine et son coéquipier Roland Jourdain sur le multicoque Région Haute-Normandie lors du départ de la deuxième édition de la Transat Jacques Vabre au large de Le Havre - 14/10/2019 / © AFP - M. Mochet

Avec le Vendée Globe ou la Route du Rhum, elle est devenue l’une des références de la course au large. La Transat Jacques Vabre qui s'élance dimanche 27 octobre, est née en 1993 et a marqué la carrière de nombreux marins. Retour sur l’histoire de cette course mythique.

Par Isabelle Rettig


C’est la plus longue des transatlantiques en double, sans escale et sans assistance, mais pourtant, c’est bien une course en solitaire que les organisateurs de l’épreuve avaient imaginé au début des années 90. Une course sur les traces des grands navigateurs qui, au XVIII eme siècle, traversaient l’Atlantique pour ramener le café d’Amérique du Sud. Le Havre était alors le plus grand port caféier français. C’est donc tout naturellement que la ville fut choisie pour accueillir les premiers bateaux en 1993, Carthagène en Colombie étant la ville d’arrivée.
 

1993 : la naissance d’une course


Cette année-là, 13 bateaux ont répondu présents. Des monocoques et des multicoques. Toutes les stars sont là, de Laurent Bourgnon à Loick Peyron en passant par Mike Birch et un certain Paul Vatine. C’est « LE » régional de l’étape. Un marin né au Havre en 1957 qui n’a encore jamais remporté de grande course au large mais entend bien combler cette lacune avec son trimaran « Région haute Normandie ».

Le départ est donné le 31 octobre et c’est le Havrais qui prend la tête de la flotte avant d’être heurté par un zodiac d’assistance. Il doit rentrer au port. Mais ce contretemps fâcheux ne le privera pas de la victoire tant espérée. Grace à une bonification, il remporte cette première édition devant Laurent Bourgnon avec un temps de référence de 16 jours et 46 minutes. Côté monocoques, Yves Parlier s’adjuge le premier trophée en un peu moins de 19 jours.
 

Les premières années en double


En 1995, la course ne se déroule plus en solitaire mais en double. Onze bateaux seulement sont au départ : 6 monocoques et 5 multicoques. Le vainqueur de la première édition, Paul Vatine, fait équipe avec un marin quimpérois qui a fait ses armes avec un certain  Eric Tabarly en 85, lors de la Whitbread : Roland Jourdain. Un duo de choc qui va s’imposer et améliorer le record de la traversée en multicoque d’une journée et demi.

L’édition suivante, celle de 97, est marquée par l’arrivée des 50 pieds (bateaux d’un peu plus de 15m), tant en monocoque qu’en multicoque. Dix-huit bateaux au départ et deux frères pour franchir la ligne d’arrivée en tête : Laurent et Yvan Bourgnon. Ils ont mis un peu plus de 14 jours pour rejoindre Carthagène sur leur « Primagaz », établissant ainsi un nouveau record.
Les frères Laurent (Gauche) et Yvan Bourgnon manoeuvrant sur leur trimaran "Foncia" avant la Transat Jacques Vabre - 03/10/2019 / © AFP - M. Mochet
Les frères Laurent (Gauche) et Yvan Bourgnon manoeuvrant sur leur trimaran "Foncia" avant la Transat Jacques Vabre - 03/10/2019 / © AFP - M. Mochet

Cinq jours plus tard, Yves Parlier et Eric Tabarly qui six mois avant sa disparition dispute là sa dernière grande course, s’octroient la victoire en monocoque.

La quatrième édition est tragique, marquée par la disparition du tout premier vainqueur. Le 21 octobre 99, alors qu’il navigue au large des côtes portugaises avec Jean Maurel sur le trimaran Groupe André, le bateau chavire. Jean Maurel se trouve à l’intérieur : il est sain et sauf. Mais Paul Vatine, à la barre à ce moment-là, passe par-dessus bord avant d’être emporté par la mer. Il avait 42 ans.
Une disparition qui éclipse la victoire de Loick Peyron et Franck Proffit en multicoque. En monocoque, Thomas Coville et Hervé Jan arrachent la victoire à Catherine Chabaud et Luc Bartissol, en tête durant toute la course mais contraints de faire une escale technique pour récupérer un spi. Cette année-là, 20 bateaux avaient pris le départ.
 

Cap sur le Brésil


En 2001, c’est une nouvelle destination qui attend les concurrents. Bye bye la Colombie, bonjour le Brésil et Salvador de Bahia. Trente-trois bateaux (14 multicoques et 19 monocoques) sont au départ d’une course qui oblige désormais les marins à franchir le fameux « pot au noir ». Les multicoques ont droit à un parcours plus long avec un départ différé, une journée après les monocoques.

Premier à apercevoir la « Cité de Tous les saints », Franck Cammas et Steve Ravussin sur leur Groupama franchissent la ligne au bout de 14 jours et 9 heures de course devant Alain Gautier et Ellen Mc Arthur. Côté monocoque, la victoire revient à Roland Jourdain et Gaël Le Cléac’h.
 

Des marins au sommet


En ce début des années 2000, la Transat Jacques Vabre est marquée, coté multicoques, par la domination de deux hommes: Franck Cammas en multi 60 et le malouin Franck-Yves Escoffier en multi 50. Cammas remporte non seulement la transat 2001 mais aussi les éditions 2003 et 2007 avec Franck Proffit et de nouveau Steve Ravussin. En 2007, les deux hommes pulvérisent d’ailleurs le record en 10 jours et 38 minutes.

Trois trophées aussi pour Franck-Yves Escoffier en 2005, 2007 et 2009 qui inscrit son nom parmi les plus beaux palmarès de la course.
Sans oublier, Jean-Pierre Dick, le plus titré. En IMOCA, il remporte la Jacques Vabre à quatre reprises en 2003, 2005, 2011 et 2017, seul skipper à totaliser autant de victoires dans cette course.
 

Affronter les éléments


Dans les  années 2000, la transat prend sa vitesse de croisière. Malgré des éditions difficiles (en 2005, sur les 35 bateaux au départ, 10 sont contraints à l’abandon dans le Golfe de Gascogne, balayé par une grosse dépression), la course attire de plus en plus de marins qui rêvent d’en découdre. En 2007, 60 bateaux sont au départ avec, pour la première fois des monocoques de 40 pieds. 

Michel Desjoyeaux, Pascal Bidégorry ou Lionel Lemonchois ajoutent leurs noms au palmarès de la course. Des nouvelles classes apparaissent (mono de 40 pieds-12,19m- en 2007), d’autres disparaissent  (monocoques 50 pieds en 2009, multi 60 en 2009 et 2011) au gré des éditions.

Pour l’arrivée, Salvador de Bahia cède la place à Puerto Limon au Costa Rica en 2009 puis à Itajaï au Brésil en 2013 avant un retour dans la Cité de Tous les Saints en 2017.

Tempêtes et dépressions vont parfois obliger les organisateurs à reporter le départ et perturber le bon déroulement de la course en 2011, 2013 mais aussi en 2015. Cette année-là, sur les 41 bateaux présents dans le bassin Paul Vatine au Havre, 17 doivent renoncer dès les premiers jours. Lionel Lemonchois et Roland Jourdain sont victimes d’un chavirage et doivent être  hélitreuillés en plein Atlantique. Des conditions dantesques qui n’empêchent pas François Gabart et Pascal Bidégorry de l’emporter  en ultime, vainqueurs du duel avec Thomas Coville et Jean-Luc Nélias.
 

2017, l’année des records


La dernière édition va régaler les 37 duos au départ et les amateurs de voile. C’est l’année de tous les records. En ultime, Thomas Coville et Jean-Luc Nélias s’offrent une belle victoire et terminent en 7 jours 22 heures et 7 minutes, explosant le record de Franck Cammas.

En multi 50, record aussi pour Lalou Roucayrol et Alex Pella en 10 jours et 19 heures. Même chose en IMOCA avec la victoire de Jean-Pierre Dick et Yann Eliès en 13 jours et 7 heures. Enfin, du côté des class 40, c’est le malouin Maxime Sorel associé à Antoine Carpentier qui termine sur la plus haute marche du podium avec là aussi un record à la clé en 17 jours et 10 heures.
Une transat qui est décidément comme le café : toujours corsée, souvent serrée et un peu frappée !
 

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