Le député du Cher François Cormier-Bouligeon sous le feu des critiques après un tweet polémique sur le voile

Le député LREM de la 1ère circonscription du Cher, François Cormier-Bouligeon, s'est attiré de nombreuses critiques sur le réseau social Twitter, y compris de la part de ses collègues de la majorité, après un tweet aux accents racistes.
Le député du Cher François Cormier-Bouligeon à l'Assemblée nationale.
Le député du Cher François Cormier-Bouligeon à l'Assemblée nationale. © Alexis Sciard / Maxppp
Le 18 septembre dernier, pour la première fois, une conseillère municipale musulmane de Madrid célébrait le mariage civil de deux femmes. La photo prise lors de la cérémonie a depuis été retweetée près de 2000 fois. Deux jours plus tard à quelques centaines de kilomètres de là, c'est au tour de François-Cormier Bouligeon, député de la première circonscription du Cher, de relayer l'image, avec le commentaire suivant : "Danièle Obono et Aurelien Taché se sont mariés à Madrid ?! Tous mes vœux de bonheur"
 
Comme attendu, la sortie du député du Cher a récolté son lot de réactions (ainsi qu'une centaine d'abonnés en 48 heures). Les deux élus d'opposition visés par la "blague", Danièle Obono et Aurélien Taché, ont déploré le "racisme" et "l'homophobie" du tweet. 
 

Un combat contre le voile


Face au torrent de critiques, François Cormier-Bouligeon défend quant à lui un tweet "écrit sur le ton de l'humour" tout en assurant ne pas avoir vu sur l'instant que les deux personnes mariées étaient deux femmes. "On n'a visiblement pas accès à son humour", lâche de son côté Caroline Fiat, députée LFI de Meurthe-et-Moselle, qui a demandé des sanctions au président du groupe LREM à l'Assemblée nationale, Christophe Castaner.

Sur le fond en revanche, le député assume se sentir engagé dans un combat républicain contre le port du voile, "outil de l'islam politique" et du "salafisme".

"Il s'agit historiquement d'un moyen pour les Frères musulmans d'occuper le terrain", insiste le député, qui conçoit néanmoins que des femmes puissent se voiler sans nécessairement chercher à afficher leur soutien au salafisme. "Soit on est pour le salafisme, soit on est pour une société moderne, protectrice des droits humains, mais c'est soit l'un soit l'autre", lance enfin François Cormier-Bouligeon, qui fait d'ailleurs partie des députés régionaux mobilisés en soutien à l'avocate iranienne Nasrin Sotoudeh. "Il faut connaître la signification des symboles et choisir dans quel camp on est."
 

"L'islam est un fonds de commerce, un moyen d'exister"


Même en oubliant une seconde que le port d'un voile chez les femmes musulmanes précède de quelques siècles l'apparition des Frères musulmans, l'argumentaire de François Cormier-Bouligeon fait rire jaune Nadiya Lazzouni, journaliste, fondatrice du média indépendant SpeakUp et portant le foulard.

"Le voile, le hijab, le foulard est une prescription inscrite dans le Coran, sujette à des interprétations qui varient selon les courants", explique-t-elle, notant au passage qu'après un long consensus sur le caractère obligatoire du port du foulard, cet avis se retrouve de plus en plus discuté parmi les théologiens musulmans. "Ensuite il appartient aux femmes, selon leur sensibilité religieuse et leur spiritualité, d'adhérer à une lecture plutôt qu'à une autre. Ceci étant dit, la France est un État de droit. Le débat ne doit donc pas porter sur le caractère obligatoire du  hijab mais sur sa légalité. Une femme a-t-elle le droit de porter le foulard ? Oui."

Quant à la portée politique du hijab, Nadiya Lazzouni rappelle que les Frères musulmans (associés à l'islam politique) et les salafistes quiétiste (la salafiya) sont des courants qui s'opposent fondamentalement, et que ces derniers "ne sont pas du tout politisés". "Il y a des nuances au sein des courants religieux, mais la salafyia n'encourage pas à l'engagement politique", et appelle même majoritairement "à ne pas voter".

L'islam, assure-t-elle, "est aujourd'hui un fonds de commerce, un moyen d'exister" pour un certain nombre d'homme politiques restés au stade "de l'hypothèse, du fantasme", "qui parlent des musulmans sans les fréquenter au quotidien". "Les Français de confession musulmane sont comme tous les Français" et ne se reconnaissent pas dans un "parti musulman", mais bien à travers le spectre des partis traditionnels, poursuit Nadiya Lazzouni. "Leurs préoccupations, c'est le logement, le travail, la santé, l'éducation de leurs enfants, les services publics."

On est dans des procès d'intention au quotidien faits aux musulmans. On les accuse de duplicité. On ne les voit même plus comme des individus et des citoyens, mais comme un tout. Ils appartiendraient à un camp qu'on n'arrive pas à bien définir, mais qui ne ferait pas partie de la nation et qui aurait un projet politique.


Une rhétorique qui fait son chemin


Plus inquiétant, la banalisation de propos mettant régulièrement en cause les musulmans et plus particulièrement les femmes rejoint la stratégie de l'extrême-droite. "On essaie de criminaliser les femmes qui portent le foulard. En remettant en cause ce choix, on pose la question même de sa légalité", insiste Nadiya Lazzouni.

De la même manière, la notion "d'outil politique d'occupation" invoquée par François Cormier-Bouligeon emprunte à "une terminologie, des concepts, des références culturelles" qui sont celles de l'extrême-droite, analyse la journaliste. "C'est classique ! Et ensuite on appellera les musulmans à faire barrage contre le Rassemblement national !"

Les débats incessant sur le voile, achève Nadiya Lazzouni, "se placent sur le terrain des valeurs, pour occulter celui du droit". Or, "à force de criminaliser dans le discours dominant le port du hijab, on incite à la haine", explique-t-elle, citant le déferlement d'insultes et les menaces de mort visant une jeune étudiante après un tweet d'une journaliste du Figaro lui repprochant d'apparaître voilée un 11 septembre. "On observe un inversement, où la victime est criminalisée, et le délinquant s'érige en grand défenseur des valeurs de la République. C'est du Speilberg à ce stade !"
 

"On peut porter le foulard pour 1000 raisons"


D'ailleurs, des élus, y compris au sein de la majorité, ont pris une position critique vis-à-vis des propos du député de la première circonscription du Cher. Inutile pour cela d'aller chercher bien loin. Dans la troisième circonscription, son homologue Loïc Kervran (également LREM) a estimé que ce serait "un honneur" de recevoir à l'assemblée nationale Latifa Ibn Ziaten, mère de l'un des militaires assassinés par Mohamed Merah en 2012 ou Malala Yousafzai, militante pakistanaise du droit des femmes. Deux femmes musulmanes, voilées et engagées dans la vie politique.
 

"On peut porter un foulard pour 1000 raisons dont beaucoup relèvent de la liberté de conscience et que l’honneur de la République et la différence avec ses ennemis c’est justement de ne pas légiférer sur la façon de se vêtir en dehors des considérations d’ordre public" poursuit le député au cours d'une série de tweets où il cite notamment une lettre ouverte de Nassira El Moaddem. Et de conclure "qu’il faut être bien peu sûr de ses valeurs pour se sentir menacé par un morceau de tissu".
 
 
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