Coronavirus : les apiculteurs très inquiets face à la baisse des ventes et les difficultés de déplacement

La région Centre Val-de-Loire compte 2570 apiculteurs dont 70 professionnels qui récoltent en moyenne 1000 tonnes de miel par an. Mais cette année s'avère compliquée. Avec le confinement, les ventes sont quasiment réduites à néant et les apiculteurs peinent à pouvoir se déplacer sur le territoire. 

Bernard Gaucher apiculteur professionnel à Yvoy-le-Marron dans le Loir-et-Cher
Bernard Gaucher apiculteur professionnel à Yvoy-le-Marron dans le Loir-et-Cher © DR
La première difficulté pour les apiculteurs depuis le début du confinement, c'est la chute vertigineuse des ventes. "Si pour le mois de mars on est moyennement impacté, avril et mai seront terribles. "
Bernard Gaucher est apiculteur professionnel depuis 30 ans à Yvoy-le-Marron, dans le Loir-et-Cher.

Tous les salons ont été annulés. Que ce soit en région Centre ou en région parisienne. Comme je travaillais beaucoup avec des sites touristiques comme le château de Cheverny, Chambord et Center Parc, le mois d'avril et le mois de mai vont être quasiment à zéro au niveau de la vente.

Moins 95% de revenus en avril, idem en mai.


Et pour les 5% qui restent, Bernard Gaucher vend dans sa roulotte-boutique sur sa propriété. " Les clients nous appellent pour qu'on envoie le miel par La Poste. Ils ne veulent plus se déplacer. Ils ont plus de peur de prendre une amende que d'aller acheter du miel dans un supermarché! C'est pourtant beaucoup plus dangereux.

Besoin d'un soutien au niveau national

Si Bernard Gaucher est plutôt satisfait des facilités de déplacement qui ont été accordées aux apiculteurs, il souhaiterait que le Gouvernement lance un appel à une consommation de produits locaux. " Il faudrait dire aux gens qu'ils ont le droit de se déplacer pour aller acheter des produits sains et locaux. Sans ça, les clients potentiels, et même nos habitués, auront toujours peur de rencontrer les gendarmes et d'être verbalisés pour un pot de miel". 
 
L'UNAF, Union Nationale de l'Apiculture Française, lance un appel à tous les acheteurs habituels et à tous les nouveaux pour qu'ils achètent leur miel en direct aux producteurs locaux afin de soutenir la filière :
" Cette rupture liée au confinement a déjà des conséquences majeures et inédites en terme de survie des exploitations, non pas comme ces dernières décennies suite à des pertes de cheptel, mais pour la première fois dans l’histoire de l’apiculture au niveau de l’impossibilité de vendre le miel. Il est donc nécessaire dans ce contexte et afin de soutenir la filière apicole, de modifier nos habitudes alimentaires en privilégiant les circuits courts, en se rapprochant de chaque apiculteur pour connaître quels sont ses modes de livraison et de vente mis en place, durant cette période de confinement. N'hésitons pas à appeler notre apiculteur habituel !"

Des difficultés de déplacement pour les apiculteurs qui font des miellées exceptionnelles

Même si les apiculteurs ont obtenu une dérogation professionnelle pour se rendre auprès de leurs ruches, quelle que soit la distance, en pratique cela s'avère plus compliqué.

 Stéphane Lebrun est apiculteur amateur à Orville, dans le Loiret. Il fait partie de l'association "L'abeille du Gâtinais". Il possède 23 ruches-écoles et l'association regroupe une centaine d'apiculteurs amateurs. " Quand on reste aux alentours, ça se passe plutôt bien. Mais pour les apiculteurs qui doivent se rendre dans d'autres régions pour réaliser des miellées exceptionnelles, c'est plus difficile. "
 
Stéphane Lebrun, apiculteur amateur dans son rucher-école à Orville dans le Loiret.
Stéphane Lebrun, apiculteur amateur dans son rucher-école à Orville dans le Loiret. © DR


Il explique : "Par exemple, certains apiculteurs font du miel de thym et de lavande. Ils doivent donc se déplacer dans les régions où ces plantes sont présentes pour pouvoir faire leurs miellées." 

Cet apiculteur amateur appelle les forces de l'ordre à être conciliantes avec les apiculteurs en déplacement et émet un voeu : "Ce qui serait bien aussi, ce serait que les marchés de terroir où nous vendons le plus souvent soient maintenus. C'est en plein air, c'est moins risqué que les supermarchés, et cela nous permettrait de passer ce cap difficile. "
 
Ruchers à Vineuil dans le Loir-et-Cher en pleine sécheresse cet été 2019.
Ruchers à Vineuil dans le Loir-et-Cher en pleine sécheresse cet été 2019. © Marine Rondonnier-FranceTV
 

La chute des ventes après une année 2019 catastrophique

Cette chute des ventes liée au confinement intervient après une année 2019 catastrophique pour les apiculteurs. Un mois de mai pluvieux et un été caniculaire avaient entraîné une récolte moindre en 2019. Les abeilles n'avaient plus assez de fleurs à bûtiner et les apiculteurs ont dû laisser le miel aux abeilles pour leurs réserves d'hiver. 
 
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