Coronavirus : les gagnants et perdants de l'industrie agroalimentaire en Centre-Val de Loire

Entreprise Allaire, Saint-Aignan-des-Gués (Loiret) / © FTV/I.Racine
Entreprise Allaire, Saint-Aignan-des-Gués (Loiret) / © FTV/I.Racine

Dans une France où la crise économique est en passe de disputer la vedette à la crise sanitaire, il existe un secteur d'activité qui fait le trait d'union entre les deux catastrophes, c'est l'industrie agroalimentaire.

Par Alain Heudes

Zoom sur la filière industrielle de l'agroalimentaire du Centre-Val de Loire,  prise entre la nécessité de produire plus pour la population confinée, mais sans débouchés quand elle est liée à la restauration hors domicile

Benoît Guéroult, le président de deux entreprises d'agroalimentaire implantées dans le Loiret, a le parfait profil pour expliquer le grand écart vécu par ce secteur industriel depuis le début du confinement.

Dans sa PME de Saint-Aignan-des-Gués c'est un peu Noël, en terme de commandes, mais sa seconde PME, à Saint Benoît sur Loire, connait de grandes difficultés :  

La situation est très contrastée, d'un côté chez "Allaire" on a connu une demande exponentielle au début du confinement, avec une croissance de 32% de notre production au total en ce début avril. En revanche notre deuxième entité industrielle, installée à quelques kilomètres seulement, l'entreprise "Euro 5" est presque à l'arrêt et nous sommes en recherche de solutions pour occuper notre petite trentaine de salariés là-bas.

© FTV/I.Racine
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L'explication du grand écart

Elle vient tout simplement des différences de marchés ciblés par les deux entreprises.

L'une, Allaire, fait de la 5ème gamme (légumes frais, cuits sous vide et prêts à l'emploi) pour la grande distribution, alors qu'Euro 5 approvisionnait essentiellement le secteur RHF, restauration hors foyers, comme les cantines de collectivités ou la RHD, la restauration hors domicile.

Au moment où l'on ne pouvait plus aller au restaurant, où les écoles et les usines fermaient, la RHF et la RHD se sont logiquement effondrées, alors qu'un appel, historique, de consommateurs vers la GMS, grandes et moyennes surfaces, a été enregistré.

Ce constat a mis à mal de très nombreuses PME et même des sociétés majeures, comme le confirme le Délégué général de l'AREA Centre-Val de Loire, l'association des industriels de l'agroalimentaire régional, Philippe Villevalois :

Ceux qui souffrent sont par exmeple des sociétés comme Cargill et Moy Park Beef Orléans, qui fournissent les Mac Do à travers toute la France, des entreprises moins connues comme Beauvallet Viandes à Pithiviers, habituel fournisseur de très nombreuses boucheries de détail et de chaînes de restauration. (..)

Il y a aussi tout un tas de TPE, qui sont sur des produits plaisirs, des sablés, du miel, des jus de fruits frais, dont les débouchés en circuit de boutiques spécialisées sont très perturbés.

Concilier production et risque sanitaire

Pour les usines qui ont continué à produire et parfois à des tonnages inégalés jusqu'à lors, la très forte demande n'est pas une absolue certitude d'envolée du chiffre d'affaire.

Chez Allaire, à Saint-Aignan-des-Gués (Loiret), le mois de mars s'est conclu à + 32% de production, mais il a fallu faire face à des charges supplémentaires.

Quelques augmentations du coût des transports, des tiraillements sur l'approvisionnement en matières premières et les indispensables amènagements des conditions de travail, pour respecter la législation accompagnant la crise du covid-19.

Le directeur industriel de la Société Allaire, Pascal Le Lay :

on n'est jamais préparé à ce genre de choses donc, au fur et à mesure, on a imaginé un certian nombre de choses. Des séparations physiques, des séparations pendant les pauses du personnel, des étalements des horaires de travail, pour éviter les croisements des collaborateurs au maximum et nous en sommes venus au port du masque, mais plus de dix jours après le début de la crise en raison de la pénurie sur les masques et on a réussi à obtenir des masques en tissu lavables à la fin du mois de mars.

© FTV/I.Racine
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En dépit de l'absence de masques pendant plusieurs jours, les salariés de la société Allaire ont joué le jeu, venant travailler "avec des inquiétudes au début" nous dit Nathalie, "mais rassurée maintenant et puis nous en Centre-Val de Loire on a quand même moins de malades que dans d'autres régions."

En ce début avril la cinquantaine d'employés est donc à la tâche, visage caché derrière un masque en tissu lavable, chaque opérateur en a reçu cinq en attendant l'arrivée de masques chirurgicaux.

Des protections qui ne devraient plus tarder à être distribuées dans l'ensemble des usines agroalimentaires du Centre-Val de Loire.

La Laiterie de Saint Denis de l'Hôtel (Loiret), via un partenaire commercial, a réussi à acheter 500 000 masques en Chine. Ils vont arriver, par lots, dans les tous prochains jours et seront récupérés par les logisticiens des usines régionales.
  • L'analyse du secteur agroalimentaire Centre-Val de Loire en période de confinement par Philippe Villevalois, délégué général de l'AREA Centre :  
Coronavirus : les gagnants et perdants de l'industrie agroalimentaire en Centre-Val de Loire

L’industrie agroalimentaire du Centre-Val de Loire en chiffres

  •  313 établissements industriels
  • 11 911 salariés (8,4 % de l’emploi industriel régional) dont 4 512 salariés dans le Loiret
  • 3,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires par an
  • Plus d’un milliard d’euros à l’export
  • 110 produits et spécialités inscrits au patrimoine culinaire régional

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