Coronavirus : l'inquiétude des éleveurs ovins en Centre-Val de Loire à l'approche de Pâques

Comment la filière ovine vit-elle la crise du coronavirus ? / © Jean-Luc Flémal / MAXPPP
Comment la filière ovine vit-elle la crise du coronavirus ? / © Jean-Luc Flémal / MAXPPP

Depuis le début de la crise sanitaire, l'agriculture de notre région souffre. La filière ovine, notamment, appréhende les fêtes de Pâques et craint de ne pouvoir vendre sa production d'agneaux. Les éleveurs en appellent à la responsabilité des grandes surfaces et à la solidarité des consommateurs.

Par Léa Bouquet

Vendredi 27 mars, le syndicat Coordination Rurale Centre a adressé une lettre ouverte au président Emmanuel Macron pour lui demander "des engagements concrets à l'égard des agriculteurs", pour faire aux conséquences de l'épidémie de coronavirus. 

Parmi ces agriculteurs inquiets, les éleveurs ovins. A l'approche des fêtes religieuses, comme Pâques (le 12 avril) et l'Aïd (les 23 et 24 mai), ils craignent de ne pouvoir écouler leur production d'agneaux.

"Nous souhaitons pouvoir compter sur l'appui des pouvoirs publics afin que 100 % de la viande ovine qui sera proposée soit d'origine française", expose le communiqué de Coordination Rurale. "Les abattages d'agneaux français ont accusé une chute de plus de 86 % sur la semaine 13 (du 23 au 29 mars) par rapport à la semaine précédente (...)."

Selon les chiffres avancés par © du Centre, signature régionale qui protège et atteste la qualité des produits de nos agriculteurs, la Région Centre-Val de Loire produit environ 200 000 agneaux par an, soit 3 % de la production nationale. Le Cher et l’Indre concentrent la plus grande partie du cheptel régional. 
 

L'agneau français, pas suffisamment mis en valeur ?

Jointe par téléphone, Michèle Baudouin, présidente nationale de la Fédération Nationale Ovine (FNO), confirme que la période est très rude pour les éleveurs de la filière.

"Il y a plusieurs choses : déjà, les rassemblements sont interdits donc les Français n'ont pas forcément la tête à célébrer Pâques autour d'un gigot d'agneau. Ensuite, les restaurants et les cantines sont complètement à l'arrêt : pour nous, il est quasiment impossible de vendre notre production."

Résultat : les éleveurs sont, pour la plupart, contraints de garder leurs bêtes pour un temps indéfini sur leur exploitation. "Cela veut dire qu'en plus de ne pas avoir de revenus, nous sommes obligés d'entretenir nos animaux pour ne pas qu'ils s'engraissent et de débourser de l'argent pour les nourrir", regrette Michèle Baudouin. 

La présidente de la FNO note cependant que des efforts sont faits.

On nous a annoncé qu'on allait arrêter l'import de viande ovine étrangère pour privilégier la production française.

En rayon, l'agneau français est plus cher que celui de Nouvelle-Zélande ou d'autres pays européens, comme l'Irlande. Si des producteurs sont prêts à s'adapater, Michèle Baudouin affirme que certaines enseignes de grande distribution ne cherchent pas à mettre la marchandise locale en valeur. 

Certains distributeurs veulent à tout prix écouler leurs stocks de viande étrangère, reçue il y a quelques semaines, auprès de leur clientèle. Résultat, ce sont les producteurs locaux qui paient les pots cassés.

La FNO a proposé que l'agneau étranger soit offert aux soignants et aux professions en première ligne dans la lutte contre le coronavirus. "Cela permettrait de dégager de la place pour l'agneau français en magasin, mais aussi de faire une bonne action !", poursuit Michèle Baudouin. La proposition n'a pas trouvé d'écho favorable pour le moment. 

Il y a quelques jours, l'interprofession ovine s'est réunie pour mettre au point une campagne. "Nous allons la diffuser via tous les canaux possibles : réseaux sociaux, radio... L'idée, c'est que les consommateurs renouent avec l'envie d'acheter de l'agneau." résume la présidente de la FNO qui ajoute :

Nous espérons obtenir une réponse forte. Car d'ici dix ans, 10 000 éleveurs ovins vont transmettre leur exploitation aux jeunes générations. Il faut que l'on montre que cette filière peut s'en sortir et qu'elle a de l'avenir. Sinon, quelle image laissera-t-on aux jeunes après cette crise ?

 

"Le problème, c'est le marché"

Jean-Claude Prieur est le vice-président de l'Interprofession Bétail & Viande (Interbev) de la région Centre-Val de Loire. Pour lui, il faut également tout miser sur la reprise de la consommation de viande ovine. "Le problème, c'est le marché", explique-t-il. "Entre les éleveurs et les abattoirs, le lien continue de se faire. J'ai aussi l'impression que des supermarchés jouent le jeu. Mais nous avons du mal à écouler notre production auprès des acheteurs."

Pour lui, le chiffre avancé par Coordination Rurale - moins 86 % d'abattages cette semaine par rapport à la précédente, n'a rien d'étonnant.

Il y a une problématique d'équilibre matière : nous cherchons à valoriser tous les morceaux de la carcasse. Du coup, si personne n'achète, beaucoup d'éleveurs n'envoient plus leurs bêtes à l'abattoir : ça ne sert à rien si la moitié de la viande est jetée à la poubelle.

Quant à la possible congélation de certains morceaux, Jean-Claude Prieur est formel. "La viande perd 40 % de sa valeur lorsqu'elle est congelée, ça n'arrange rien au problème." Le vice-président de l'Interbev en appelle à présent à la solidarité de chacun. "Notre souci premier est la bonne alimentation de nos concitoyens. Ce qu'on leur demande maintenant, c'est un petit coup de pouce pour nous soutenir."

Pour aider les agriculteurs et les consommateurs, des initiatives commencent à être mises en place localement. Le préfet, le président de la Région Centre-Val de Loire et le président de la Chambre régionale d'agriculture l'ont assuré vendredi 27 mars : ils vont tout mettre en oeuvre pour valoriser les produits locaux, afin de booster les ventes et soutenir les agriculteurs. Une plateforme recensant les sites et points de vente régionaux doit être mise en place dès le 30 mars. 

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