Agriculteurs en colère : la Coordination rurale recouvre d'une bâche plusieurs radars routiers en Eure-et-Loir

Plusieurs radars ont été recouverts de bâches (parfois décorées d'un visage souriant) en Eure-et-Loir dans la nuit du 6 au 7 mai. Il s'agit d'une action revendiquée par la Coordination rurale du département.

Certains sont décorés d'un visage souriant, d'autres grimacent. "Macron que du vent", est-il inscrit sur l'un d'entre eux. Plusieurs radars situés au bord des routes d'Eure-et-Loir portaient un drôle de déguisement ce 8 mai au lever du soleil. Dans la nuit, ils ont été recouverts de bâches les empêchant de fonctionner.

Cette "action syndicale" a été revendiquée par la Coordination rurale du département, qui communique par ce geste l'agacement des agriculteurs, plusieurs mois après les promesses du gouvernement qui ont mis fin aux violentes manifestations de février.

"L'État nous doit des sous, nous les offrons aux concitoyens" explique Aurélie Hallain, présidente de la Coordination rurale 28 et vice-présidente du syndicat à l'échelle régionale. "L'État nous fait des belles paroles mais pas d'actes visibles dans nos fermes. Nous, quand on a une parole, il y a des actes derrière."

La PAC en retard

La raison de la colère est le versement de la PAC, qui a été retardé et sera, pour certains agriculteurs, plus faible que prévu. Le 30 janvier dernier, le Premier ministre Gabriel Attal avait promis un versement complet des aides de la Politique agricole commune (PAC) europénne avant le 15 mars, une promesse entérinée par le ministre de l'Agriculture.

"On nous explique qu'il y a un incompatibilité de logiciel pour verser l'intégralité de al PAC aux agriculteurs", s'agace Aurélie Hallain. "Au début elle devait être au mois de mars, puis au mois de mai, maintenant on dit à certains qu'ils devront attendre septembre !" En outre, explique-t-elle, les agriculteurs toucheront moins d'argent que prévu via les "éco-régimes", ces mesures par lesquelles l'État voulait les inciter à accélérer leur transition écologique.

On nous dit "vous avez été trop nombreux, à jouer le jeu trop rapidement, il y en aura donc moins pour tout le monde"

Aurélie Hallain, présidente de la Coordination rurale 28

De fait, les subventions maximales par hectares sont passées de 80 euros à 63. "On nous promet bcp de choses à l'oral, par écrit, mais les actes on ne les voit pas arriver dans nos fermes. Aujourd'hui, concrètement, pour les agricultrices et les agriculteurs, il n'y a rien de concret", fustige encore Aurélie Hallain.

Priver l'État de l'argent des contraventions est donc un signal politique envoyé par la Coordination rurale en Eure-et-Loir. Toutefois, les radars ont aussi un rôle de prévention routière, et leur dégradation (qui inclut le simple fait de les bâcher) peut coûter cher.

Selon le site de la Sécurité routière, "pour avoir affiché des autocollants, fait des graffitis, occulté ou bâché les vitres d'un radar : l'auteur des dégradations risque jusqu’à 15 000 euros d’amende et une peine d’intérêt général". De quoi dissuader ceux qui voudraient imiter ce geste.