Autoroute A154 : la concession entre Dreux, Chartres et Orléans validée par Jean Castex

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Écrit par Thomas Hermans
La RN 154 en Eure-et-Loir, photo d'illustration.
La RN 154 en Eure-et-Loir, photo d'illustration. © Quentin Reix/MaxPPP

Le Premier ministre a garanti le lancement de la concession pour les travaux de l'A154, arlésienne bitumée d'Eure-et-Loir devant reprendre le tracé de la nationale du même numéro. Retour sur les étapes d'une bataille de longue haleine entre élus, État et opposants.

Le serpent de mer est-il en train de revenir au rivage ? Le maire de Chartres Jean-Pierre Gorges l'a annoncé en grandes pompes ce jeudi 16 décembre : la concession de la future autoroute 154 est lancée. Une promesse qui lui avait été faite par le Premier ministre Jean Castex, en visite en Eure-et-Loir à la mi-novembre.

Cette décision "va marquer l'histoire de ce département", s'est félicité l'édile dans une courte vidéo postée sur Youtube. "Pendant 20 ans, nous avons travaillé sur ce sujet, nous avons mis beaucoup de temps à mettre l'ensemble des élus du département derrière se sujet", euphémise-t-il, le projet étant depuis son origine la source de vifs débats. Le député LREM du 28, Guillaume Kasbarian, est d'ailleurs toujours opposé au projet autoroutier, qui doit créer un axe express entre Rouen et Orléans en passant par Dreux et Chartres.

D'après des informations obtenues par nos confrères de L'Écho républicain de la part du cabinet du Premier ministre, la mise en service ne pourrait en tout cas pas se faire avant 2030. Retour sur les étapes d'un projet né d'un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître.

La naissance de l'idée

Il faut remonter aux années 60 pour trouver les prémices d'une voie rapide Dreux-Orléans. Elle doit, à terme, faire partie du grand contournement de Paris, depuis plus ou moins mené à son terme. Entre Dreux et Chartres, la nationale 154 en 2x2 voies est depuis devenue une réalité. Entre Orléans et Chartres en revanche, il reste encore, en 2021, des tronçons à une voie, des ronds-points, et des embouteillages importants en heure de pointe. 

Le projet est relancé dans les années 2000 par Jean-Pierre Gorges, maire LR de Chartres, qui soutient notamment la réalisation d'un nouveau contournement pour soulager la rocade de la capitale eurélienne. Les travaux seraient également motivés par l'accidentologie élevée de la N154 entre Chartres et Orléans, empruntée par plus de 10 000 véhicules quotidiennement. 

Un projet qui, étendu, donne une toute nouvelle autoroute privée : relier Nonancourt, dans l'Eure près de Dreux, à l'A10 à Allaines-Mervilliers, à 40 km au nord d'Orléans. Le tout en desservant Chartres, évidemment.

Une majorité des élus de droite soutient l'idée : les députés Olivier Marleix (LR) et Philippe Vigier (Union des Centres) ; les sénateurs Albéric de Montgolfier (LR), Daniel Guéret (DVD) et Chantal Deseyne (LR), etc.

Tu veux ou tu veux pas ?

En 2010, le ministre de l'Écologie et des Transports de l'époque, Jean-Louis Borloo, adoube le projet. Estimations : 800 millions d'euros financés par une concession, l'État et les collectivités locales, pour rattraper le retard de développement de la nationale en 2x2 voies. Adieu la N154, bonjour la A154. 

Mais en 2013, gros coup de frein. Pour des questions budgétaires, la commission Mobilité 21 classe l'aménagement "en secondes priorités", et s'attarde uniquement sur le tronc commun N12/N154 entre Nonancourt et Dreux. Quelques kilomètres à peine, qui "concentre[nt] des problèmes de sécurité, de congestion et de nuisances".

Avancée en août 2016 : le préfet d'Eure-et-Loir se voit confier la charge d'organiser une enquête publique sur le bien fondé du projet. En mars de l'année suivante, la commission d'enquête rend ses conclusions. Son avis -consultatif- est favorable, avec quelques réserves, et considère la concession autoroutière comme d'utilité publique.

Et puis plus tard en 2017, rebelotte. Le projet se voit gelé, comme d'autres grandes infrastructures, par le gouvernement du nouveau président Emmanuel Macron (des autoroutes, mais aussi des lignes ferroviaires à grande vitesse). En février 2018, arrière toute encore une fois. Le rapport Duron, remis à la ministre des Transports Elisabeth Borne par le conseil d'orientation des infrastructures, juge que la N154 présente "des enjeux importants de sécurité et de congestion qui justifient une poursuite rapide de son aménagement", sous-entendu sous forme d'autoroute.

La délivrance arrive, pour les partisans de la A154, quelques mois plus tard : le 5 juillet, le projet est déclaré d'utilité publique au Journal officiel par le Conseil d'État. Le tracé définitif ayant été adopté en février 2018, il ne restait plus que la mise en concession pour aboutir à la sortie de terre de l'autoroute.

Le tracé

L'itinéraire exact emprunté par l'autoroute a suscité de nombreux débats en soi. Un temps envisagé côté ouest ou empruntant la rocade existante, le contournement de Chartres passera finalement par l'est. Au nord et au sud de la ville, l'autoroute réutilisera la chaussée de la nationale 154, élargie quand elle n'est qu'en voie unique et mise aux normes autoroutières en matière de sorties et de suppressions de ronds-points notamment. Au sud, une nouvelle chaussée sera créée entre Ymonville et l'A10 Paris-Orléans, au niveau de la commune de Fresnay-l'Évêque. 

Du côté de Dreux, un courtement sera construit en arc de cercle au sud-ouest de la ville pour rejoindre la nationale 12, convertie sur une dizaine de kilomètres en autoroute. Un dernier contournement autour de Nonancourt pour rallier la N154 juste au nord, et le tour est joué.

Les oppositions

Pour diverses raisons, un tel tracé a rencontré de très nombreuses oppositions au niveau local. Dès 2013, des anti-A154 distribuaient de faux chèques cadeaux devant le conseil général d'Eure-et-Loir, avec des montants de 1 300 à 3 000 euros. Leur objectif : dénoncer le passage de voiries actuellement gratuites à un concessionnaire privé. Les actuelles 2x2 voies de la N154 passeraient ainsi en zone péage, condamnant ceux qui ne peuvent pas le payer. Ils "repasseront dans les villages déviés par l'A154 et créeront à nouveau des nuisances sur ces communes", arguait alors Martine Trofleau, Présidente de la FEEL (Fédération Environnement Eure-et-Loir).

Le collectif St-Prest Environnement dénonçait quant à lui "la perte d’utilité de service public de cette nationale qui dessert l’ensemble des communes avoisinantes", la concession autoroutière limitant nécessairement le nombre de sorties en zone rurale. 

Niveau nuisances, le collectif en cite plusieurs, dont le bruit des véhicules roulant à 130 km/h, et la pollution supplémentaire causée par la vitesse et par une croissance potentielle du trafic. Certains villages seraient ainsi frôlés, à quelques dizaines de mètres par l'autoroute, comme Le Boullaye-Mivoye, St-Prest ou encore Allonnes.

Les écologistes sont également montés au créneau sur le sujet, notamment pendant les élections départementales. "Pour fluidifier les trafics sur Chartres il faut repenser tous les déplacements : adaptation de la rocade, parkings périphériques, développement des transports collectifs, pistes cyclables, etc.", écrit le groupe Eure-et-Loir Écologie. Il dénonce également une idée "dévoreuse de foncier, de terres agricoles très fertiles", et "en totale incohérence avec les résolutions [...] qui insistent sur l’impérieuse nécessité de privilégier le développement des moyens de transport alternatifs, le ferroviaire par exemple".

Des arguments réaffirmés par Quentin Guillemain, conseiller municipal à Chartres et porte-parole du mouvement de Delphine Batho Génération écologie, dans un communiqué publié ce vendredi 17 décembre. "Les écologistes resteront mobilisés, auprès de tous ceux qui depuis des années se battent pour que ce projet ne puisse pas voir le jour", assure-t-il. Signe que l'A154, à peine réellement lancée, n'a pas fini de faire parler d'elle.

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