Lancer d'œufs sur Fesneau, Maréchal aspergée de bière : quand les politiques sont ciblés par des jets en tous genres

Ce 29 février, Marion Maréchal a été aspergée par de la bière au Salon de l'agriculture. Autrefois cantonnée aux tartes à la crème, œufs et farine, ces "attentats culinaires" sont bien ancrés dans la vie politique française.

Faire dérailler une opération de communication bien huilée ne tient parfois qu'au prix d'une pinte. Ce 29 février, lors de sa visite au Salon de l'agriculture, Marion Maréchal-Le Pen en a fait les frais en étant aspergée de bière. Avec cette douche au houblon, la tête de liste du parti Reconquête aux élections européennes s'ajoute à la longue liste des politiques victimes de jets de nourriture ou de boisson. 

Le lendemain, ce 1er mars, les ministres de la Transition écologique et de l'Agriculture Christophe Béchu et Marc Fesneau ont à leur tour été la cible de jets d'oeufs et de sifflets au Salon de l'agriculture, les forçant à écourter un événement, a constaté un journaliste de l'AFP.

"Plus de bière que de mal"

C'est peu de temps après avoir visité les stands de la région Centre-Val de Loire, en compagnie d'Éric Zemmour, que Marion Maréchal-Le Pen a été la cible d'une aspersion de boisson maltée. "Plus de bière que de mal !" a réagi Philippe Vardon, figure de l'extrême-droite niçoise. "Il s'agissait d'un homme manifestement ivre qui a voulu se rendre intéressant", a expliqué l'entourage de la candidate à nos confrères de l'AFP.

"Ça s'est passé à une vingtaine de mètres de mon stand", entre des emplacements appartenant à la région Centre-Val de Loire et ceux de la région Auvergne-Rhône-Alpes, témoigne un brasseur visité quelques instants plus tôt par le duo d'extrême droite, et dépité d'être malgré lui associé à l'événement dans les photos de la presse.

Jordan Bardella, tête de liste du RN pour le scrutin du 9 juin, a apporté sur X son soutien à la nièce de Marine Le Pen: "La violence n'a pas sa place dans le débat politique : je souhaite que chacun des candidats aux Européennes puisse faire campagne dans le respect", a-t-il écrit en dénonçant une "agression".

Du côté des ministres, un agriculteur de la FDSEA 77 a revendiqué l'action au nom de cette fédération départementale de la FNSEA, indique l'AFP. "On s'aperçoit que depuis trois semaines, rien n'avance", a-t-il déclaré.

Les jets d'objets sur les politiques, une tradition française

Farine, œufs, tarte à la crème, ketchup et même algues. La vie politique française est pleine d'ingrédients divers jetés à la figure des hommes et femmes politiques, le plus souvent sans faire de blessé à part l'orgueil des victimes. Un acte de contestation sans blessés. Dernier en date, le candidat à l'élection législative du Loiret et ancien ministre de l'Éducation nationale Jean-Michel Blanquer, avait été visé par de la crème chantilly à Montargis.

Emmanuel Macron en a lui-même plus d'une fois fait les frais, notamment au Salon de l'agriculture 2017, lorsqu'il était candidat à l'élection présidentielle. Le futur président est alors visé par un jet d'œuf, qui éclate sur sa tête.

C'est d'ailleurs la troisième année consécutive que l'ancien ministre de l'Économie est visé par un projectile alimentaire, après un autre œuf en 2016 et un pot de yaourt en 2015. Sous la Cinquième république, il serait d'ailleurs l'homme politique le plus ciblé, devant Éric Zemmour, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon.

Des entarteurs par milliers

Il semblerait d'ailleurs que les œufs aient remplacé les tartes, en vogue jusque dans les années 2000. L'écrivain et homme d'affaires Bernard Henri-Lévy a été la cible d'une dizaine "d'entartages" menés notamment par l'agitateur Noël Godin.

En 1985, à Liège, "BHL" s'était d'ailleurs jeté, recouvert de crème fouettée, sur l'humoriste, lui intimant "Lève-toi vite, ou je t'écrase la gueule à coups de talon !" La scène a été diffusée à l'époque notamment par Coluche et Pierre Desproges, ce dernier saluant un procédé qui "révèle la vraie nature des cuistres".

De fait, les sorties en public sont toujours risquées pour les politiques, surtout au Salon de l'agriculture, et surtout à l'approche d'une échéance électorale. Début juin, les électeurs sont en effet invités à choisir leurs députés européens, un scrutin pour lequel le Rassemblement national se montre particulièrement mobilisé malgré un bilan ambigu au Parlement européen.