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Emmanuel Macron : réactions des gilets jaunes du Centre-Val de Loire sur les annonces du président

Emmanuel Macron en conférence de presse, le jeudi 25 avril 2019. / © LUDOVIC MARIN / AFP
Emmanuel Macron en conférence de presse, le jeudi 25 avril 2019. / © LUDOVIC MARIN / AFP

Lors de la conférence de presse ce jeudi soir, Emmanuel Macron a annoncé des mesures censées être la conclusion du grand débat national, initié à la suite du mouvement des gilets jaunes. Mais ces derniers n’ont pas été convaincus par le président de la République.

Par Julie Postollec

Le président de la République affirme qu'il a changé, qu'il a "touché l'épaisseur des vies des Français", et compris "dans sa chair ce qu'ils vivent"... Mais qu’il n’a "pas fait fausse route".
 

L'ensemble de ces propos, que l'on retrouve sur le compte Twitter de l'Elysée. laisse les gilets jaunes de marbre, comme Steve, mécanicien automobile en intérim à Pithiviers (Loiret), dont nous avions fait le portrait. "J’ai l’impression qu’il vient d’une autre planète. Il n’est pas humain, il ne sait pas ce que c’est la misère des gens".
 
 

Des mesures trop longues à mettre en place

Pour contrer cette misère et le sentiment d’injustice fiscale en particulier, Emmanuel Macron a fait différentes annonces comme celle "de baisser l'impôt du maximum de nos concitoyens, et des classes moyennes au premier chef". Le montant de 5 milliards d’euros a été évoqué. Mais il a écarté le rétablissement de l’ISF réclamé par les gilets jaunes.

Pour les gilets jaunes du rond-point des Escrennes près de Pithiviers, il ne répond pas à leurs attentes : "il a essayé de nous embrouiller en disant qu’il y aurait moins d’impôts. Mais s'il les diminue, à qui il va les récupérer ? A quel endroit et comment ?".

Ils pointent aussi du doigt le temps que va nécessiter la mise en place des annonces : "au lieu de répondre au pouvoir d’achat et à la justice sociale qu’on demande depuis le 17 novembre, il a pris des mesures beaucoup trop longues qui ne dépendent même pas de lui, parce que ça va aller au-delà de son quinquennat".
 

"Il n'a même pas parlé de la CSG"

Autre déclaration : la réindexation des "retraites de moins de 2.000 euros" sur l'inflation à partir du 1er janvier 2020. Cette réindexation sera étendue à toutes les retraites à partir de 2021."Les décisions que nous avons prises à l'automne ont été vues comme injustes, et doivent donc être corrigées", s'est justifié Emmanuel Macron.

Mais pour Steve, "il n’y a pas eu les réponses qu’on attendait", ce n’est "que du blabla". "Les retraités aujourd’hui sont à 800 euros, et il faudrait attendre encore deux ou trois ans pour qu’ils aient plus d’argent ? C’est aujourd’hui que les gens ont besoin de sous, pas demain".  

Marie (prénom modifié), gilet jaune à Pithiviers et infirmière, partage cet avis : "pour moi 2020 c’est insuffisant, il devrait le faire tout de suite. J’ai mon père qui est retraité, je ne suis pas certaine qu’il puisse rentrer dans les clous, et d’ici 2020, qu’est-ce qu’il fait ? Et il [Emmanuel Macron] n’a même pas parlé de la CSG par rapport aux retraités, chose qui était pour moi très attendue."
 
 

Des mesures qui "existent déjà"

Marie a d'ailleurs l'impression que le président de la République les "a encore enfumés" comme au sujet des pensions alimentaires par exemple. Il a en effet annoncé que les caisses d'allocations familiales (CAF) pourront prélever directement les pensions alimentaires non versées, pour aider les familles monoparentales.

Sauf que "j’ai déjà été mère isolée, détaille Marie, donc je peux vous dire que c’est quelque chose qui existait déjà. Cela s’appelle l’ASF, l’allocation de soutien familial au niveau de la CAF, qui fournit une aide si le parent ne paye pas la pension alimentaire. Donc il n'a fait que remanier quelque chose qui existait déjà."

Quand on interroge cette infirmière sur une autre déclaration d'Emmanuel Macron, où il souhaite qu'il n'y ait plus "d'ici à la fin du quinquennat de nouvelles fermetures, ni d'hôpitaux, ni d'écoles sans l'accord du maire", elle a l'impression que cela ne changera rien. Il dit "'pas de fermeture d’hôpitaux'. Mais les fermetures de service ? Le personnel soignant en moins ? En 17 ans j’ai vu l’évolution, c’est affolant. Les soins se dégradent, la prise en charge devient médiocre".
 
 

Des "mesures électoralistes"

Le mécanicien lui non plus n’y croit pas : "là c’est pour les [élections, ndlr] européennes qu’il blablate, après les européennes il n’y aura rien de concret".

Même réflexion du côté de Philippe, salarié de la fonction publique dans la région de Dreux (Eure-et-Loir).
 


Quand Macron se dit prêt à abandonner la suppression de 120 000 postes de fonctionnaires, ce sont à ses yeux "des mesures électoralistes qui ne font pas avancer les choses".

Si Philippe n’a pas eu le temps de regarder la conférence de presse dans le détail, il y voit "différentes mesures brouillonnes un peu partout mais il n’y a pas de vision, on ne sait pas où l’on va. C’est peu rassurant."
 

Le RIP ? "Pas représentatif"

L’une des revendications principales des gilets jaunes était la mise en place du RIC, le référendum d’initiative citoyenne. Ils souhaitent pouvoir l'utiliser pour proposer ou supprimer une loi, ou encore révoquer un élu. 

"Tel qu'il est proposé, il me semble remettre en cause la démocratie représentative", a commencé Emmanuel Macron, avant de proposer une simplification du RIP, le référendum d’initiative partagée. Il propose en effet d’abaisser à un million le nombre de signatures citoyennes nécessaires pour initier une proposition de loi (contre 4,5 millions environ aujourd'hui). 

Pour Marie, "ce n’est pas représentatif de ce qu’on souhaitait. La demande du RIC, c’était de pouvoir participer et de prendre des décisions de manière à ce qu’on soit réellement représenté, parce qu’aujourd’hui ce n'est pas le cas. Le RIP ne nous permet pas du tout cela, ça nous permettra juste de faire une proposition". Proposition qui serait ensuite examinée par le Parlement.  
 

Pétition ou référendum local ?

Le chef de l'Etat a ajouté qu'au niveau local, le droit de pétition doit être renforcé : "au-delà d'un certain seuil, qui sera à définir, les citoyens doivent pouvoir obtenir d'inscrire un sujet à l'ordre du jour d'une assemblée locale".

"Pourquoi pas", rétorque Philippe à ces annonces sur les pétitions et signatures. "Nationalement c’est important, mais en local aussi, l’écoute n’est pas forcément là au niveau des élus. On demande à ce que localement on ait des avancées par rapport au référendum d’initiative local, il y a beaucoup de choses à faire là-dessus. Visiblement, ça n’a pas été évoqué hier."

Selon un sondage Harris Interactive-Agence Epoka réalisé pour RTL - Le Figaro - LCI dans la foulée des annonces d’Emmanuel Macron, 63% des Français n’ont pas été convaincus par le chef de l’Etat.

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