Éoliennes en Indre-et-Loire : "cette décision est politique", après la validation du Préfet, les opposants ne décolèrent pas

Ce lundi 19 février, Patrice Latron, le Préfet d'Indre-et-Loire, a autorisé par décret l'implantation des quatre premières éoliennes d'Indre-et-Loire. Cette autorisation intervient un mois après le test visant à mesurer l'impact visuel des éoliennes depuis le château d'Amboise. Elle ne met pas fin à la polémique puisque des associations opposées au projet préparent un recours.

Le Préfet d'Indre-et-Loire a tranché. Il autorise la construction de quatre éoliennes à Auzouer-en-Touraine un mois après le test visuel réalisé avec des ballons captifs. Il l'a annoncé par communiqué de presse ce lundi 19 février : "Les montages photographiques confirment un impact visuel faible depuis les points sommitaux du château d’Amboise, du château de Chaumont-sur-Loire et du sommet de la pagode de Chanteloup.[...] La simulation avec ballons captifs a démontré que seules les extrémités des pales des éoliennes pourront être aperçues au moyen d’instruments optiques grossissants, dans des conditions météorologiques favorables." 

Il conclut : "Les résultats de cette tierce-expertise viennent donc confirmer l’absence d’atteinte au bien inscrit par l’Unesco sur la liste du patrimoine mondial de l’humanité et une compatibilité du projet éolien avec la protection inhérente à la valeur universelle exceptionnelle des paysages du Val de Loire."

La réaction de Jacques Gaudet, président de l'Association de défense de l'environnement de la Gâtine tourangelle ( A.D.E.G.T) en tête des opposants au projet Oratorio ne s'est pas fait attendre.  

"C'était joué d'avance. Cette décision est politique. Quand le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, Christophe Béchu, est passé à Sorigny le 25 octobre dernier, il avait dit que de toute façon, elles se feront et qu'on verra qu'elles ne se voient pas du château d'Amboise", s'agace-t-il. "C'était un peu une injonction adressée au préfet pour qu'il mette sa main devant les yeux quand il ferait son expertise. "

Guillaume Jumel, directeur général d'Innergex, le porteur du projet Oratorio à Auzouer-en-Touraine se dit content de cette décision. "La tierce expertise a démontré que notre dossier était solide et que les simulations visuelles qu'on avait faites étaient justes."

Il ajoute qu'il salue l'initiative prise par la Préfecture d'Indre-et-Loire de réaliser cette simulation par ballons. "C'était un exercice à but pédagogique qui aura montré l'impact réel des éoliennes et qui en aura convaincu certains. J'ai pu discuter avec certains opposants au projet, notamment ceux qui étaient légitimement inquiets de la visibilité depuis les châteaux de la vallée de la Loire. Certains ont été convaincus par l'exercice et convaincus de l'impact très faible, voire négligeable de nos éoliennes, sur le paysage qu'ils entendaient défendre."

Mais l'exercice n'a visiblement pas convaincu tout le monde. 

L'expertise du 12 janvier remise en cause

Pour Jacques Gaudet, président de l'Association de défense de l'environnement de la Gâtine tourangelle (ADEGT),"le combat continue". Il annonce qu'il va réunir six autres associations de défense de l'environnement et du patrimoine pour préparer un recours.

Selon lui, les résultats du test du 12 janvier ne sont pas recevables. "Les conditions météo n'étaient pas du tout idéales. Il y avait du vent et du brouillard à une certaine hauteur. Le promoteur a eu du mal à monter ses ballons à 142 mètres. Ça allait dans tous les sens. Ça a été infernal. D'autant plus qu'un ballon accroché en haut d'une ficelle, ce n’est pas du tout comme une nacelle d'éolienne avec des flashes. C'est donc pour moi une mauvaise expertise", estime Jacques Gaudet.  

La tierce expertise paysagère du 12 janvier a été demandée par le Préfet d'Indre-et-Loire, réalisée par un bureau d’études indépendant, sur la base d’un cahier des charges préparé par l’inspection des installations classées de la direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DREAL) et financée par le porteur de projet Innergex. 

"Quand on parle de contre-expertise indépendante, si c'est le promoteur qui paie, ce n'est pas vraiment indépendant. En plus, les photomontages fournis lors de cette contre-expertise sont exactement les mêmes que celles fournies par Innergex au début", s'indigne Jacques Gaudet.

Deux recours envisagés contre le projet Oratorio 

Pour le président de l'association de défense de l'environnement de la Gâtine tourangelle ( ADEGT), il s'agit "d'un déni de démocratie". "Je me demande à quoi servent les maires et les députés qui étaient tous opposés au projet. Ils ne sont pas entendus et pas écoutés."

En premier lieu, les associations envisagent de déposer d'abord un recours gracieux auprès de la Préfecture d'Indre-et-Loire "pour demander deux mois de délai afin de préparer tous nos arguments et réaliser un nouveau photomontage avec un expert reconnu par les autorités administratives". 

À l’issue de ces deux mois, les opposants déposeront un recours contentieux devant la Cour d'appel d'Orléans qui sera traité par la Cour d'Appel de Versailles spécialisée en recours éoliens. " Même si on se bat contre des moulins à bout, on va se battre jusqu'au bout. On a déjà gagné en 2018 pour ce même projet. On a des arguments solides avec des jurisprudences sur l'Unesco qui nous permettent d'avoir un espoir de gagner". 

Les opposants doivent se réunir d'ici début mars avant de déposer leur recours gracieux auprès de la Préfecture.

Il y a des gens qui sont en croisade contre une source d'énergie et pas contre un projet.

Guillaume Jumel, Directeur général d'Innergex

"Malheureusement, dans notre métier, c'est quelque chose auquel on est confronté très souvent", réagit le directeur général d'Innergex quand on lui parle de ce projet de recours. "Je respecte profondément que les gens aient le droit de déposer un recours, cela fait partie de notre système démocratique et c'est sain," concède-t-il. "Que ce soit devenu systématique, je le regrette un peu parce que ça ne fait pas la différence entre les bons et les mauvais projets. Notre projet est sérieux et cela a été reconnu par l'État. Le site d'implantation est entre une autoroute, une nationale et des voies de TGV. C'est le site le plus favorable en Indre-et-Loire. Il y a des gens qui sont en croisade contre une source d'énergie et pas contre un projet."

Ces quatre éoliennes de 142 mètres ouvriraient la porte à une quarantaine d'autres

Jacques Gaudet, président de l'A.D.E.G.T

Une croisade que Jacques Gaudet, président de l'Association de défense de l'environnement de la Gâtine tourangelle semble assumer. Il a d'ailleurs créé l'association en 2009 pour s'opposer aux projets éoliens. Il estime que l'urgence est plus à la sobriété énergétique qu'à l'implantation d'éoliennes. "L'éolien ne correspond pas du tout aux besoins de notre pays. En plus on ne sait pas quoi faire des pales quand elles sont mortes et il y a des milliers de tonnes de béton au pied des éoliennes qu'on ne retirera jamais."

Il ajoute qu'"avec ses quatre centrales nucléaires, la Région Centre-Val de Loire produit 60 % de plus que ce qu'elle consomme en électricité. On ne peut pas dire qu'on n'est pas solidaire des autres régions."

Enfin, les opposants aux projets Oratorio s''inquiètent du précédent que l'autorisation de cette implantation pourrait créer. "Ces quatre éoliennes de 142 mètres ouvriraient la porte à une quarantaine d'autres d'Auzouer à Vendôme, beaucoup plus grandes. La moyenne est de 180 à 200 mètres. Les promoteurs sont déjà en train de démarcher les maires". 

Pour le Directeur général d'Innergex, Guillaume Jumel, il y a au contraire une urgence à déployer les énergies renouvelables en France. "La demande d'électricité va augmenter en France. Les transports sont de plus en plus électrifiés. Il y a une relance du nucléaire qui est lancée, mais les projets ne sortiront pas de terre avant douze ans. A court ou moyen terme, les seuls projets qui peuvent sortir de terre tout en maintenant un objectif de décarbonation, ce sont les projets d'énergies renouvelables. "

Et d'ajouter : "Si on veut combler le déficit en électricité, il faut déployer de l'énergie renouvelable qui comprend le solaire qui est mieux accepté et l'éolien pour avoir aussi de l'électricité la nuit. On pourrait stocker l'énergie solaire, mais elle coûterait plus cher. Il faut donc les deux."

Entre 18 et 24 mois avant le raccordement auprès d'Enedis

Le recours n'étant pas suspensif, l'étape suivante pour Innergex, porteur du projet Oratorio à Auzouer-en-Touraine est de faire une demande de raccordement auprès d'Enedis. Les travaux ne vont donc pas commencer tout de suite. "Maintenant qu'on a le permis en main, on va pouvoir commencer à prévoir le raccordement, mais dans le meilleur des cas, les travaux ne pourront pas commencer avant 18 mois." Et de toute façon, il est rare de commencer à construire alors qu'il y a un recours. 

Une fois les travaux lancés, il faudra compter neuf mois avant une mise en service des éoliennes. 

Les quatre éoliennes d'Auzouer-en-Touraine devraient produire l'équivalent de l'énergie consommée par 3500 à 4000 foyers. 

100% d'énergies renouvelables d'ici 2050

Selon le bilan annuel électrique publié par RTE  en juillet 2023, la consommation d'énergie en région Centre-Val de Loire a baissé de 1 % en 2022 par rapport à 2021 du fait du coût de l'énergie et des efforts réalisés par les ménages et les collectivités.

Le parc de production renouvelable a augmenté de 13 % par rapport à 2021. C'est le solaire qui a le plus augmenté avec une hausse de 57%. La production éolienne a quant à elle enregistré une légère baisse de 4 % du fait de conditions de vents moins favorables qu'en 2021. 

En revanche, la production d’électricité en région Centre-Val de Loire a diminué de près de 8% par rapport à 2021. Cette baisse s’explique par le fort recul de la production nucléaire qui a atteint 63 TWh.

Le schéma régional d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires (SRADDET) du Centre Val-de-Loire prévoit de couvrir 100 % de la consommation régionale d’énergie par la production d’énergies renouvelables d’ici 2050.