Partirez-vous en vacances cet été ? Les professionnels du tourisme se préparent mais restent inquiets

A quelques jours du déconfinement, une majorité de Français semble indécis sur le fait de partir en vacances. Les professionnels du tourisme en Centre-Val de Loire sont inquiets car les carnets de réservation pour cet été sont vides. Le secteur représente 7,4 % du PIB en France.

A cause de la crise sanitaire, les réservations sont pour l'instant à l'arrêt dans les hébergements touristiques. (Photos d'illustration)
A cause de la crise sanitaire, les réservations sont pour l'instant à l'arrêt dans les hébergements touristiques. (Photos d'illustration) © Brahmsee/Manuela Jaeger/ Pixabay
Hôtels, campings, gîtes, les professionnels du tourisme vont pouvoir rouvrir à partir du 11 mai, mais pour accueillir qui? D’après le secrétaire d’État en charge du tourisme, Jean-Baptiste Lemoyne, il faudra voir l’évolution du déconfinement et attendre fin mai avant d’avoir une vraie visibilité sur la saison estivale. Il évoque par ailleurs un tourisme franco-français.

Entre attente et annulations

Pour en savoir plus, nous avons lancé sur notre page Facebook un appel à témoignages, et trois types de réponses ressortent : ceux qui n’auront pas de vacances soit parce qu’ils devront travailler, soit parce qu’ils n’auront pas assez d’argent (chômage partiel ou pas de revenus) ; et ceux qui pourront prendre des vacances.

Dans cette seconde catégorie, vous êtes une grande majorité à vouloir vous rendre dans votre famille, et une partie à espérer pouvoir bouger en France : en Normandie, en Bretagne, dans les Landes, en Charente-Maritime, etc.

Certains d’entre vous sont dans l’expectative : "On va attendre un peu avant d'annuler comme rien n'est plus sûr. Sinon, on se fera des sorties dans notre région".

"Vacances réservées en Janvier pour la Bretagne avec mon fils. J'ai réservé une location mi-août pour 2 semaines .... pour le moment en suspend. Si la situation reste critique je ne prendrai aucun risque ... je préfère perdre ma caution que mettre la vie de mon fils en danger. Des vacances, on en aura d'autres", peut-on lire aussi.

Ou encore "Tout va dépendre du nombre de kilomètres qu'on va avoir le droit de parcourir.... c'est trop tôt pour envisager quoi que ce soit..."D’autres ont d’ores et déjà annulé leur séjour et restent chez eux : "Vacances réservées depuis fin décembre dans le Doubs. Pour le moment, on ne veut pas partir, les vacances ça peut attendre, mais pas la santé."

"Normalement, c'était la Normandie, mais dans les conditions actuelles, on préfère ne pas partir."
"Je reste chez moi dans le Loir-et-Cher. J'y suis bien et il y a plein d'endroits (sic) à voir ou revoir."

"Saison d'été fortement entamée"

En région Centre-Val de Loire, les responsables d’hôtels, de campings et de gîtes comptent d’ailleurs sur cette clientèle française et régionale pour tenir et sauver ce qui peut l’être.

La saison de printemps est déjà cuite, la saison d’été est fortement entamée dans la mesure où toutes les réservations que l’on pouvait avoir sont annulées,

se désole Jean-Marie Gervais, président de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie d’Indre-et-Loire (UMIH 37)."Il n’y a pas grand-chose en réservation après le 15 juillet, si ce n’est rien."

D’après lui, des protocoles drastiques ont été mis en place par les gérants d’hôtels pour que les établissements puissent rouvrir le 11 mai ou dans les jours qui suivent. L'UMIH 37 attend surtout la validation des protocoles sanitaires par le Gouvernement .

Le retour d'une clientèle d'affaires ?

Si les hôteliers rouvrent au plus vite, c’est aussi pour accueillir un autre type de clientèle : "On espère plutôt le tourisme d’affaires, avec le retour de l’activité économique", précise Jean-Marie Gervais.

Ce n'est pas l'avis de Gilles Augereau, gérant d'un hôtel à Tours et président de l'association Touraine Hôtels, pour qui "la clientèle d'affaires a le même comportement" que n'importe quel touriste.

"Au niveau du portefeuille de réservations, on avait une année 2020 qui était super. Et là, la plupart des choses ont été annulées. Des gros congrès ont été reportés à 2021 et 2022. Pour tout ce qui est clientèle touristique de groupe aussi, tout est reporté en 2021... Au mieux !", prédit-il. Sur la page Facebook de l'association, on voit d'ailleurs l'exemple de l'American Tours Festival. 

"Les mois à venir catastrophiques"

Gilles Augereau avait prévu de rouvrir son hôtel dès le début du déconfinement. "Mais jusqu'à la fin du mois de mai, je n'ai que quatre chambres de réservés, sur 105. Je ne vais pas rouvrir et faire prendre des risques à mes collaborateurs pour quatre chambres", assume-t-il. Il va attendre que les réservations soient plus nombreuses, mais est persuadé qu'il va perdre plus de 50% de son chiffre d'affaires sur 2020.

"On sait pertinemment que l'activité sur les mois à venir va être catastrophique. On va avoir une activité de basse saison, prévoit-il. Nous sommes une destination prisée par les Anglo-saxons et les Asiatiques, et on n'en aura pas un seul cette année.

Je ne vois pas un début de reprise avant 18 mois.

95% d'annulations dans les gîtes

Les gîtes aussi connaissent un important retard dans les réservations pour la saison estivale. "On ne gère quasiment que des annulations depuis le 17 mars, à l’inverse de ce qu’on a l’habitude de faire", note Fabienne Houdayer, directrice des Gîtes de France en Indre-et-Loire et présidente du directoire de l’agence Val de Loire Tourisme.

Selon ses calculs, il y a 5% de réservations pour 95% d’annulations.

Sur cette petite part de réservations, les chiffres qu’elle communique sont éloquents. En ce début mai, 26% des gîtes et chambres d’hôtes sont réservés pour juillet 2020, contre 61% l’année dernière à la même date. Pour août 2020, 33% des hébergements sont actuellement réservés, alors qu’à la même période l’an dernier, 75% l’étaient déjà pour août 2019.

Mais Fabienne Houdayer se veut optimiste. "Les Français vont rester en vacances en France. Donc, comme on ne propose que des séjours en France, on est censés avoir de la demande", estime-t-elle.

le gîte est un hébergement à la campagne, donc dans des endroits isolés où il n’y a pas de concentration de la population, avec des activités de nature, de randonnée, avec de l’espace. On a de l'espoir.

Des conditions d'annulations assouplies 

Tout comme dans les hôtels, des protocoles sanitaires ont été mis en place pour sécuriser les hébergements. "On a donné des consignes à nos propriétaires pour nettoyer le gîte, comment faire, quels produits utiliser, etc.", assure Fabienne Houdayer. 

Et d'ajouter : "Le secrétaire d’État va étudier les protocoles avant de donner sa validation au niveau national fin mai, mais on est quasiment sûrs que cela va être validé."

"Pour booster les réservations" de la saison estivale, son agence Val de Loire Tourisme va lancer par ailleurs "une opération commerciale qui consiste à assouplir les conditions de réservation". 500 gîtes et chambres d’hôtes seront concernés par ce dispositif.

"On ne sait pas quand on pourra rouvrir" 

Si les hôtels et gîtes pourront rouvrir dès le 11 mai pour ceux qui seront prêts, les campings sont toujours dans l'attente d'une autorisation de la part du Gouvernement. "On ne sait pas quand on pourra rouvrir. On n'a pas de réponse sur les dates d'ouverture possibles, sur le plan sanitaire que nous devrons appliquer, et sur l'ouverture des services dans les campings, y compris piscines, restaurants, etc.", explique Régis de Lussac, responsable du syndicat de l'hôtellerie de plein air de la région Centre.

D'après un tweet de la fédération nationale, la réponse sera connue fin mai : Pour l'instant, les gérants apparaissent "très perturbés" car rien que sur le période printanière, ils "ont déjà perdu entre 20 et 35% de leur chiffre d'affaires de l'année", constate Régis de Lussac. "A partir du mois de mars, il y a une montée très forte des réservations pour juillet - août. Or, celle-ci s'est stoppée net avec le confinement et le virus. Donc toutes les réservations se sont arrêtées."

260 campings en région Centre-Val de Loire

D'après Régis de Lussac, "les Anglais, les Allemands, les Belges, les Néerlandais, toutes ces populations qui viennent en grand nombre en région Centre dans les hôtelleries de plein-air ne viendront très probablement pas. Il reste les réservations des Français. Là on essaye de garder espoir". Encore une fois, cela dépendra du déconfinement.

Il insiste en tout cas sur le fait que les campings sont "prêts" : "Ils se sont préparés pour début avril, donc ils seraient capables d'ouvrir dès maintenant. Je rappelle que la taille moyenne des campings en région Centre est petite: autour de 100 places. La plupart sont gérés par les propriétaires qui sont sur place. Ils ont entretenu leurs campings."

La région Centre-Val de Loire compte 260 campings, situés en majorité en Indre-et-Loire, dans le Loir-et-Cher et dans le Loiret.
 
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