250 personnes réunies pour soutenir le Centre LGBTI de Touraine : "C'est dans le collectif qu'on est le plus fort"

Cinq jours après l'attaque du Centre LGBTI Touraine à la bouteille explosive, 250 personnes se sont rassemblées en soutien à toutes les victimes d'actes LGBTIphobes place Anatole France à Tours ce vendredi 26 mai à 18h30. Le Centre LGBTI Touraine a subi six agressions depuis le début de l'année.

 "Je suis touché au plus profond de mon coeur parce que c'est une lutte que je défends depuis des années. Jamais nous ne laisserons ni la haine ni les discours extrémistes rentrer dans les locaux du centre LGBT de Touraine et jamais nous ne laisserons nos bénéficiaires être exposés à une telle violence. Plus jamais !" Ash claveau, l'administrateur du centre attaqué lundi à la bouteille explosive était très ému lorsqu'il a pris la parole devant 250 personnes réunies place Anatole France à Tours ce vendredi 26 mai.

Parmi les personnes réunies, des élus comme le maire de Tours, Emmanuel Denis, Jean-Patrick Gille, conseiller régional, Charles Fournier, député d'Indre-et-Loire. Elise Pereira-Nunes, adjointe à l'égalité des genres et à la lutte contre les discriminations à la Ville de Tours a tenu à rappeler qu'"il est important de rendre visible le combat LGBTI pour que l'on vive dans une société où nous avons tous les mêmes droits. "

Quant à Tatiana Cordier, ancienne co-présidente du Centre LGBT Touraine, elle a crié haut et fort à la  foule rassemblée : "Nous ne nous laisserons pas faire. Vous êtes belles et beaux avec vos individualités. C'est dans le collectif qu'on est le plus fort". 

Marion et Lou ne pouvaient pas rater ce rassemblement : " On ne va plus se taire", nous affirme Lou. "On est en 2023, il faut évoluer. Les gens ont le droit de vivre comme ils veulent. Un peu d'humanité ! " Et Marion de compléter : " Ce qui est arrivé est très choquant. Que ceux qui ne sont pas contents tracent leur chemin". 

Chaque personne interrogée dans ce rassemblément partage un sentiment d'insécurité et un climat anxiogène et oppressant. "Il y a une telle banalisation du discours fasciste qu'ils se croient tout permis", constate Benjamin, étudiant à Tours. "On a des gens qui agissent en toute impunité" ajouté Noé. 

Un rassemblement pour dire que ça suffit. Paloma, perchée sur ses talons hauts, sent la colère monter en elle. "D'habitude quand on m'insulte, je trace. Mais là, j'ai de plus en plus envie de réagir. On s'adapte à la haine de l'autre, aux regards malveillants, mais j'en ai assez. " A côté de Paloma, Cassandra, elle ne se féminise que depuis un an. "C'est plus récent pour moi. Et je vois bien que la haine est toujours là. Ce genre de rasssemblement n'a aucun impact sur ceux qui se comportent comme ça mais si ça peut mettre en lumière les souffrances des personnes LGBTI, c'est déjà ça. " 

Les agressions physiques homophobes sont en "inquiétante hausse", selon le rapport 2022 de SOS homophobie publié le 16 mai 2023.

En 2022, l'association a recensé 184 cas, soit une agression physique tous les deux jours, en hausse de 28% par rapport à 2021. Au total, l'association a reçu l'année dernière 1 506 témoignages via ses dispositifs d’écoute et de soutien aux victimes de LGBTIphobies. "Malgré l'évolution des lois et des mentalités, aujourd'hui les personnes LGBT ne peuvent toujours pas vivre librement, telles qu'elles sont", déplore le rapport.

L'association rapporte aussi une augmentation des cas de transphobies, avec 27 % de cas en plus en 2022 par rapport à 2021.

Un rassemblement cinq jours après l'attaque à la bouteille explosive

Lundi 22 mai, le Centre LGBTI Touraine a été victime d'une attaque à la bouteille explosive en plein après-midi. Les deux salariées et le bénévole présents ce jour-là ont pu sortir du local avant qu'elle n'explose. 

Emmanuelle Kuhn, salariée depuis un an, était là au moment où un jeune homme est entré dans le centre : "On était à nos postes de travail et il a lancé une bouteille qui a rebondi contre le plafond. Elle est tombée juste là devant au milieu du local. On s'est levé pour essayer de voir qui avait fait ça et le courser. Il était dans la rue en train de remettre des choses dans son sac à dos. Il avait un masque chirurgical. Il nous a dit "Bon courage"et il est parti" raconte-t-elle. 

"On a clairement les nerfs à vifNotre plus grande crainte, c'était que l'on s'attaque aux personnes directement. C'est maintenant le cas", s'alarme l'administrateur du Centre Ash Claveau. 

Le soir-même, des patrouilles de policiers municipaux et nationaux étaient organisées autour du centre pour sécuriser les lieux. Boite aux lettres cassée, vitres brisées, cette attaque à l'engin explosif est la sixième visant ce centre depuis le début de l'année.  

Une enquête pour tentative d'assassinat ouverte

Ce mardi 23 mai, le parquet de Tours a annoncé avoir ouvert une enquête pour tentative d'assassinat après l'attaque, la veille, du centre LGBTI de Tours. La police judiciaire, le commissariat de Tours et l'Office central de lutte contre les crimes contre l'humanité et les crimes de haines (OCLCH) ont été cosaisis de l'enquête. 

"La police scientifique nous a confirmé que c'était un mélange d'acide et d'aluminium", explique de son côté Ash Claveau, l'administrateur du centre LGBTI de Touraine. "Quand les deux entrent en contact, cela donne une solution explosive. Le mélange n'a pas été bien préparé. S'il avait été bien préparé, cela aurait pu faire des dégâts et des victimes."

Des salariés plus motivés que jamais 

Dès le lendemain de l'attaque, les deux salariées ont repris le travail. Emmanuelle Kuhn a même le sourire : " On est motivé pour continuer à défendre les droits des personnes LGBTI. Dix ans après le mariage pour tous, on voit bien qu'ils ne sont pas acquis. On se soutient, on fait front et on veut protéger nos bénéficiaires. Les élus sont venus, les policiers patrouillent régulièrement, on a de nouvelles demandes d'adhésions et on reçoit de nombreux messages de soutien." 

Sa collègue Sarah estime que sa motivation est même décuplée par la colère : "On n'a pas peur. On est en colère," confie-t-elle." Je ne vois pas de meilleure raison de me battre que ce qui nous est arrivé hier et ce qui nous arrive depuis ces deux derniers mois."  Et elle ajoute : "On vient attaquer le centre la nuit, mettre de la glue dans nos serrures, déchirer notre courrier... Hier on a gravi un échelon dans la violence. Le but n'est pas de venir parler ou d'avoir un échange constructif. C'est un aveu de faiblesse d'une lâcheté inouie. Quand on voit les réactions quasi crimnelles que nos actions suscitent, cela nous conforte dans l'idée que nous avons raison de continuer. "