ISF vert : faire payer la transition écologique aux riches, "une évidence" ou "une très mauvaise idée" ?

Dans un récent rapport sur le coût de la transition écologique, un économiste propose l'instauration d'un impôt sur les grandes fortunes, spécialement dédié aux investissements visant à décarboner l'économie française. Une hypothèse polarisante, applaudie par la gauche et rapidement écartée par le gouvernement.

Christophe Béchu a entrouvert la boîte de Pandore, avant que la moitié du gouvernement ne vienne la reclouer solidement. Le 22 mai, sur le plateau de l'émission Quotidien, le ministre de la Transition écologique avait évoqué brièvement la possibilité de créer un ISF vert, une des solutions prônées par l'économiste Jean Pisani-Ferry. 

Ce dernier a en effet été missionné par la Première ministre pour évaluer le coût de la transition écologique et ses impacts sur l'économie. Il a ainsi estimé à environ 70 milliards d'euros les investissements nécessaires chaque année pour décarboner l'économie française. Soit plus du doublement de ce que le gouvernement appelle "le budget vert".

Pour trouver l'argent manquant, Jean Pisani-Ferry propose notamment de rediriger les "investissements bruns" (néfastes pour l'environnement, comme ceux favorisant les énergies fossiles) ou l'endettement. Et, donc, un impôt sur les grandes fortunes, spécialement dédié au climat.

"Pas tabou", mais un peu quand même

C'est dans ce contexte que Christophe Béchu, le ministre de la Transition écologique, a estimé qu'un éventuel ISF vert n'était "pas tabou", et assurant qu'il fallait "mesurer que la transition a un coût".

Une petite phrase qu'il a visiblement fallu désamorcer très rapidement, ne se conformant pas du tout à la politique jusque là mise en place par Emmanuel Macron. Ll'ISF premier du nom a en effet été supprimé pendant le premier quinquennat du président. Christophe Béchu lui-même est revenu sur ses dires à l'Assemblée, rapidement suivi du porte-parole du gouvernement Olivier Véran et du ministre de l'Économie Bruno Le Maire.

La Première ministre Elisabeth Borne a finalement enterré l'hypothèse d'un ISF vert le 26 mai, refusant "de créer de nouveaux impôts". La solution avancée pour trouver les milliards manquants : le rognement de 5% du budget de chaque ministère, pour les réorienter vers la transition écologique.

Yoyo fiscal

Un revirement qui n'est pas pour déplaire à Nicolas Forissier, député LR de l'Indre, qui milite ouvertement pour un rapprochement entre son parti et la macronie. Pour lui, un ISF vert est "une très mauvaise idée, c'est l'inverse de ce qu'il faut faire". Dans la ligne des politiques libérales, il plaide pour un package "réduction des dépenses publiques et réduction des impôts", avec augmentation du temps de travail : "Je ne veux pas revenir au stakhanovisme, mais si on travaille un petit peu plus et un petit peu plus longtemps, on gagnerait 100 milliards de manoeuvre budgétaire. Là, on a de quoi financer la transition.

Il considère que la suppression de l'ISF a été "une bonne nouvelle pour attirer les investisseurs, sans eux on continuera de vivre à crédit". Un ISF vert aurait "envoyé le mauvais signal, il n'y a rien de pire en matière fiscale que de faire le yoyo", estime-t-il.

Infuser le débat public

Charles Fournier, député écologiste de Tours, est de l'avis diamétralement opposé. Pour lui, un ISF vert est une (parmi d'autres) bonne solution, "une évidence", car "il n'y aura pas de transition écologique sans justice sociale", soutient-il. Notamment parce que, pour les classes les moins aisées, financer une rénovation thermique n'est pas donné. "C'est pas aux pauvres d'être impactés, d'ailleurs les plus riches sont les plus gros pollueurs", note-t-il. 

À l'inverse de Nicolas Forissier, il ne pense pas qu'un tel impôt fera fuir les investisseurs. "Demander un petit pourcent pour l'écologie, ça ne va pas mettre Bernard Arnault à terre", souffle-t-il. Le député écologiste estime d'ailleurs que les plus riches pourraient eux-mêmes se montrer réceptifs à l'idée : "Leur activité, leur enrichissement ne sont tenables que dans un monde soutenable. Ils doivent participer pour sauver leur propre activité !

Ce qui fait dire à Nicolas Forissier qu'il faut, justement, "faire confiance aux entreprise pour entamer leur propre transition", plutôt que de créer un impôt obligatoire. La ligne adoptée par le gouvernement jusqu'à maintenant, et dont ce dernier ne semble pas prêt de dériver. S'il concède avoir "quelques doutes" sur la création d'un ISF vert à court ou moyen terme, Charles Fournier se réjouit que l'idée soit devenue selon lui "incontournable dans le débat public".