Le Temps Machine annule l'édition 2024 de son festival Allotropiques, illustration des difficultés budgétaires des SMAC, les scènes de musiques actuelles

Au cœur de l'hiver pendant cinq éditions, l'équipe tourangelle du Temps Machine a porté Allotropiques, "festival mutant animé par le goût de la découverte et le croisement d'esthétiques". Des propositions scéniques fortes, dans des lieux variés de la métropole tourangelle, qui ne seront hélas pas reconduites à l'hiver 2024. La hausse des coûts et l’incertitude quant au niveau des subventions ont conduit les organisateurs à jeter l'éponge.

En février dernier, la présentation de l'édition 2023 d'Allotropiques donnait une bonne idée de l'esprit de ce festival, porté par l'équipe du Temps Machine, à Joué-les-Tours :

"N’essayez pas de cerner Allotropiques. Laissez-vous faire, renoncez à vos idées toutes faites, appréhendez l’inconnu avec humilité et ferveur.

Il y aura des lieux transformés, des artistes extra-ordinaires, des impromptus et des imprévus, des couleurs au cœur de l’hiver, de l’étonnement, des pas de côtés, avec une seule finalité : la fête."

"L'idée était d'investir une période peu dynamique dans la métropole en termes de concerts et de festivités, explique Mathilde Guesdon, responsable communication du Temps Machine. On voulait une période hivernale plus forte, avec des propositions différentes, en faisant le pari de la découverte, tout en soutenant la scène locale. Un festival mouvant dans des lieux autres que notre salle, avec un public tourangeau qu'on ne capte pas forcément au Temps Machine, à Joué-les-Tours."

Un voyage festif et musical suspendu

L'édition 2023 aura permis de toucher 2500 personnes dans une belle diversité de cadres (Halles de Tours, La Parenthèse, bar Le Quartier, 37ème Parallèle, etc.). Un bilan positif qui ne suffira pourtant pas à reconduire l'aventure en 2024.

L'équipe organisatrice vient en effet d'annoncer dans un communiqué qu'elle renonçait à programmer un nouvel Allotropiques dans l'hiver à venir, essentiellement pour des raisons budgétaires. Ce n'est évidemment pas de gaieté de cœur :

"C'est plutôt une décision stratégique, poursuit Mathilde Guesdon. On aurait pu choisir de maintenir le festival en faisant une réduction drastique des concerts dans l'année, ou en revoyant d'autres choses à la baisse, moins de têtes d'affiche, par exemple. Mais ce n'était pas l'idée, on souhaite quand même défendre notre salle avant tout, le cœur du projet artistique. Nous ne sommes pas les seuls, d'autres SMAC ont fait le choix de réduire leur programmation."

La détérioration du contexte budgétaire pour les SMAC

La situation du Temps Machine, en effet, ne fait pas exception : les scènes de musiques actuelles, labellisées par le ministère de la Culture, sont actuellement confrontées à une hausse des coûts techniques et artistiques, conjuguée à des doutes persistants sur le niveau de leurs subventions.

"Les frais de fonctionnement sont énormes pour une salle comme la nôtre, en termes d'électricité, par exemple. Sans parler du coût des artistes, qui continue d'augmenter, ou de la charge salariale des techniciens. Tout est de plus en plus cher et, dans le même temps, le plancher des SMAC n'est pas réévalué avec l'inflation. Avec la création du CNM, Centre National de la Musique, le gouvernement partait d'un très bon pied, mais, deux ans plus tard, il se désengage et renonce aux objectifs qu'il s'était lui-même fixés", déplore Mathilde Guesdon.

Même son de cloche du côté du SMA, Syndicat des Musiques actuelles, qui dénonce l'abandon du secteur musical par le gouvernement : 

"En refusant de porter, dès cette année, la prorogation et le renforcement des crédits d’impôt musique, en dépit d’une récente évaluation très positive des dispositifs, le gouvernement abandonne nos entreprises, livrées à l’incertitude et condamnées à freiner leurs investissements, aux dépens de la diversité musicale, de l’émergence artistique et de l’emploi."

Le choix de l'interruption d'un festival pour motif budgétaire n'est malheureusement pas un cas isolé sur le sol français, et risque de se reproduire : dans son dernier bilan, le SMA indique que 43% des festivals présentent une édition 2023 déficitaire !

Suspension ou annulation d'Allotropiques ? Malgré un contexte bien maussade, l'équipe du Temps Machine se veut optimiste dans son communiqué :

"En attendant de revenir en force à l’hiver 2025, nous vous attendons nombreux·ses au Temps Machine, et sur nos événements hors les murs, pour maintenir ensemble une fête à vocation perpétuelle !"

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