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Iris Elbazis, Notre-Dame des pixels : une entrepreneuse dans le monde de l'Esport

Iris Elbazis, joueuse et fondatrice du WSC Group. / © Iris Elbazis
Iris Elbazis, joueuse et fondatrice du WSC Group. / © Iris Elbazis

 Iris Elbazis, Notre-Dame des pixels. A 31 ans, elle est la fondatrice et la présidente de WSC Group, une entreprise de gestion stratégique et de communication spécialisée dans l'Esport.

Par Yacha Hajzler

"J'ai fait médecine, j'ai étudié la recherche. J'ai adoré les cours, mais quand j'ai commencé à faire du labo, je me suis rendue compte que c'était pas pour moi."

Depuis, Iris Elbazis, 31 ans, est devenue la fondatrice et président de WSC Group. Anciennement Wat Social Club, son entreprise gère des projets, assure la communication et affine la stratégie des entreprises et auto-entrepreneurs du monde de l'Esport.
 

"On doit aller chercher les marques, donc il faut faire en sorte que le projet soit logique, et que le public aime, sans tomber dans des travers faciles comme la familiarité, ou les "pranks" explique Iris Elbazis.
 

La rédac' cheffe

En 2014, elle décroche son premier stage de rédactrice Esport chez Millenium et, de CDD en CDI, atterit chez Eclypsia, un pionnier des médias Esport.

"Fabien "Corbier" Martinez, qui était mon maître de stage, avec qui je travaillais déjà avant, il est venu me voir un jour, et il m'a dit "Tu parles anglais ?" Je lui ai dit oui. "Et la caméra ? T'as peur ?" Euuh... Non, je crois pas. (rires) Donc il m'a emmenée à Cologne, en Allemagne, à la Gamescom."

Iris deviendra rédactrice en chef chez Eclypsia. Mais en 2017, la maison-mère prend l'eau. La jeune femme s'exfiltre. Les problèmes internes font fuir avec elle Thomas Renaud, créateur du média Breakflip, et Sakor Ros, qui monte avec ses associés la webTV Solary. Des partenariats solides, et même florissants, qui ont fait naître à Tours un pôle Esport qui commence à emporter l'attention du milieu.
 

"La rédaction, c'était une porte d'entrée. J'adore pas le fait d'écrire, ni de créer du contenu. Ce que j'adore, c'est trouver, comprendre, et faire évoluer la façon dont on crée du contenu pour que les gens le consomment" s'enthousiasme-t-elle.
 

La discrétion de la gameuse

Pourtant, la papesse du WSC Group a mis longtemps avant d'exploiter pleinement sa passion pour le jeu vidéo. "Si, quand j'avais 11 ans, j'étais déjà avec ma gameboy et Tetris intégré. Mais j'ai jamais considéré le jeu de façon hardcore jusqu'à ma fac. Au collège et au lycée, quand tu étais une fille et que tu jouais aux jeux vidéos en rentrant le soir, à l'époque, t'étais pas très bien vue."

A la fac, elle se libère un peu des effets de groupe. "J'avais un boulot, je m'occupais de mon frère, j'avais la fac, j'avais beaucoup de choses dans ma vie, et l'heure de jeu vidéo, la partie de League of Legends, ça me permettait de faire que ça, et ça me procurait un bonheur, un calme... J'avais le droit de dire aux gens : "Mais non ! Pas maintenant !"

Sur les jeux en ligne, grâce à sa voix légèrement voilée, elle entretient le doute sur son genre : jeune fille, ou petit mec ? "Les gens avec qui je m'entendais bien savaient que j'étais une fille, ceux qui n'étaient pas proches n'avaient pas besoin de savoir toute ma vie. Quand tu passes au côté compétitif, et que tu es un peu la seule à avoir fait ce choix-là, tu vas expérimenter des gens qui veulent plutôt en savoir plus sur toi. Il suffit de les trier."
 
 

"Je n'ai jamais eu de souci avec un joueur"

Pour l'entrepreneuse, ce n'est pas de l'intérieur que le sexisme est venu, mais de l'extérieur. "J'ai jamais eu de souci avec un joueur, avec un rédacteur, ou un graphiste. J'expérimente beaucoup ces comportements de la part de personnes qui ne sont plus censées les avoir, les personnes "normales" de 40 à 50 ans.

"Quand je suis une petite nana de 30 ans qui joue aux jeux vidéos et qui commence à discuter avec un mec avec qui elle n'est pas d'accord",
résume-t-elle. Un trait commun à bien des milieux.

A poste égal, elle a souvent été la seule femme, mais ce n'est pas pour autant que le milieu du gaming en est dénué. "Il y a plein de nanas avec qui je m'entends bien dans le milieu, comme Jeel, ou Dina de chez Just Dance. Dans les métiers un peu plus commerciaux, desquels on ne parle jamais, il y a beaucoup de femmes. Par exemple, chez Ubisoft, la plupart des personnes avec qui j'interagis sont des femmes."
 

Mixité oui, pas à tout prix

Si Iris fait partie de l'association Women in Games France, fondée en 2017, elle se distancie en partie de leur discours volontariste sur la mixité dans le jeu vidéo de haut niveau. "Evidemment, ça me ferait hyper plaisir que demain, il y ait une petite nana qui arrive et qui prouve que si on se concentre, on peut y arriver ! Maintenant, je n'ai pas envie de mettre en place des facilités pour que les filles puissent jouer au même niveau que les hommes."
 

L'entrepreneuse ne souhaite pas, par exemple, que l'on impose des quotas de femmes dans les équipes professionnelles. "Quand le but c'est de gagner de l'argent, nourrir une famille et peut-être construire une vie sur la solidité de ce milieu, je trouve ça aberrant de dire qu'on va d'abord gérer le problème de la non-mixité avant même d'asseoir le fait que certaines personnes peuvent en vivre."

Dans le jeu vidéo compétitif, les champions sont très jeunes. Iris Elbazis y voit un début d'explication. "Que ce soit un diktat social ou pas, quand tu seras avec tes copines, elles comprendront pas pourquoi tu joues aux jeux vidéos. Et y'a certaines filles qui ont pas envie de se battre sur ça, qui veulent profiter d'être une fille dans un groupe de filles à ce moment-là", dit-elle avec bienveillance.

Que les gameuses, connues ou non, le sachent toutefois : si elles ont un projet solide, Notre-Dame des pixels leur tendra les bras.
 
 

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