Tours : des étudiantes lancent du copiétonnage féminin contre le harcèlement de rue

Des étudiantes tourangelles ont décidé d’agir contre le harcèlement de rue en proposant Tours Not Alone un accompagnement piéton 100% féminin pour partager les trajets de femmes seules qui ne se sentent pas en sécurité dans la rue.

Création d'une application de Co-pietonnage. Illustration dans les rues de Tours.
Création d'une application de Co-pietonnage. Illustration dans les rues de Tours. © D. Pouget

Ca nous est venu très naturellement, on voulait vraiment agir contre le harcèlement de rue et on s’est aperçu que quand on était  à deux ou plusieurs femmes, on se sentait  plus en sécurité, en confiance donc on a commencé par un groupe de copiétonnage sur Facebook avant de créer l’application Not Alone.

Maureen Poullié, étudiante L2 Economie

"Hé Mademoiselle…Tu me donnes ton snap !"

Tours Not Alone, c’est le projet de quatre étudiantes. Maureen Poullié, Manuela Boré et Assetou Coulibaly sont en 2ème année de Licence en Economie et Inès Pilot en 2nde année de sociologie à l’université François Rabelais de Tours.

Maureen Poullié, Assetou Coulibaly, Manuela Boré ( Inès Pilot manquante) étudiantes - entrepreneuses à l’Université de Tours
Maureen Poullié, Assetou Coulibaly, Manuela Boré ( Inès Pilot manquante) étudiantes - entrepreneuses à l’Université de Tours © D. Pouget / France Télévisions

Leur objectif ? Créer une application qui met en relation des femmes qui ne se sentent pas en sécurité dans la rue et qui communiquent leurs trajets en étant géolocalisées, à d’autres femmes pour les accompagner sur une partie ou sur la totalité du parcours. Un projet qui correspond à des situations vécues par ces étudiantes et par de nombreuses femmes qu’elles ont rencontrées avant de se lancer.

Le 20 février, elles ont réalisé un micro-trottoir dans le centre-ville de Tours et toutes les jeunes femmes interrogées ont connu au moins une fois une situation d’insécurité. Paroles déplacées, agressions verbales, physiques, sexuelles, c’est au quotidien que l’insécurité se fait sentir.

Maureen nous confie "Le quartier de la gare est celui qui inquiète le plus les femmes, le quartier des Tanneurs aussi. Les trajets en tram entre les différents sites de l’université, des Deux Lions à la faculté des Tanneurs jusqu’à l’IUT de Tours Nord, sont aussi source de stress." Dans un sondage réalisé par les étudiantes plus de la moitié des femmes ont déjà refusé une sortie par peur de rentrer seules.  D’où la nécessité pour elles de créer véritablement l’application Not Alone, que ce ne soit pas un simple un projet étudiant virtuel.

Not Alone, est un projet de copiétonnage soutenu par Pépite Centre-Val de Loire dans le cadre du concours Créa Campus

Sur le même principe qu’un covoiturage, le copiétonnage  permet de mettre en réseau des femmes pour qu’elles se raccompagnent entre elles. Même si il y a moins de déplacements avec le couvre-feu à 18 heures en ce moment, cette idée a su convaincre Pépite, (Pôle Etudiant pour l’Innovation, le Transfert et l’Entrepreunariat) via son concours Créa Campus. Un concours régional  qui permet à de jeunes étudiants de créer leur entreprise.

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Cet accompagnement avec une marraine va permettre à Maureen, Assetou, Inès et Manuela d’obtenir le statut d’étudiante-entrepreneuse (elles sont passées devant un jury cette semaine) et  de se former dans tous les domaines de l’entrepreunariat   grâce à des ateliers d’avril à juillet, c’est le Pépite starter. Leur business plan doit être prêt d’ici 10 jours et elles devront passer devant un jury en mai avant  les résultats du concours le 11 juin.  

En attendant, elles continuent à travailler d’arrache-pied et ont déjà monté trois groupes Not Alone sur facebook. Celui de Tours qui compte à ce jour 190 membres, celui d’Aix-en-Provence où une ambassadrice Not Alone organise le groupe et un tout nouveau en construction à Orléans. Orléans où Assetou, étudiante avait été suivie, l’an dernier, alors qu’elle rentrait de son travail à 6 heures du matin.

C’était la sortie d’une boîte de nuit pas loin et j’ai vu qu’un garçon me suivait, j’avais peur qu’il me suive jusque chez moi et voit où j’habite.

Assetou

Toujours à Orléans, Maureen aussi se souvient de babysitting, assez loin de chez elle. "Quand je rentrais je marchais un long moment le long de la Loire et quand il faisait nuit, j’étais très stressée et j’ai d’ailleurs arrêté." 

Pour toutes ces raisons, les étudiantes-entrepreneuses pensent vraiment que l’application Not Alone sera utile et utilisée. Maureen ajoute "Nous avons déjà des demandes de copiétonnages pour rentrer après les cours ou pour les trajets qui partent de la gare de Tours mais quand le couvre-feu sera terminé et qu’il y aura un retour à la normale, ça va être la folie, pour les sorties, les soirées." Elles se donnent un an pour concrétiser l’application et l’étrenner en juin 2022.

En attendant leur idée féministe et innovante a reçu le soutien du député LREM d’Indre et Loire Philippe Chalumeau, qui s’est entretenu avec elles.

Les quatre étudiantes attendent désormais les retours du député et peut-être un coup de pouce de la ministre chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes mais elles continuent leur route dans la lutte contre le harcèlement de rue, le groupe Facebook de Tours compte aujourd’hui 191 membres et au-delà du copiétonnage a permis à Maureen et Manuela de monter ce projet avec  Assetou et Ines qu’elles ne connaissaient pas.

C’est le deuxième effet de Not Alone conclut Maureen. "On peut rencontrer d’autres jeunes femmes et créer un réseau amical, essentiel quand on arrive seule dans une ville qu’on découvre et où on ne connait personne."

 

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