Valéry Giscard d'Estaing : ni "rebelle" ni "féministe", mais capable de se saisir des évolutions de la société

Mort ce mercredi 2 décembre 2020 à cause de la Covid-19, l’ancien président Valéry Giscard d’Estaing est souvent présenté comme une figure libérale très progressiste, notamment en matière de droit des femmes. Mais qu’en est-il réellement ?
 
En 1980, Valéry Giscard d'Estaing s'entretient avec François Giroud (à droite), secrétaire d’Etat en charge de la Condition féminine, sous le regard de sa ministre de la Santé, Simone Veil (au centre).
En 1980, Valéry Giscard d'Estaing s'entretient avec François Giroud (à droite), secrétaire d’Etat en charge de la Condition féminine, sous le regard de sa ministre de la Santé, Simone Veil (au centre). © AFP
Abaissement de la majorité à 18 ans, réforme du Conseil constitutionnel, augmentation du minimum vieillesse… Voici quelques-unes des grandes réformes qui ont marqué le mandat présidentiel de Valéry Giscard d'Estaing, mort ce mercredi 2 décembre 2020 des suites de la Covid-19 dans sa résidence d’Authon (Loir-et-Cher) à l’âge de 94 ans.

A la tête de l’Etat de 1974 à 1981, "VGE" était aussi connu pour avoir pris des décisions politiques progressistes sur le plan sociétal, notamment envers les femmes. Mais était-ce de réelles convictions féministes ou de simples stratégies politiques ?

Affirmation d’une politique ultralibérale

"Valéry Giscard d'Estaing était un libéral dans tous les sens du terme : à la fois économique et social. Dès 1967, il se présente comme une alternative à la politique conservatrice de la branche gaulliste et fait bande à part. Bien décidé à donner une image moins autoritaire du pouvoir, il opte pour des positions modernistes dès le début de sa présidence", rappelle Emmanuelle Retaillaud-Bajac, professeure agrégée d’histoire à Sciences Po Lyon et anciennement maîtresse de conférences à Tours.    

C’est donc dès son accession au pouvoir en 1974 que l’ancien président nomme, pour la première fois en France, une secrétaire d’Etat en charge de la Condition féminine. A sa tête, la journaliste Françoise Giroud. 

Dès lors, de nombreuses lois améliorant la condition féminine dans la société sont adoptées : remboursement de la pilule contraceptive par l’assurance maladie, création du collège unique, ouverture des concours de l’enseignement supérieur à la mixité, protection de l’emploi pendant la grossesse ou encore instauration du divorce par "consentement mutuel". Des avancées sociétales remarquées et saluées.

Savoir composer avec son temps

Pourtant, une partie de l’opinion publique reproche à "VGE" le maintien d’un schéma encore très conservateur dans sa vie privée : "Il était coincé dans l’archétype du couple catholique bourgeois, avec une épouse très en retrait et des maîtresses avec qui il s’amusait beaucoup. Un schéma assez banal en politique à l’époque", précise Emmanuelle Retaillaud-Bajac.

Le 17 janvier 1975, une loi historique pour la condition des femmes est définitivement adoptée : l’avortement est dorénavant légal en France. Portée par la ministre de la Santé de l’époque, Simone Veil, cette loi est davantage motivée par des enjeux sanitaires que par des enjeux féministes.

"Le gouvernement s’inquiétait du nombre toujours important d’avortements clandestins. C’est donc au nom de la santé des femmes que Simone Veil défend cette loi. Dans son discours, elle ne reprend pas l’argumentaire féministe du droit à disposer librement de son propre corps", analyse l’historienne. Cette dernière souligne malgré tout le "courage politique" de l’ancien président, pour avoir adopté cette loi en dépit des attaques de l’opposition conservatrice.

Mélanie Goyeau, co-directrice de l’association Osez le féminisme 37, considère quant à elle que "Valéry Giscard d'Estaing n’a pas donné le droit à l’IVG", mais que ce sont les mouvements féministes de l’époque tels que le Mouvement de libération des femmes (MLF, créé en 1970) qui l’ont "arraché en protestant dans la rue. Le président s’en est alors saisi.

L’ancien chef d’Etat était-il simplement opportuniste ? "Je pense que c’était davantage un mix entre bonnes intentions, compréhension de son temps et calcul politique, confie Emmanuelle Retaillaud-Bajac. Il a vécu les manifestations de 1968, il a vu la société évoluer et les femmes y gagner une place de plus en plus importante. Ce n’était ni un rebelle ni un féministe, mais il savait interpréter la demande sociale et s’en saisir politiquement."
 
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